La Petite Interview de Kco Quidam a eu lieu sur le stand virtuel des Courants Alternatifs à la 2eCyberConv le dimanche 29 novembre 2020.

Eugénie : Hello à tous et à toutes, on va commencer la petite interview n°3 avec Kco Quidam. Je vous propose de me laisser dérouler quelques questions générales dans un premier temps, pour que tout le monde puisse découvrir ses jeux ; et puis je vous donne la parole ensuite pour que vous lui posiez vos questions directement. Les plus naïves sont les bienvenues, les plus spécialisées hardcore aussi !

Hello Kco, est-ce que tu pourrais te présenter pour les personnes qui ne te connaîtraient pas ?

KcoQuidam : Hello, alors pour ma part c’est donc KcoQuidam (prononcez comme vous voulez). Je suis autrice en amateure de jeu de rôle qui traine sur la scène indépendante en alternance depuis un bon moment. Actuellement je volète surtout un peu du côté des courants alternatifs. Mais je suis souvent plus connue pour poster des sujet de jdr très très random sur les réseaux sociaux.

Eugénie : Oui ! je m’attendais tellement à ce que tu répondes avec un gif 🙂 Est-ce que tu pourrais nous parler de ton parcours rôliste ?

KcoQuidam : Yep. Globalement j’ai très originellement commencé le jdr par forum à l’époque du lycée avant de pouvoir découvrir les parties sur table et en présentiel entre deux cours séchés à la faculté. Du coup mes premiers contacts avec le jdr on toujours été massivement du fait maison ou bidouillé rapidement. Puis en association.

J’ai participé ensuite pendant un temps sur les échanges du forum silentdrift qui ont été mon premier contact avec globalement l’univers alternatif du jdr. Puis ensuite sur les ateliers imaginaires quand j’ai “publié” mon premier jeu. Je continue (moins actuellement fatalement) le jeu de rôle en association même si en changeant de ville j’ai changé souvent d’association, mon actuelle est l’Antre du jeu, une association très locale de Lille. Et depuis le début de cette année, pour multiples raisons très connues, j’ai beaucoup beaucoup regardé les différentes manières de jouer en ligne (via discord, roll20, miro, etc.)

Eugénie : (oh super chouette, je savais pas tout ça)

KcoQuidam : (j’essaie de donner plus d’info qu’à mon habitude X) )

Eugénie : Tu as publié des jeux que tu a mis à jour depuis, donc je ne saurais pas forcément dire quel était ton premier ?

KcoQuidam : Pour le coup le premier publié était Yokai. Un jeu où dans un village de campagne japonaise on joue des petits esprits mi-humains mi-animaux qui cherchent à aider les gens du village dans leur petits problèmes quotidiens. C’est mon premier et plus gros projet sans aucun souci vu qu’à l’époque j’étais dans une optique très générique de distribuer/vendre mes jeux. C’est dans les mises à jour par la suite que je suis passée au modèle 100% amateure. (Publié ici signifiant : mis à disposition sur internet via le site lulu.com, je n’ai jamais travaillé avec un éditeur)

Eugénie : C’est un jeu sans MJ, est-ce que tu peux nous dire rapidement comment il fonctionne ?

KcoQuidam : Yep. C’est un jeu à scène. Il tire des inspirations du côté de Bliss Stage dans le sens où chaque personne autour de la table durant la création du village va créer son Kami (son personnage-esprit) et décrire rapidement 2 habitant-e-s du village avec qui iel partagent des liens. Les habitant-e-s sont ensuite distribués aux autres personnes.

Au début de la partie, une fois le village créé et les personnages répartis quelqu’un cadre une scène simple. Typiquement “mon personnage aide le tien à faire son jardin”, on joue la scène pendant laquelle il y a des dons de jetons pour quand des trucs sont cool/joli/mignon/touchant. Quand quelqu’un veut cloturer la scène la personne à côté cadre une autre scène centrée sur d’autres personnages.

Il y a une mécanique faisant qu’au fil des scènes on va poser des “mystères” sur ce qui se passe dans le village. Et quand quelqu’un le désire iel peut décider que son personnage tente d’élucider un mystère en utilisant les jetons échangés (c’est ici fortement inspiré par Prosopopée).

L’idée est de jouer une, deux, trois ou quatre séances au total avec le même village, avec des ellipses entre chaque, et de laisser les choses, calmement et lentement évoluer.

(Les inspirations hors jdr sont entre autre Mon voisin Totoro. Mais en vrai et surtout la série d’animation Natsume Yuujinchou que je conseille énormément)

Eugénie : Ah super ! J’allais poser la questions des inspis ! Tu as publié aussi Onanirisme (publié au sens “mis à disposition je crois) est-ce que tu peux nous en parler ?

KcoQuidam : Alors oui. Onanirisme est un peu particulier dans le sens où c’est un jdr qui parle, explicitement, de masturbation.

L’idée initiale était d’écrire un jeu à jouer en solo (Ici dans le sens : totalement seul-e sans MJ, juste soi et le jeu) et de voir s’il était possible de développer quelque chose de 1) intéressant 2) qui ne soit pas malaisant (j’accepte sans soucis le gênant/étrange/maladroit, vu le sujet c’est normal) avec ce sujet très spécifique comme focus.

Il y a eu deux versions mises à disposition du jeu depuis mon blog. La première version qui était plus une manière de mettre l’idée sur le tapis et de voir si des choses réagissaient. La seconde, qui est celle actuellement disponible qui profite d’avoir appris des maladresses de la première à tous les points de vue (lourdeurs mécaniques et maladresse de mise en forme). Actuellement c’est une proposition de jeu solitaire avec plusieurs propositions : jouer un seul personnage dans une situation intime, jouer plusieurs personnages dans une situation intime. Et une idée jamais testée pour jouer à deux éventuellement, avec de très très grandes pincettes.

Eugénie : Waouh ! J’aurais encore des questions, mais si le public veut intervenir pour poser directement les siennes, c’est possible

Public : J’ai une question. Au vu des propositions assez singulières que tu apportes, je me demande quel genre de jeux tu n’as pas finis. Est-ce que tu pourrais nous présenter un jeu que tu aurais commencé à rédiger sans le terminer, et éventuellement ce qui t’a bloqué dans ton processus entre son état actuel et sa finalisation?

KcoQuidam : J’ai des tonneaux assez complets de projets jamais publiés. La première raison est qu’il y a beaucoup de jeux que je développe avec comme seul objectif d’y jouer à ma table en vérité. Au final même avant le milieu du jdr alternatif je viens d’une énorme culture du jdr “maison” où le principe n’est pas vraiment de produire un livre à partager ensuite.

Après il y a aussi des projets qui sont je pense publiables mais où le “blocage” est surtout lié à la notion de “Est-ce que c’est vraiment utile de passer du temps à mettre en forme ceci ? Est-ce pertinent de vouloir partager cette idée au delà de mon groupe de jeu habituel”.

Dans les projets de longue date qui reviennent souvent sur ces points : Chères Ombres un jeu inspiré du jeu vidéo To The Moon où l’on joue des personnes qui vont entrer dans la psychée d’un-e pnj pour comprendre ce qui va mal dans sa vie et l’aider. Le projet est surtout basé sur des rituels (allumer une bougie, passer une musique spécifique) mais n’a jamais été publié car c’est aussi un jeu avec une énorme approche : la personne qui anime apporte 90% du setting, les pjs sont en vrai totalement non centraux.

J’ai aussi un jeu-commande qui m’avait été demandé par une personne proche dans le but de faire du René le jeu de rôle romantique mais “sérieusement”, donc un jeu tragique fait pour jouer la déchéance des personnages piégé-e-s entre leurs vices et leur vertus et qui ne peuvent en définitive jamais résoudre leur drame. Le jeu tourne ok. Problème : je déteste ce jeu X)

Autre Public : Moi je me demande dans quelle mesure un jeu comme Onanirisme, mais plus généralement toute ta production rôliste, est pensée pour faire passer un message sur ce qu’il est possible ou non de faire ? Onanirisme, ça me rappelle Romance érotique qui était évoqué sur le live l’autre jour, il y a un côté iconoclaste, “on peut faire ça aussi en JDR”. Est-ce que tu as un message d’ouverture, d’élargissement des pratiques rôlistes ? ou tu es plutôt dans une démarche personnelle et intime, de faire avant tout des jeux pour toi ?

KcoQuidam : En vrai je ne saurais pas trop répondre à la question. Je pense qu’il y a un peu des deux en définitive. Mes projets démarrent toujours avec une envie très personnelle, sans vraiment même savoir si un jour je “mettrai au propre” pour le publier. Par contre une fois le jeu qui “tourne” au moins pour moi et mes habitudes, et que la question se pose effectivement de “Pourquoi je publierais ceci ?”, si la réponse est “en fait y’a peu de jeux qui explorent ce sujet/thématique/mécanique ça serait cool de lancer l’idée à la mer du paysage rolistique” c’est un argument de poids dans ma décision.

Autre Autre Public : Et qu’est-ce qui fait que tu n’aimes pas ton jeu à la René le jeu de rôle romantique version sérieuse ? Le thème, la manière dont il se joue, ce qu’il produit ?

KcoQuidam : Ce qu’il produit. Sans la moindre hésitation. Le principe du jeu est vraiment basique et absolument pas subtil : on crée des personnage avec des vices, des vertus et des problèmes. On gagne des dés en jouant les vices et les vertus et il faut avoir les deux pour jeter les dés pour tenter de résoudre les problèmes. Mais le système est, absolument pas secrètement, injuste car au mieux le résultat d’une action est “tu réussis, la personne à ta gauche raconte comment … mais tu te crées un nouveau problème, la personne à ta droite raconte comment”. Le seul moyen d’avoir un contrôle narratif du résultat de ses actions est de faire une action violente/désespérée/impulsive en fin de partie. Ce qui indique la fin de la partie pour tout le monde. C’est donc très pas subtilement un jeu où les mécanismes dépossèdent de tout contrôle et ne l’offre qu’une seule fois, à la fin, si l’on fait agir nos personnages de manière profondément malaisant (mais qui va avec le code de la tragédie).

Et en vrai, j’ai beau avoir créé ce “piège” je tombe systématiquement dedans et je finis mes parties en me disant “en vrai suis-je une horrible personne au fond de mon âme pour avoir amené l’histoire dans cette direction ?”

Public : Sur twitter, tu montres ton côté très prompt à l’analyse poussée, et un certain énervement quand on te reproche de trop réfléchir aux enjeux d’une œuvre. Es-tu déjà tombée sur quelqu’un qui réfléchit trop à ton taf? Qui part trop loin sur le sens de ce que tu amènes avec tes jeux?

Eugénie : (du coup je vais remballer ma question suivante sur le décorticage des dispositifs de Yokai et Onanirisme, hum)

KcoQuidam : Ahah non pas de soucis X)

Public : (Non, non, je t’y encourage!)

KcoQuidam : Jusqu’à présent non. En vrai je ne fais pas non plus une énorme promotion de mes créations donc je n’ai jamais eu personne qui ait décortiqué en très très gros détail mes jeux. Au plus je pense que parfois des gens sont venus me parler pour me dire qu’iel avait vu des choses dans certains de mes jeux qui n’y étaient -absolument pas- en tout cas de mon intention. Mais c’est vraiment quelque chose qui me dérange pas, si quelqu’un voit plus de trucs dans mes créations que ce que je n’ai voulu y mettre : cool. Et je dirai même plus : faites en un truc de votre côté aussi, c’est littéralement pour ça que je mets à disposition.

Eugénie : De mon côté je trouve super intéressant que tu crées un jeu où non seulement on sort de la dynamique MJ/PJ mais en plus les joueuses ont plusieurs personnages (un kami et un humain)… et de l’autre côté tu fais un jeu solo, qui n’est pas la forme la plus courante de JDR non plus…

sur les CA, Lilas avait évoqué une similitude entre les relations normées/queer et le JDR : dans un modèle MJ/PJ on est dans une relation asymétrique où on sait exactement qui est actif et qui est passif ; on a aussi un PJ à soi comme dans une relation monogame exclusive… et autour il y a tous les jeux qui viennent péter ça, qui pourraient être assimilés à des jeux queer, même si la culture queer n’en est pas le sujet. Dd’où ma question, est-ce que dans cette lecture-là, tu considérerais que tu fais des jeux queer ? ou c’est partir un peu loin ?

KcoQuidam : C’est une énorme question. Je connais le concept de “queer gaming” principalement par les messages/écrits de Avery Alder qui est une autrice qui en parle assez souvent sur les réseaux sociaux de twitter. Et c’est réellement un sujet extrêmement intéressant dans la manière qu’il propose d’analyser et décortiquer la manière dont les jeux sont conçus aussi.

Mais en vrai, je ne pense pas que je dirais que les jeux que je fais sont fatalement “queer” (enfin, sans doute un minimum / par mégarde je dirais), le fait est que ce que je publie et ce dont je parle est souvent ce qui apporte le plus de “déconstruction” de schéma classiques. Mais au final dans ce que je fais jouer, et ce à quoi je joue le plus (les fameux “jeux maison que je ne publierai pas”), en vrai il y a du medfant d’exploration avec mj qui rebondit sur les actions libres, du super-héros d’enquête avec position de mj comme personne qui prépare une situation à explorer/découvrir. En vrai la majorité de ma pratique est assez … traditionnelle ? Je suppose.

Après peut être en vrai que la réponse est juste “oui” parce que c’est avant tout un syndrome de l’imposteur “non mais une fois j’ai fait jouer une campagne du commerce” qui parle. (j’espère que vous aimez pas trop trop les réponses claires et simples)

Public encore différent : (Moi je trouve ça super intéressant ! )

Eugénie : En tout cas tu donnes de très chouettes clés pour une interrogation que j’avais : en te suivant sur twitter, j’avais le sentiment que tu jouais plutôt des trucs tradi-chouettes, et en revanche tu proposes des jeux hyper étonnants et en dehors des codes…

Est-ce que c’est le bon moment pour te demander quels sont tes projets ?

KcoQuidam : C’est pas un plus mauvais moment qu’un autre. Formellement je n’ai aucune idée de quel sont mes “projets” en cours, si projets signifie “les prochains jeux que je risque de publier”. Au vu de ma manière de faire.

Par contre actuellement je peut dire que je travaille sur un jeu-projet récurent-obsession saisonnière qui devrait se nommer “Vos souvenirs de Myriade”, qui est une reprise de certains éléments du jeu Sens : Néant. Avec à peu près tout qui passe à la trappe. Qui propose de jouer dans un monde où tout est un être vivant et où il est possible de parler avec tout, des êtres qui font un voyage mystique afin de retrouver un sens à leur existence.

C’est un projet que j’ai bidouillé à peu près 12.000 fois, sans réussir à arriver à quelque chose, la tentative actuelle est de passer par la plateforme tales (présentée par d’autres gens ici sur la convention) pour voir s’il est possible de profiter des possibilités ouvertes. Soyons honnête c’est pas sûr que le jeu soit adapté pour la plateforme, donc c’est plus une tentative de tester la plateforme, et une tentative d’avancer sur ce projet.

Eugénie : alors j’envoie ma dernière question, mais on peut continuer à discuter de tout ça ensemble sur le stand après. Est-ce que tu peux citer une ressource qui t’intéresserait particulièrement si tu devais jouer un voyage ? (un jeu, une mécanique, une inspi hors JDR, un lieu où tu voudrais jouer ça…)

KcoQuidam : Je suis extrêmement, extrêmement fan du concept de “rencontre aléatoire”, et aussi du fait de dessiner une carte au fur et à mesure d’un voyage en jdr.

“rencontre aléatoire” ici dans son sens le plus total : pas un truc prévu, ni dont l’interaction avec soit déjà pré-pensé (de type “3 tigres qui ont 25 pv et 2 attaque par tour” ou même “un marchand qui possède un artefact à voler avec pour le manipuler tel truc à faire”). Par exemple je suis extrêmement fan des cartes de rencontres du jeu Oltrée qui propose juste des choses de l’ordre “Un arbre en pierre”, “Un marchand perdu”, “Des bruits de chaînes”, etc qu’on tire en avançant sur le chemin. Le fait de n’avoir aucune idée de ce qui va se passer et de devoir inventer/découvrir “qu’est-ce que ceci est ? pourquoi c’est ici ? etc.” est vraiment cool.

La carte est juste car c’est un très élégant outil qui permet de garder trace du “chemin parcouru” qui est une thématique que je trouve très centrale dans le voyage.

Eugénie : Super chouette… ça m’évoque le mur de feuilles de personnages déchirées qu’on apercevait derrière kF à la TR sur la poésie… comme carte d’un certain chemin parcouru. Je vais clore cette interview ici avec un énorme merci à toi pour tes réponses et au public pour leur très chouettes questions <3

Public : Merci Quidam \o/

KcoQuidam : Thank tout le monde !

Kco Quidam, la Petite Interview