[Systèmes Millevaux : Dans la nuit longue et glaciale] J'ai tué pour ton nombre

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thomas munier
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[Systèmes Millevaux : Dans la nuit longue et glaciale] J'ai tué pour ton nombre

Message par thomas munier » 05 févr. 2020 06:58

J’AI TUÉ POUR TON NOMBRE

Une suite multipliant les jeux, les mises en abîme, la contagion forestière et le délire numérologique.

Joué le 27/10/2018

Image
Jonathan Gray, cc-by-sa, sur flickr

Épisodes précédents :

1. Le Peuple des Ruines (joué avec The Quiet Year)
Damien Lagauzère reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l’intro d’une troisième campagne solo qui amène beaucoup de pistes intrigantes et fait à nouveau planer la menace des Cœlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars !

2. Un clou dans la main, deux trous pour les yeux (joué avec Omniscience)
Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale.



Et voila donc le dernier CR en date 🙂 celui-là a été joué avec Dans La Nuit Longue et Glaciale (un mini PBTA) et 2 jeux Protocol (le Tueur du Calendrier et Eons). j'ai aussi joué un cauchemar de Cœlacanthes, réutilisé le contexte de Lacuna, rajouté un p’tit intermède avec Omniscience et un article rédigé selon les règles des Forges d'Encre. Pour vraiment conclure ce chapitre, je dois d'ailleurs encore en écrire un mais bon, ça attendra un peu, y a pas urgence ^^ maintenant, je dois trier toutes mes notes et préparer ma partie avec le personnage du Kraken et... préparer aussi tout ce qui concernera La Trilogie de la Crasse. j'attends d'ailleurs de recevoir Mantra et Mantoid que j’inclurai là dedans 🙂

L'histoire :

DLN...
Je suis l'agent Damon Haze. Je travaillais pour le FBI. Aujourd'hui, je travaille pour la Compagnie. Je possède un niveau d'accréditation Vert. Je n'ai donc pas encore vraiment accès à Blue City. Je dois encore faire mes preuves. Je suis d'ailleurs en train de les faire.
On m'a chargé d'une affaire digne de celles sur lesquelles je travaillais au sein du FBI, le Tueur du Calendrier. Un cas difficile puisque ce tueur n'opère que le 13ème jour du 13ème mois. C'est dans le cadre de cette enquête que je me suis retrouvé avec... ça !

Alors que je voyageais à bord d'un hélicoptère avec un dangereux virus, une violente tempête a éclaté. J'ai eu le temps de sauter de l'appareil avant que celui-ci ne s'écrase sur le flanc d'une montagne. Je suis seul, perdu au milieu d'une forêt brumeuse et enneigée, à plusieurs kilomètres du crash. À mon réveil, j'entends des coups de feu. Avec pour seules ressources du matériel d'escalade et quelques rations, je vais devoir survivre, découvrir la vérité sur ce lieu et découvrir ma vraie nature. Mais pour l'heure, j'ai froid. Et plus encore, je me sens terriblement déprimé.

EONS
Nom : Damon Haze
Rôle : Enquêteur. Il a le truc pour poser les bonnes questions et repérer ce qui n'est pas à sa place.
Motivation : Récompense/Provocant : ce n'est pas pour rien qu'il a quitté sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire « Millevaux » et il est convaincu que c'est en gravissant les échelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas prêt à tout mais presque et prendra les initiatives nécessaires.
Relations : Romance/Folie : tout a changé pour Johanna Ackermann depuis que la lumière a été faite sur l'existence et le rôle de Sodek NoFink dans toute cette histoire. Sur le plan légal, rien n'a pu lu être reproché. Aussi, elle est libre. Mais son équilibre psychologique est plus précaire que jamais et maintenant qu'il n'appartient plus au Bureau, Haze entretient une relation de proximité relativement ambiguë avec celle dont il ne sait plus si elle est victime ou bourreau dans cette affaire.

LE TUEUR DU CALENDRIER
Nom : Damon Haze
Rôle : Enquêteur. L’enquêteur a le don pour poser les bonnes questions et repérer ce qui n’est pas à sa place.
Motivation : Impulsif/Envie : ce n'est pas pour rien qu'il a quitté sa place au FBI pour la Compagnie. Il veut en savoir plus sur cette affaire « Millevaux » et il est convaincu que c'est en gravissant les échelons de la Compagnie qu'il en apprendra plus. Il n'est pas prêt à tout mais presque et prendra les initiatives nécessaires.
Relations : Romantique/Argent : si Haze entretient une relation ambiguë avec Johanna Ackermann, c'est également le cas avec Edes Corso, l'héritière de la famille Corso qui a fait fortune dans la fabrication et la vente d'armes. Ils se sont connus au moment où Haze quittait le FBI pour la Compagnie. Il ne peut s'empêcher de se demander si c'est vraiment par hasard que leurs chemins se sont croisés. Edes Corso n'est pas seulement riche, elle est aussi très pieuse et se sent investie, comme tous les membres de sa famille, d'une sorte de mission. Elle accorde beaucoup d'importance aux questions de foi et de morale, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de Haze qui, depuis Millevaux et Ackermann, navigue en eaux troubles aux frontières de l'occulte.

XxXxX

Haze n'attend pas d'en savoir plus quant à ces coups de feu. Spontanément, il court dans la direction opposée et se retrouve à dévaler à toute vitesse ce flanc de montagne enneigée. À mesure qu'il s'éloigne de l'origine des détonations, il prend un peu plus le temps d'observer son environnement. Quelque chose cloche. Une forêt sous la neige, OK ! Mais pas une forêt comme ça. Haze finit par s'arrêter pour examiner un arbre. Il s'agit d'un arbre typique d'un forêt tropicale. Il n'y connaît rien, certes, mais il sait reconnaître un arbre tropical et il sait que ces régions ne connaissent jamais de périodes de neiges. Donc, quelque chose cloche.
L'espace d'un instant, il se demande si... mais non, impossible ! Son niveau d'accréditation est vert. Il n'a pas accès à Blue City et même dans ce cas, il faudra que ce soit une méga-interférence pour que la ville apparaisse sous cette forme. Où a-t-il atterri ? Quel est cet endroit ?
Haze vérifie le contenu de ses poches et de son sac. Du matériel d'escalade, super ! Des rations, mieux ! Le Virus, le plus important. Il doit l'emmener quelque part, mais où ? Curieusement, sa mémoire lui joue des tours. C'est comme quand on cherche un mot qu'on a sur le bout de la langue. On le connaît, pas de problème là-dessus ! Mais pour l'instant, impossible de s'en rappeler. Ça reviendra, on le sait. Mais quand ? Pas trop tard espère-t-il.
Par contre, il se rappelle bien de quelque chose. Le Virus. Le Cruel Centipède. Le Virus a été conçu à partir d'extrait du Cruel Centipède. Ce n'est pas facile, mais Haze rassemble sa mémoire. Il doit fixer ses idées quant au Virus avant d'oublier. Il sait que ce lieu, cet endroit, cette forêt va tenter de lui faire perdre la mémoire. Parce que cette forêt est... Millevaux. Et le Cruel Centipède est issu d'une variation, d'une interprétation de Millevaux. Le Virus est une variation de Millevaux. Une mutation de Millevaux. Parce que Millevaux est une maladie. Une maladie qui altère le temps et l'espace. Une maladie qui se répand d'autant plus facilement que, sous licence Creative Commons, l'accès à ses diverses interprétations est gratuite. Auteurs comme joueurs peuvent s'en emparer sans problème pour créer et répandre leurs propres versions de Millevaux. Mais déjà il a oublié comment il avait mis la maison sur cette version, le Cruel Centipède. Est-ce la Compagnie qui lui a donné ordre de le remettre à quelqu'un, quelque part ? Ou alors, l'a-t-il dérobé à quelqu'un et doit-il le remettre à la Compagnie au plus vite ?
Ces pensées dérivent alors vers les deux femmes qui partagent ses pensées et sa vie actuellement. Johanna Ackermann d'abord. Il culpabilise de cette relation car il sait au fond de lui qu'il l'entretient en grande partie pour percer le mystère entourant son « autre » personnalité : Sodek NoFink. Et Edes Corso. Il ne sait pas ce qu'elle lui trouve. Elle a tout. L'argent, le pouvoir, la beauté. Pourquoi s'être intéressée à lui ? Et lui, pourquoi s’intéresse-t-il à elle, si différente, issue d'un monde si lointain. Un monde si lointain ?
Sans s'en rendre compte, il a repris sa marche dans la neige et est arrivé dans une clairière. Là, un autre fait étrange. Au milieu de cette forêt tropicale, un arbre qui une fois de plus n'a rien à faire là : un Noyer. Haze se sent bizarrement attiré par l'arbre. Quelque chose en lui... Non, quelqu'un à l'extérieur de lui sait que ce qu'il s'apprête à faire est complètement stupide et que cela va le précipiter dans un monde de cauchemar. Il sait que toutes ses interrogations ne sont que de futiles tentatives de gagner du temps car il va le faire. Il ne peut pas faire autrement. Il tente de se convaincre que cela lui permettra de mieux comprendre ce qu'a vécu Johanna. De mieux cerner la personnalité d'Edes. Une étrange association d'idées lui fait songer à l'Hadès. Et si la belle héritière était son monde des morts ? Alors, Johanna serait la vie. Non, elle est la folie. Après Éros et Thanatos, il y aurait Hybris et Thanatos ? L'Hybris ? Dionysos ?
Haze soupire et regarde la Noix qu'il trouve dans le creux de sa main. Dans son sac, il se saisit d'un mousqueton d'escalade et s'en sert pour en briser la coquille. Une soudaine rafale de vent lui arrache quelques larmes. Il songe alors à cette chanson de Laibach, Hell Symmetry et à ces quelques mots relatifs à la « 7 deadly sins industry ». Sans même songer à s'essuyer les yeux, il gobe la Noix...

Il ouvre les yeux. Il est là mais n'est pas là. Il se voit quelques mètres devant lui. Il se souvient. C'était avant de venir profiler au FBI. Il était alors négociateur. Il intervenait là sur une prise d'otage. Cette grande avenue. Laquelle ? Quelle ville ? Il a déjà... oublié... Cette grande avenue avait été bloquée, évacuée par les forces de l'ordre. Le forcené, un braqueur en fuite, s'était réfugié dans un bus et avait pris les passagers et le conducteur en otage. Des snipers avaient été placés en des endroits stratégiques dans les immeubles de chaque côté. Des SWAT, positionnés dans les rues perpendiculaires, attendaient le feu vert pour intervenir. Lui, tentait de gagner du temps, d'obtenir qu'il libère les otages et de détourner son attention pour permettre aux SWAT, menés par son coéquipier, de s'approcher sans être vus. Qu'est-ce qui avait cloché ? Tout semblait bien se passer puis la situation a dégénéré. Le braqueur a été abattu mais des otages sont morts et son coéquipier a reçu une balle qui lui a sectionné la moelle épinière. Haze revoit la scène de loin mais la revit de l'intérieur. De loin, il voit cette petite porte d'environ 1m de haut. Était-elle vraiment là ce jour ? Il ne sait pas. Et s'il l'avait emprunté ? Où l'aurait-elle mené ? Quelque part d'où il aurait pu sauver son coéquipier ? Et si... Il fait un pas dans cette direction. Et ce retrouve au milieu d'un cercle composé d'hommes et de femmes nus à tête de sanglier, le corps couvert d'humus, de mousse et d'asticots. Ils se tiennent debout, les bras croisés, sans mot dire. Autour de lui, la moisissure a pris des proportions dantesques : buissons de mousse et masses fongiques. Le limon coule de partout. On entend un grondement et on sent la terre trembler. Il pense alors à Johanna, à Sodek et, va savoir pourquoi, à Shub-Niggurath. Puis, les hommes et femmes sangliers disparaissent. Il n'en reste plus qu'un, avec une verge d'une taille monstrueuse qui pend entre ses cuisses et deux seins gonflés de lait. Verge comme seins dégoulinent de pus. Immobile, inerte, il se contente de dire : « Fais pire, au nom des Abysses. »
Pire ? Qu'est-ce qui peut être pire que ce fiasco à part avoir tiré lui-même sur son coéquipier ? À part l'avoir... tué ?
De tout cela, rien n'est réel. Haze le sait et c'est pour ça qu'il pointe son arme en direction du crâne de son coéquipier et qu'il tire. Il garde les yeux fermés si fort que ça lui fait mal mais il ne veut pas les ouvrir. Il attend d'entendre siffler les coups de feu. Il attend d'entendre les cris. Il attend de se sentir projeté au sol et menotté par les SWAT.

Il attend et... rien ne se passe...

Le siège, ou en tout cas un des sièges, de la Compagnie. Depuis cette affaire qui l'a confronté à Millevaux, Haze a quitté le FBI. Il a été recruté par la Compagnie. On ne lui a pas présenté les choses ainsi mais il a compris qu'il devait remplacer un autre agent, Paul Singer, lié lui aussi à toute cette histoire. Haze sait, mais comment ?, que sous l'influence de Millevaux il a tendance à perdre la mémoire. Ou, du moins, certains éléments deviennent flous, disparaissent. Il sait qu'il connaît Paul Singer. Mais d'où ? Se sont-ils rencontrés ou a-t-il seulement entendu parler de lui ? Il ne sait plus. En tout cas, Singer est aujourd'hui porté disparu et Haze sait qu'ayant travaillé sur cette même affaire il est tout désigné pour remplacer Singer au sein de la Compagnie. Pour autant, il doit faire ses preuves. Pour l'instant, son niveau d'accréditation est Vert. Il n'a pas accès à Blue City. La Cité Bleue. Le bourreau de Johanna en avait parlé dans un de ses messages délirants. Le bourreau de Johanna ou l'instrument de Sodek NoFink ? Les dirigeants de la Compagnie savant-ils qu'il la fréquente ? Il n'en serait pas étonné. De même qu'il ne serait pas étonné qu'on le fasse suivre, qu'on l'espionne et que, comme lui, on cherche à percer le mystère de Johanna/Sodek. Le mystère de Millevaux. Enfin, un des mystères de Millevaux.
La mission de Singer a montré une chose. Millevaux est contagieuse. Millevaux n'aurait pas dû s'infiltrer dans Blue City, même au titre d'interférence. Quelque chose, quelqu'un, a volontairement contaminer Blue City en y introduisant le concept de Millevaux pour le pervertir, en faire la proie de Shub-Niggurath et du Roi en Jaune. Le Jaune contre le Bleu. Dans cette histoire, la Compagnie a perdu l'agent Singer. Et l'agent Singer, lui, a perdu... la raison ?
Pour l'instant, en tant qu'agent à la cravate verte, Haze doit « simplement » éplucher toutes les sources d'informations à sa disposition pour se faire l'idée la plus précise de la situation concernant Millevaux. D'une façon ou d'une autre, il faut « protéger » Blue City, ramener l'ordre. Ou au moins, ramener le niveau d'interférence à un degré plus convenable. Gérable ? Haze avait bien compris ce qu'on attendait de lui.

Haze reprend ses esprits. Il est toujours près du Noyer. Il n'a aucune idée du temps qui a bien pu s'écouler. Toutefois, il fait maintenant presque nuit et de plus en plus froid. Un vent glacial l'éloigne de l'arbre. Alors qu'il va pour se réchauffer les mains et les frottant l'une contre l'autre, il remarque que sa paume gauche saigne. Il se rend alors compte que sa main a été transpercée. Comment ? Quand ? Par qui ?
Alors que le vent le pousse, l'éloigne encore plus de l'arbre et de la montagne, un grincement attire son attention. À cause du vent, il a du mal à savoir d'où cela provient. Il tourne sur lui-même et son regard tombe alors sur un homme en fauteuil roulant. Son ancien coéquipier ! C'est forcément une illusion, une hallucination ! Comment il aurait pu arriver jusqu'ici en fauteuil roulant ? En plus, il porte un costume-cravate complètement inadapté à la situation. Spontanément, Haze porte la main au niveau de son aisselle gauche mais ne trouve rien. Il n'a aucune arme sur lui.
Son ancien coéquipier sourit. À mesure que sa bouche s'élargit, s'ouvre, du sang en coule et inonde sa chemise. Il ouvre grand les yeux. Son sourire se crispe. Ses traits se figent. Il articule quelques mots que Haze saisit mal à cause du vent.
« Le nid de serpents géants... Là est le Niaucheur... Il parle le Langage Noir... ou le Langage Jaune... Il mange de la Viande Noire... ou fume l'Opium Jaune... »
Haze se précipite sur son coéquipier. Il se jette sur lui et renverse le fauteuil ! Il se réceptionne mal et une douleur aigue lui vrille la main. Il se relève et se rend compte qu'il est seul. La nuit est maintenant tombée. Haze se retrouve au bord d'un fleuve gelé. Il ne sait pas comment il est arrivé là. Il distingue l'ombre d'un bâtiment au loin. Il y a de la lumière.
Après une marche finalement assez courte, Haze se retrouve devant un portail en fer forgé. Le mur d'enceinte est haut mais en ruine. Il trouve facilement un passage et s'introduit à l'intérieur de cette ancienne propriété. Un peu plus loin s'élève la bâtisse. La porte d'entrée est ouverte. La neige a envahi l'accueil. Il s'agit bien d'un accueil, Haze reconnaît un comptoir. Il y a même un téléphone. Au cas où, il s'en empare : « Contrôle ?
Agent Haze ?
Oui. Contrôle ?
Oui. Que faites-vous là ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas où je suis.
Je... Je ne sais pas non plus.
Mais, si vous êtes Contrôle, c'est que je suis à Blue City, non ?
Oui, non. Normalement. Enfin, vu votre niveau d'accréditation vous ne devriez pas être à Blue City. Mais, si nous avons cette conversation c'est que vous êtes à Blue City, non ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas où je suis. Mon hélico s'est écrasé en pleine montagne. Il y a une tempête de neige. Je suis redescendu dans la vallée et me suis réfugié dans une propriété en ruine. On m'a tiré dessus. Enfin, j'ai entendu des coups de feu. J'ai le Virus. J'ai le Cruel Centipède.
Vous avez le Cruel Centipède ?!
Oui, je ne sais pas comment je l'ai eu mais je l'ai. Et je ne sais pas ce que je dois en faire. Contrôle ?
Surtout n'y jouez pas !
Y jouer ?
Oui, savez-vous ce qu'est le Cruel Centipède ?
Non. Un ver ? Une limace ? Un insecte dégoûtant ?
Non ! Oui, d'une certaine façon. Le Cruel Centipède est une maladie du temps et de l'espace. Une corruption, un corrupteur. Un jeu.
Comment ça, un jeu ?
Agent Haze, souffrez-vous de pertes de mémoires ?
Je ne sais pas. Oui, peut-être, à cause du crash...
Ou à cause de Millevaux. Vous êtes dans une forêt, n'est-ce pas ?
Oui, j'ai traversé une forêt.
Millevaux est LE jeu, la corruption qui menace Blue City. Vous avez oublié ?
Je crois bien que oui.
Le Virus que vous transportez, agent Haze, cet extrait du Cruel Centipède, est un nouveau jeu de rôle dans l'univers de Millevaux. Et Millevaux est une maladie d'autant plus contagieuse que, sous licence Creative Commons, sa gratuité fait qu'il est facile et tentant pour les auteurs et les joueurs d'investir cet univers, de le faire vivre, de l'explorer, le faire muter, le répandre. D'après ce que nous savons, un joueur qui se fait appeler Demian Hesse a introduit Millevaux dans Blue City, contaminant ainsi la Cité Bleue. Blue City et l’Hôpital sont des portes entre Millevaux et... un certain niveau de réalité que souhaitent atteindre les Cœlacanthes. Pour ce Demian Hesse, tout ceci n'est qu'un jeu. Mais pour nous, c'est une menace réelle. Si les Cœlacanthes... Agent Haze, vous êtes à l'hôpital, hein ?
Je ne sais pas. Il y avait une grille en fer forgé et là tout est en ruine.
C'EST UN HÔPITAL, AGENT HAZE ! NE ME MENTEZ PAS ! VOUS ÊTES A L’HÔPITAL !
Je ne sais pas, Contrôle, je ne suis pas sûr. C'est possible que cet endroit soit un ancien hôpital. Ce n'est pas une maison en tout cas. Contrôle ! Je dois vous laisser ! »
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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Re: [Systèmes Millevaux : Dans la nuit longue et glaciale] J'ai tué pour ton nombre

Message par thomas munier » 05 févr. 2020 07:00

Haze raccroche précipitamment. Une ombre vient de lui passer devant. C'était fugace, presque translucide. Ça portait un masque... et des cornes. Ça s'est jeté dans les escaliers en direction de l'étage. Haze sent qu'il doit monter lui aussi.

En haut, Haze entend des rires et des chants. À mesure qu'il gravit les marches, la neige est remplacée par des algues et une indescriptible odeur de poisson mort. Plus il monte et plus il est difficile pour lui de se rappeler que rien de tout cela n'est normal. Il jette un œil, aussi discrètement que possible à travers la porte d'où proviennent les chants et les rires. Dans une grande pièce, une troupe d'hommes et de femmes, à moitié nus, chante et danse au pied d'un trône de fortune. Sur ce trône, un homme revêtu d'une toge grecque et d'un énorme masque à tête de scarabée. Au dessus de son épaule, sur sa gauche, une bouche dessinée sur le mur scande : « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! »
Haze fait un pas en arrière, de peur qu'on le remarque. Alors, il distingue un fragment de miroir brisé encore fixé à un mur. Il y plonge son regard mais n'y trouve pas le sien. Qui est cet homme au masque étrange, le connaît-il ? Il ne sait plus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il est celui qui porte la maladie ! Le Cruel Centipède !

« Entre, Haze ! Entre en scène ! Rejoins mon petit théâtre ! La Bouche ne te veut aucun mal. »

Haze croit reconnaître cette voix. Il n'est sûr de rien, à cause de ce masque mais... Paul Singer ? Cet homme est-il l'agent Paul Singer ? Cet agent de la Compagnie qui a disparu après cette étrange affaire ? C'est lui qui avait retrouvé Johanna dans Blue City puis dans Millevaux. Il ne sait plus trop, sa mémoire vacille.

« Paul... Singer ?, hasarde Haze en approchant lentement.
Oui, non. Je suis Dionysos, la Voix de la Bouche et la Bouche a des choses à te dire. »

Dionysos change alors de voix. Autour de lui, les hommes et les femmes dansent et chantent toujours en riant et buvant du vin à même la bouteille.

« Agent spécial Haze, les tueurs qui tu as arrêtés vont à l'hôpital ou en prison. Le Tueur du 13ème Jour du 13ème Mois n'est pas ici. Tu dois aller le chercher en prison. La Prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan te donnera un nombre et ce nombre sera le 13. En chemin, arrête-toi devant les nids de serpents. Parles au Niaucheur. Parles-lui le Langage Noir ou le Langage Jaune. Partage avec lui la Viande Noire ou l'Opium Jaune. Écoute sa plainte. Maintenant, va, Agent Haze. La Bouche a parlé. »

Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait là. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas spécialement. Juste comme ça, il en tire 2 au hasard : 10 de cœur et 5 de trèfle. Il a envie d'un café. Dans ce parc, la température vient de chuter brutalement. Un café le réchauffera. Il fait signe a un des agents en uniforme, celui qui tient le petit plateau garni de gobelets en carton fumant. Une tasse à la main, il parcourt de nouveau la scène de crime des yeux.
La victime est un homme dans la cinquantaine. Légèrement en surpoids. Est-ce par coquetterie qu'il a les cheveux teints ? Il devait faire son jogging dans ce parc. Il porte encore ses vêtements sportswear. Pourtant, le tueur lui a baissé son pantalon. Ils se sont visiblement battus. Le visage de la victime est couvert d'hématomes. On voit aussi des marques au niveau de ses cuisses. Haze parcourt les environs du regard. Cette partie du parc n'est pas la plus exposée aux regards. Pour autant, ce n'est pas non plus l'endroit le plus opportun pour une agression. Haze se laisse aller à penser que le tueur savait ce qu'il faisait en agissant ici. Peut-être a-t-il procédé à quelques repérages. Au fait du parcours de cet homme, il a estimé que c'était le meilleur endroit pour l'agresser. Oui, le tueur savait parfaitement où et quand attaquer. Avec un peu de chance, ça faisait plusieurs semaines que le sort de cet homme était scellé et personne ne le savait. À part le Tueur du Calendrier, celui qui tue le 13ème jour du 13ème mois. C'est SON calendrier. Il y a déjà eu 4 victimes, que des hommes dans la cinquantaine. Et les briseurs de codes du Bureau, en examinant les dates des meurtres, ont mis en évidence ce cycle de 13 mois et 13 jours. Toujours le même modus operandi. La victime est rouée de coups puis étranglée. Le tueur lui baisse son pantalon mais ne procède à aucune agression sexuelle. Visiblement, il s'agit surtout d'une dernière humiliation consistant à laisser la victime dans cette posture pour le moins inconvenante. Les corps ne sont ni dissimulés ni spécialement mis en évidence. Le tueur les laisse là. Il sait qu'on les trouvera. Il veut qu'on les trouve, mais pas trop vite. Les autopsies ont montré que, vu les angles des coups portés, le tueur devait être plus petit que ses victimes mais en meilleure condition physique. Pourquoi s'en prendre à des hommes plutôt âgés ? Haze pense que le tueur a peut-être été victime d'un pédophile et qu'il se venge. Il a même demandé à ce qu'on fouille le passé des victimes à ce sujet. Pour l'instant, cela n'a rien donné mais cela ne prouve pas grand chose. Il y a tant de criminels qui ne sont jamais inquiétés... Et si le tueur s'en prenait aux membres d'un réseau ? Ou alors, il fait une simple projection sur ces hommes-là ? Ou alors, Haze fait totalement fausse route... Il n'exclut pas non plus que l'assassin soit une femme ou un enfant, un adolescent. Cela expliquerait sa taille. Haze soupire et boit une gorgée de café. Soudain, son téléphone sonne. C'est Johanna. Il la rappellera plus tard.

Haze ne fait plus partie du Bureau. Aussi, un de ses anciens collègues lui signale le plus courtoisement possible qu'il va maintenant devoir quitter les lieux et... laisser la police faire son travail. Haze comprend. Il lui sourit et le remercie pour... le café. Il lui promet de le tenir informé si, de son côté, il devait apprendre quelque chose. Il prends ensuite un taxi et se rend à l'Auberge, ce café à thème où il doit retrouver le Chef-Instructeur Snyder. Son niveau d'accréditation est Indigo/Blanc. Il n'est plus envoyé à Blue City mais il joue, parfois encore, le rôle de mentor pour les nouveaux agents de la Compagnie comme Haze. Snyder n'est pas un rigolo. C'est un dur. Mais il est réglo et il connaît son boulot. Il est convaincu que ce Tueur du Calendrier a quelque chose à voir avec les affaires de la Compagnie et Haze lui fait confiance à ce sujet. Le 13ème jour du 13ème mois. Ce ne peut pas être une coïncidence. C'est forcément lié avec cette histoire de Patient 13. Que ce serait-il passé si Coleman était parvenu à tuer 13 femmes ? Il voulait ouvrir une porte vers Millevaux, pour les Cœlacanthes. Et Johanna...
Snyder tire Haze de ses pensées d'un claquement de doigts. Il interpelle la serveuse et lui commande café et donuts. Haze est ravi. Il fait si froid en ce moment. Il est gelé, même à l'intérieur de l'Auberge. Un café lui fera du bien. Alors que la serveuse revient, il se rappelle avec amusement le chef DiCompain de la police d'Olympia, grand amateur de donuts devant l’Éternel.

« Et que vient faire Ackermann dans cette histoire ?
- Pardon ?
- Oui, Ackermann... Vous la... fréquentez si je ne m'abuse.
- Oui, non euh... Oui, nous nous... fréquentons, comme vous dîtes, Chef-Instructeur Snyder.
- Bien, alors, quel est son rôle dans cette histoire ? Quelque chose m'échappe.
- Et bien, pour faire court, Johanna... Miss Ackermann est une des victimes de Coleman. Il la retenait prisonnière, en vue de son exécution à venir, quand les forces de l'ordre sont intervenues dans sa planque. Elle a été admise en soins intensifs. Sauf que, d'après les rapports de la Compagnie que j'ai lu, l'Agent Singer a eu au même moment un « contact » avec elle dans Blue City. Poursuivis par une créature, ils se sont retrouvés à Millevaux. C'est là que Johanna s'est révélé posséder une double personnalité. L'autre, nommé Sodek NoFink, semblait alors être un complice de la Magicienne, ou du Magicien, ce n'est pas... plus très clair... NoFink aurait en fait manipulé Coleman afin qu'il tue. Il aurait fait en sorte, malgré tout, de garder Johanna en vie, nécessité oblige. Mais, les investigations de Singer notamment tendent à montrer que les choses étaient en réalité plus complexes. Finalement, Johanna ne serait plus vraiment une victime. Elle aurait joué le rôle de la victime auprès de Coleman pour rester près de lui et serait passée par l'intermédiaire de la personnalité de Sodek NoFink pour le manipuler. Dans cette nouvelle configuration, Sodek n'est plus qu'un pion et Johanna n'est plus du tout une victime. Elle serait même, finalement, à l'origine des meurtres. Toutefois, aucun examen psychiatrique n'a pu mettre en évidence l'existence cette personnalité de Sodek NoFink. Aussi, les réflexions de l'agent Singer sont restées lettre morte et Johanna continue d'être considérée comme une victime et uniquement comme cela.
- Bien, et votre opinion ? Sachant que vous... fréquentez Johanna Ackermann.
- Aucune trace de NoFink. Avec moi en tout cas, elle est à 100% Johanna. Je ne remets pas en cause l'existence de Sodek mais je ne peux qu'affirmer ne l'avoir jamais vu depuis la fin de cette affaire. Je pense, mais je n'ai aucun élément pour étayer ce point de vue, que Sodek ne peut se manifester que dans Blue City et Millevaux. Coleman était fou et obsédé par Millevaux. C'est sans doute pour ça que Sodek a pu lui apparaître. Il faudrait, je pense, ramener Johanna à Blue City puis à Millevaux pour pouvoir accéder à Sodek.
- Et pensez-vous qu'elle ait quelque chose à voir avec cette affaire du Tueur du Calendrier ?
- Non, mais je pense par contre que cette affaire est liée à Millevaux d'une façon ou d'une autre. Pour Coleman, Blue City était un sas entre Millevaux et notre réalité. Il est possible que le Tueur du Calendrier partage un délire similaire. Vous prenez le dernier donut ? »

Haze quitte donc l'Hôpital et Dionysos. Il ne sait pas pourquoi mais quelque chose lui manquera et ça le déprime encore plus, plus que la nuit et le froid. Cela lui semble aberrant. Qu'est-ce qui pourrait bien lui manquer dans un endroit pareil ? Aberrant aussi, cette idée que le Virus ne serait qu'une espèce de jeu de rôle qui parviendrait à contaminer la réalité. Mais après tout, lui aussi est roliste. Il en a joué des personnages, que ce soit IRL, sur table, ou derrière son écran sur des forums. Finalement, il comprend un peu cette notion de contamination du réel par le jeu. Il se rappelle le jeu De Profundis, un jeu de rôle épistolaire dans un univers lovecraftien. Au passage, il note que Millevaux emprunte aussi au mythe de Chtulhu. Mais surtout, l'auteur de De Profundis insistait sur le fait que chaque expérience du quotidien pouvait venir enrichir le récit. Ainsi, d'une certaine façon, on ne sortait jamais du jeu et c'était finalement une sorte de contamination du réel par le jeu. Mais avec Millevaux, ça allait plus loin. Ça allait d'autant plus loin que Haze savait pertinemment qu'il n'avait pas lu De Profundis. Ce n'était pas lui, ce n'était pas son souvenir. Mais qui ? Demian Hesse ? Que signifiait tout ça ? Il ne savait plus vraiment. Sa mémoire commençait vraiment à lui jouer des tours. Il pensait savoir qui était ce Demian Hesse mais finalement en doutait. Il ne savait plus s'il était sensé le connaître ou non. Mais, il savait aussi que ces pertes de mémoires étaient caractéristiques de Millevaux. Était-il donc contaminé ? Se débarrasser du Cruel Centipède suffirait-il à lui rendre ses souvenirs ?
Haze longea le fleuve gelé jusqu'à ce que, sous la glace, il aperçut les entrées des nids de serpents géants. Là, il devait trouver le Niaucheur. Mais comment accéder aux nids ? Fouillant dans son sac, il se dit qu'il pouvait peut-être utiliser un gros mousqueton d'escalade pour tenter de briser la glace. Mais il n'avait en réalité que peu d'espoir d'y parvenir. Malgré tout, prudemment, il posa un pied sur la glace et entreprit de traverser le fleuve. Regardant à travers la glace, il ne voit rien de vivant. Pas un poisson ni même un batracien ne peut vivre dans ces conditions. Encore moins un serpent, fut-il géant. Il fait beaucoup trop froid. Au moins, pense-t-il, il ne risque pas d'être la proie d'un reptile. Mais comment trouver le Niaucheur ?
Haze pose pied sur l'autre rive et entreprend de faire du feu. Cela le réchauffera et, peut-être, attirera le Niaucheur. Mais, contre toute attente, le feu prend bien mieux que prévu. Beaucoup trop même. Et le manteau de Haze prend feu. Il se jette dans la neige pour l'éteindre. Il y parvient rapidement mais souffre malgré tout de vilaines brûlures aux bras et au torse. Il ouvre son manteau et sa chemise et se recouvre de neige pour apaiser les brûlures. Malgré tout, il ne peut retenir ses larmes, autant de dépit que de douleur. Et il se surprend à pleurnicher comme un gamin. Pleurnicher... Niaucher comme dit Anke, son amie rôliste fribourgeoise. Le Niaucheur, le Pleurnicheur !! Est-ce possible ?
À 4 pattes, Haze gagne le bord du fleuve et contemple le reflet de son visage dans la glace. Presque torse nu, il est fasciné par les brûlures qui, remontant de son torse à son cou, le défigurent. Ou peu s'en faut qu'il ne soit défiguré en tout cas. Il fixe l'homme dans la glace. Il ne se reconnaît pas. Mais, il sait que c'est lui. Il se rappelle les mots de la Bouche. Il doit parler au Niaucheur, partager avec lui. Le Langage Noir ou le Langage Jaune. La Viande Noire ou l'Opium Jaune. Noir, c'est forcément négatif, ce sont les ténèbres, l'obscurité. Mais le Jaune, il le sait bien, c'est l'indicible, c'est la folie hasturienne ! Il se regarde droit dans les yeux et prend conscience qu'il ne sait pas quoi se dire.

« Qui es-tu, Niaucheur ? As-tu quelque chose à me dire ?
- Non, mais... en vérité je te le dis, tout a déjà commencé à changer dans les murs de la Cité Bleue. Ce qui était pur devient vermine, ce qui était laid se pare d'une beauté artificielle et contre-nature, l'homme qui était vertueux devient un pécheur et la femme qui était fidèle voit son corps enfler de concupiscence. Et le cœur même de la Cité Bleue n'est jamais tout à fait ce qu'il était hier. Les palais deviennent des cloaques, les jardins deviennent des jungles. La bête docile et servile devient un monstre sauvage, elle mord la main qui l'a nourri, force les barreaux de sa cage et part semer la terreur dans la Cité Bleue. Et des choses dorment dans des cocons, ce qu'elles étaient auparavant n'est plus que limon à l'intérieur d'une carapace, et ce qui en sortira portera le visage du Démon.
Que le Juste châtie ses semblables qui ont déjà chuté, qu'il leur donne l'absolution, qu'il traite les maladies et les difformités, ou qu'il se prémunisse lui-même contre toute forme d'impureté et de changement, le Juste devra lire en son cœur pour savoir ce que Dieu veut qu'il fasse en son Nom. »

Haze fixe le Niaucheur, les yeux grand ouverts. Il croit comprendre. Il a peur de comprendre. La maladie a commencé à se répandre à Blue City. Et, de là, elle pourra se répandre dans le monde réel. L'avenir s'annonce bien sombre. Haze a parlé le Langage Noir. Il doit maintenant partager la Viande Noire. Dans la glace, il voit que son torse brûlé est devenu noir justement. Il retourne à son sac et trouve dedans un petit couteau. De retour au bord du fleuve, il s'attaque à découper un morceau de viande carbonisée à même son torse. La douleur est insupportable. Il y a du sang partout dans la neige, sur la glace. Le visage du Niaucheur ne lui apparaît plus que derrière un voile de larme et de sang. Pourtant, malgré tout, il présente un bout de chair sombre au Niaucheur et entreprend de dévorer cette Viande Noire et crue.
Puis, il s'écroule, inconscient, dans la neige et le sang.

L'appartement de Johanna Ackermann. Elle est seule. Elle fait la cuisine. Elle a de la visite ce soir. Damon Haze, l'ex agent du FBI qui s'est occupé d'elle suite à son kidnapping par le tueur Coleman. Elle a passé du temps en soins intensifs puis, à sa sortie, Haze est revenue vers elle. Pour l’aider. Mais pas que. Aujourd'hui, ils ont une relation pour le moins ambiguë. À la limite du platonique et... d'autre chose. Elle sent bien que Haze n'en a pas fini avec cette histoire et qu'il reste auprès d'elle aussi, entre autre ou principalement pour en savoir plus sur les délires de Coleman. Et aussi sur tout ce qu'elle a ou croit avoir vécu dans cette Cité Bleue et cette forêt maudite. Mais rien de tout cela n'était réel, hein ? D'ailleurs, même le type avec qui elle s'est retrouvée là-bas a disparu. Elle ne sait même pas s'il a vraiment existé ailleurs que de son crâne. D'après certains médecins, elle aurait inventé tout ça pour tenir psychologiquement face aux sévices infligés par Coleman. Une sorte de fuite, de fugue psychologique. Oui, elle est tentée d'y croire. Elle y croirait plus facilement si Haze y croyait et se décidai à franchir le cap. Ce soir, peut-être...

« Toc Toc !
Qui est là ?
C'est moi, Sodek.
Qu'est-ce que tu me veux encore ?
Tu le sais, on a du travail. C'est bientôt le jour.
Non ! Ce n'est pas le jour. Il y a encore du temps. Beaucoup de temps avant la prochaine fois. Tu n'as aucune raison de venir m'importuner. Pourquoi ?
Pourquoi ? Mais... mais parce que tu t'es assez servi de moi, Johanna. Maintenant, c'est mon tour. Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois pour s'amuser un peu ? Qu'est-ce que ça changera ? Rien du tout !
Bien sûr que si ! Se laisser aller comme ça est le meilleur moyen de commettre une erreur qui les mettra sur ta trace, notre trace.
Mais non ! Il suffit de changer de mode opératoire. Là, ce ne sera pas pour ce que tu sais. Ce sera juste pour... s'amuser. Allez, il n'y a personne dont tu voudrais te débarrasser ?
Si ! Il y a cette femme. Edes Corso. Je sais que Damon la connaît. Je sais qu'il la voit.
Et tu voudrais qu'il lui arrive quelque chose à cette Edes Corso ? Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois ?
Tu es certain que ça ne bouleversera pas nos... tes plans ?
Certain !
Pourquoi ? Pourquoi fais tu ça, Sodek ?
Tu le sais très bien. Tu as eu ta chance, Johanna. Et tu as échoué. Maintenant, c'est moi qui prend les rênes. On va faire ça à ma manière. Ça va prendre un peu plus de temps mais ça marchera cette fois.
Sodek, pourquoi dis-tu qu'on a du travail alors que tu sais que le 13ème jour du 13ème est dans longtemps et que tu veux seulement t'amuser ?
Je dis ça parce qu'on a vraiment du travail. Certes, nous avons du temps devant nous mais il y aussi de long préparatifs et de longs rituels à accomplir pour que tout soit parfait. Tu sais bien de quoi je parle...

« Le roman qui rend fou ! » Voila quel sera désormais l'argument de vente de ce vieux roman de fantasy écrit en 1958 par un certain Jone King : La Quête de l'Ange-Paon de Yézédis. En vérité, l'intrigue importe peu. Ce qui importe, c'est ce qui s'est passé ce samedi 25 mai dans une bibliothèque de quartier d'Olympia, état de Washington. En effet, un homme d'une cinquantaine d'année en train de lire ce roman a subitement été pris de folie. Criant être l'un des personnages principaux, un certain Tad Corso – aventurier explorant une forêt hantée par des monstres nommés Horlas, l'homme s'en est pris avec les plus grande violence aux autres usagers ainsi qu'aux membres du personnel. Il a fallu l'intervention conjointe des forces de police et des services de sécurité de la bibliothèque pour maîtriser le forcené. Celui-ci a finalement succombé à une crise cardiaque. Ces derniers mots concernèrent le Roi-Volcan et parlèrent du 13ème jour du 13ème mois, un autre personnage et un moment fort du livre.

Haze émerge lentement et douloureusement de son inconscience. Il a l'impression qu'on s'agite autour de lui. Il sent des mains qui le palpent sans ménagement. On est en train de lui faire les poches ! Il se retourne sur le dos aussi vite qu'il peut et tente de voir à qui ou à quoi il a à faire.
« Edes ? »
Non, ce n'est pas elle. Impossible. Qu'est-ce qu'Edes ferait ici. Et puis, son œil ? Comme une coquille de noix. Et... ce déguisement ! Ces ailes en bois... Haze tente de se redresser en prenant appui sur son coude.
« Edes ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu... ?
Qui es-tu ? D'où tu me connais ?
C'est moi, Damon.
Les seuls démons que je connais sont ceux que j'ai tués ! Es-tu un Horla ? Tu ne ressembles pas à un Cœlacanthe.
Non,non Edes. C'est moi, Damon Haze. Rappelles-toi, on est... ami.s Enfin plus ou moins. Plus que moins même. Enfin, tu vois ce que je veux dire ? »
Il semblait bien que non. Cet étrange sosie d'Edes, qui répondait pourtant à son nom, fit un petit bond en arrière, s'arma d'une dague et fixa Haze avec méfiance.
« Euh, Edes... J'ai vu le Niaucheur. Il m'a dit que la corruption allait se répandre. Qu'elle s'était déjà répandue. Ça a déjà commencé. Elle traverse les mondes. Les Justes doivent éradiquer les démons... au nom de Dieu. »
Haze, en jouant franc jeu autant que possible, espérant ainsi apaiser cette femme et gagner sa confiance. Il savait qu'il n'était clairement pas en position de force. En cas de combat, elle l'emporterait certainement. Et puis, peut-être que tout ça aurait du sens pour elle.
La femme, Edes ? le fixait toujours mais son visage prit une nouvelle expression, moins menaçante. Elle semblait étonnée, surprise, mais aussi plus attentive.
« Tu parles comme lui
Comme qui ?
Le Fondateur de notre famille, l'Ange Guerrier, le Rêveur. Tad Edes Corso. C'est de lui que je tiens mon nom et mes dons. C'est grâce à lui que j'entends les Lwas en songe. C'est notre devoir d'aller dans le cauchemar combattre les Cœlacanthes. Tu ne dois pas y aller. Tu ne peux pas. C'est à nous, les Corso héritiers du don du Fondateur, qu'incombe cette tâche. Et les Powl nous aident en attirant sur nous la bienveillance des Lwas. »

OK, cette femme est folle. Elle ressemble à Edes. Elle répond au même nom. Mais elle est folle. Comment se tirer de ce mauvais pas ? Haze ne pense plus qu'à une chose, se tirer le plus vite possible. Pourtant...

« Je dois me rendre à la Prison du Roi-Volcan.
Non ! N'y vas pas ! Cet endroit est maudit. On ne peut y accéder sans danger que le 13ème jour du 13ème mois.
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Que sais-tu du tueur du 13ème jour du 13ème mois ? »

Et Haze eut une vision. Un flash. Il se rappelle alors une conversation avec Johanna. Dans sa cuisine. Elle était en panique totale et lui a parlé du tueur. Elle disait le connaître. Elle disait que c'était lui, Sodek Nofink, qui tuait chaque 13ème jour du 13mois. Lui aussi, comme Coleman voudrait ouvrir une Porte aux Cœlacanthes. Mais il aurait un plan à long terme. À beaucoup plus long terme. Cela ferait longtemps que Sodek mûrit son plan. Il aurait même commencé à tuer avant Coleman. Et Sodek voulait tuer... Edes !

Haze ne savait plus. Edes avait-elle été assassinée ou non ? Si oui, cette fille était un fantôme et il était... certainement pas au Paradis. Où ça alors ? L'Enfer ? Le Purgatoire ? Était-il mort lui aussi ? Dans le crash de l'hélicoptère... Avait-il basculé dans ce monde de folie et de cauchemars dont parlait Coleman, ce Millevaux ? Et jamais un téléphone quand on en a besoin ! Il aurait bien eu besoin des conseil de Contrôle à ce moment précis.

« Edes... Es-tu... Vivante ?
Évidemment, imbécile ! Je ne serais pas là à te parler sinon. Mais je suis la dernière, la seule survivante. Mon clan, toutes mes familles ont péri dans la fracture. Seules... enfin, nous avons pu remonter de l'Abysse.
Nous ?
Oui, la Magicienne. Elle aussi a pu remonter. C'est elle qui m'a tiré de là. Elle m'a sauvé, cette fois encore. »

Et Edes tapotait du doigt la coquille de noix qui lui servait d’œil.

« La Magicienne ? Je dois la voir. Où est-elle ?
Je suis là, Damon-Demian. »

Haze reconnut tout de suite cette silhouette. Ce long manteau et cette toque en fourrure. Le Magicien ! La Magicienne... C'était pourtant bien UN Magicien qu'il avait interrogé dans les locaux de la police d'Olympia quand il enquêtait sur Coleman ?

« Je dois rêver, lâcha-t-il dans un souffle. Mais je ne veux pas.
Tu vois, rebondit Edes. Tu parles encore comme lui. Le Fondateur disait ça lui aussi. Il devait rêver mais ne voulait pas. »

La magicienne l'observa avec un certain amusement. Elle fouilla dans sa besace et tendit devant lui ses deux paumes ouvertes.

« La Bille ou la Noix ? Le 13ème jour ou le 13ème mois ? Choisis ! »

Et le visage de la Magicienne se fendit d'un large sourire. Haze flairait l'arnaque à plusieurs kilomètres. Il ne voulait pas choisir. Et pourtant... Il fixa Edes droit dans les yeux. Dans l’œil et la Noix... Vas pour la Noix ?

Et il saisit la...

Le réfectoire d'un hôpital. Non ! Le réfectoire DE l'Hôpital. Les patients sont en train de manger. Soudain, l'un d'eux se lève. Pris d'une crise de démence, il renverse sa chaise. La bave aux lèvres, il se jette sur son voisin et lui plante sa fourchette dans la gorge.
Le patient 58,un homme d'une cinquantaine d'années, est rapidement maîtrisé par les Blouses Blanches. Sodek, comme beaucoup d'autres patients, est resté impassible. Il a tout de même remarqué que le patient 58 a les épaules couvertes de pellicules. Mentalement, il prend des notes. Aujourd'hui, le 58. Avant-hier, le 71. Demain, le 46...
Pour Sodek, n° 82, tout est clair. Ceci est un message. Et qui dit message, dit messager. Et qui dit messager dit... Nyarlathotep !

Ville de XXXX. Ce parc d'attractions est particulièrement bien gardé, de jour comme de nuit, car son sous-sol abrite des locaux de la Compagnie. Aujourd'hui, ici-même, le chef-instructeur Snyder participe à une réunion du Département Spécial de la Compagnie avec des cadres de l'Ingénierie Mnémonique et de la Mythographie.
Ce matin, tout le monde tente de faire bonne figure mais, contrairement à ce qui se passe en surface, l'ambiance n'est pas à la fête. Le désespoir et la peur se lisent dans les regards des uns et des autres. La nouvelle est tombé et elle est mauvaise. Très mauvaise. Blue City est en proie à une corruption d'origine inconnue. Des noms reviennent néanmoins : le Cruel Centipède, Shub'Niggurath, le Roi en Jaune, Millevaux.
Snyder tente malgré tout d'être rassurant. Il a une piste, affirme-t-il, un atout. Ce nouvel agent, Haze. Il connaît Millevaux. Il y a encore une chance de sauver Blue City... et le monde.

OMNISCIENCE :

Depuis quelques jours, depuis qu'il a tué deux membres de sa communauté, SiAber se sent mal. Ce ne sont ni les remords, ni la culpabilité mais des images étranges qui lui sont venues en rêve peu de temps après qui le rongent. En réalité, ce ne sont pas des rêves mais des souvenirs. Mais, ce ne sont pas les siens. Ce sont ceux des personnes qu'il a tuées. Il voit ainsi la première dans une cabane à moitié en ruine, sorte de taverne, perdue dans des marais. Là, il boit en compagnie d'une bande de dégénérés qui ont tout l'air d'une bande de cannibales. Tous, ils rient en buvant et se donnant de grandes tapes dans le dos. Son autre rêve lui paraît plus intéressant. Même si plus mystérieux. Il revoit la Prison du Roi-Volcan. Ce membre de son clan s'y est rendu. Il a vu, dans ces ruines, le Roi-Volcan et le Roi-Volcan lui a donné un nombre. Ce nombre était le 13.

Aujourd'hui, SiAber a suivi la Magicienne dans la forêt. Ou plutôt, elle s'est laissée suivre. Arrivée au Noyer, elle lui fait face et, lui tendant les mains, paumes ouvertes, lui propose de choisir entre une Noix et une Bille.
SiAber choisit la...
Ses visions le transportent dans un autre monde ou un autre temps. Il ne sait plus. En tout cas, cela n'a rien à voir avec ses visions habituelles. Là, il ne se contente pas de voir fugacement, partiellement, ce qui va advenir. Ses visions lui donnent... une mission. Il doit accomplir quelque chose pour accéder à une vision « Primordiale », quelque chose d'important, de capital !

Quand il ouvre les yeux, SiAber reconnaît cette étrange pyramide au Nord-Ouest des Colonnes. Mais quelque chose a changé. Quelque chose de majeur. De radical ! Il neige !!! La pyramide. La forêt. Millevaux est sous la neige !
Une silhouette se dessine à l'une des entrées de la pyramide. Un Horla ! Il a un corps d'homme mais sa tête est un amas de tentacules grouillants. Le torse de la créature est scarifié au niveau du cœur. Ces cicatrices, SiAber le sait, symbolise le nombre 13. malgré la neige et le froid, le Horla ne porte qu'un long pagne de couleur pourpre. Il a les bras levés en croix et semble dans une sorte de transe qui le fait onduler lentement. Autour de lui, l'air se cristallise en pétales de fleurs tombant à ses pieds. Fragments de rose en hologramme...
SiAber est terrifié. Pourtant, le Horla semble inoffensif. Il ne bouge pas. À se demander s'il a conscience de la présence de SiAber. Pourtant...
« Je suis le Kraken ! L'oubli m'a jeté au fond d'un océan de solitude, à 13000 m de profondeur. Retrouver mon nom apaiserait mon âme... Parce que le joueur le sait, je le sais et tu le sais. La forêt est Millevaux est Shub'Niggurath. La neige est Ithaqua. La Magicienne est à tes côtés. »
Et à ces mots, le Kraken s'en retourne à l'intérieur de la pyramide, laissant SiAber là, interdit. Un raclement de gorge à sa droite attire son attention. La Magicienne est là... à ses côtés. Mais quelque chose a changé chez elle. Son long manteau glisse sur ses épaules qui se révèlent être en acier. Des symboles sont gravés dessus. SiAber s'approche pour mieux les voir mais la Magicienne recule et remonte son manteau. Elle le regarde droit dans les yeux. SiAber jurerait qu'elle tente de le charmer. Elle fouille dans ses poches et en sort une Bille et une Noix.
« Choisis »
Et SiAber choisit la...

Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? Là, de jeunes garçons sont la proie de horlacanthes qui leur arrachent les bourses avec une arme-cactus électrique, sans anesthésie. L'arme les cautérise. Puis ils restent parqués ici, vivant captifs dans leur propre merde. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que doit-il faire ? Sauver un enfant ? Lequel ? Déjà, il cherche un endroit d'où pouvoir mieux observer la scène sans être vu des Cœlacanthes.
Une fois à l'abri derrière... Derrière quoi ? SiAber se rend alors compte que si les enfants et les Cœlacanthes lui apparaissent très nettement, tout me reste est flou. Concrètement, il lui est impossible de dire où il est, à quoi ressemble cet endroit. Cela lui donne presque le tournis. Il doit même se concentrer pour que les enfants ne deviennent pas flous eux aussi. Il sent qu'il doit agir vite. Aussi, il relâche les araignées qu'il a en lui et les envoie faire diversion. Il espère ainsi attirer ailleurs l'attention des monstres pendant qu'il s'emparera d'un enfant (mais lequel et pourquoi celui-là plus qu'un autre?) et s'enfuira par cette porte qu'il sait (mais comment?) être derrière lui sur sa gauche.
Il se recroqueville alors sur lui-même et ouvre grand les yeux et la bouche. Il sent alors des milliers d'araignées s'agiter et sortir de son corps. Alors qu'elles se mettent à recouvrir deux horlacanthes opérant sur de jeunes garçons, SiAber rampe dans la direction opposée. Il s'approche d'un enfant et le tire par le bras. Il lui plaque la main sur la bouche pour l'empêcher de crier et, alors que les monstres se débattent avec les araignées, il le tire vers la sortie. Mais avant de passer la porte, il tire deux Noix de sa besace et lui en tend une. Et lui dit :
« Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant je te donne cette Noix pour transporter ton âme dans la vie suivante. Je suis le Corvidé !
Écoute les yeux, répond le garçon. Ils te disent de répéter ton mantra pour accéder à la Vision. Ils te disent que mon sang doit couler »

SiAber acquiesce. Il sort une dague de sa besace et entaille la main du garçon. Alors, le décor cesse d'être flou. Et la porte apparaît nettement. Il entraîne le garçon.

Dehors, dans la neige, la Magicienne est là. Elle attend.

« Camille ! Viens ! »

Elle ouvre grand son manteau et le jeune garçon s'y réfugie, à l'abri du froid. Alors qu'elle le referme sur eux deux, elle prend soin de laisser nues ses épaules d'acier. SiAber s'approche et parcourt du doigts les étranges gravures en langue putride. Il comprend...

Le Cruel Centipède, une nouvelle forme de Millevaux, cette maladie qui ronge l'espace et le temps. Cette corruption. Cette putréfaction. L'univers, les univers meurent ! Il(s) se décompose(ent) et Millevaux sont ses miasmes protéiformes et pourrissant qui en émanent et se répandent, condamnant ce qui reste du cadavre de l'Hommonde à une lente désagrégation. L'Hommonde ? Qu'est-ce que c'est ?
SiAber a un mouvement de recul. La Magicienne se retourne et lui présente son autre épaule. D'autres gravures, mais pas en langue putride cette fois. Les « Dunes Vivantes », la paix contre la nocive alliance.
SiAber fixe son regard sur la Magicienne mais elle ne lui accorde plus aucune attention. Elle ne songe plus qu'à réchauffer et cajoler le jeune Camille. Mais il sait ! Il sait que les Dunes Vivantes l'aideront à vaincre la neige, à vaincre la forêt, à faire reculer Millevaux !

SiAber ouvre les yeux. La Magicienne, celle aux épaules de chair, est face a lui. Elle lui sourit. Quelque chose dans son regard lui dit qu'elle sait. Elle sait tout ! Tout ?
Elle lui tend les mains, paumes ouvertes. L'une est vide. Dans l'autre, il reste une...
SiAber s'en saisit...

Il reconnaît cet endroit. Il est consacré au Roi-Volcan. Devant la porte, deux personnes semblent l'attendre. Un homme, plutôt mal en point, à l'air nerveux, se présente comme étant un certain Damon Haze. Le femme prétend s'appeler Sodek NoFink et elle fait peur à SiAber. Elle lève la main et déclare.
« Le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est... »

Et d'un geste, elle nous invite, ce Haze et moi ,à entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, Haze et SiAber ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
SiAber se rappelle que tout cela n'est qu'une vision. Rien n'est réel. Pas encore. Il sait, en tant que chaman du clan des Arbres, qu'il a la main-mise sur une partie de ce qui va se passer. Ce Haze est certainement un homme bon, mais s'il veut savoir, percer les secrets, SiAber doit trouver le Roi-Volcan avant lui.
Haze entre et prend immédiatement le couloir sur sa gauche. SiAber, lui, demeure immobile et se concentre. Mais il a du mal à conserver son calme. Une voix résonne en lui. « Commence par la dernière chose ! Le monde est un cut-up ! »
Ses yeux lui piquent d'une façon vraiment désagréable. Ça bourdonne dans sa tête. Il farfouille dans sa besace et en sort une carte. Une sorte de lame de tarot. Mais dessus, il y a des mots. Sur tout le pourtour de la carte, des mots. Au milieu de la carte, des mots ! Un titre : Soudain... Juste en dessous : « Commence par la dernière chose. Perds ton calme. Aide l'ennemi ou le monstre. Un tremblement de terre. Une personne a en fait un dédoublement de personnalité. » Il y a bien d'autres mots sur cette carte mais SiAber ne parvient pas à les lire. Il comprend que cette douleur dans sa tête et dans ses yeux est la rage qui tente de sortir. Il comprend que l'ennemi qu'il doit aider est Sodek. Il comprend que cet homme dans ce corps de femme, Sodek, souffre d'un dédoublement de la personnalité. Et quand il se concentre sur la terre, pour écouter les conseils des racines des arbres, il entend les prémices d'un tremblement de terre. La dernière chose à faire... serait de rester dans cette prison dont ce qui reste des ruines va bientôt s'effondrer sur ceux qui seront à l'intérieur. Et il aidera son ennemi, Johanna, en la délivrant de Sodek. Tuer Sodek ! Ce serait vraiment la dernière chose à faire. Comment percer ses secrets s'il meurt ? Ça, ce serait vraiment la dernière chose à faire. « Perds ton calme ! »

SiAber pousse un grognement et sort de la prison. Il se plante, les deux pieds dans la neige, face à Sodek et crie :
« Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant, pour maintenir l'équilibre entre la vie et la mort, je vais transporter ton âme dans sa vie suivante ! Je suis le Corvidé ! Je vais vider ton corps ! »

Sodek s'empare alors de son arme, une sorte de pistolet-cactus, et la braque en direction de SiAber. Mais quelque chose l'empêche de tirer. Les Yeux de la forêt sont braqués sur eux. Ils vont dire à SiAber ce qu'il doit faire. S'il accepte, alors Sodek mourra.

« Tout cela est un cycle dont l'ivresse te guérira... Mais Haze mourra...
J'accepte ! »

Alors, la terre se met à trembler. Derrière lui, les ruines de la prison du Roi-Volcan s'écroule. Le bruit est tel qu'on entend même pas les cris de Haze. SiAber enfonce profondément ses pieds dans la neige. Il sent les vibrations de la terre. Il veut se transformer en arbre pour tuer Sodek mais quelque chose ne fonctionne pas dans son mantra. Le Corvidé est là. Il fait obstacle. Il s’immisce. Alors que SiAber tente de plonger ses racines dans le sol à la recherche de celles de son totem, il sent les cornes de son masque pousser. Vers le haut, dans le ciel. Mais aussi vers le bas, dans son crane. Les bois s'enfoncent dans son cerveau et cheminent tout le long de son système nerveux. Jusqu'au bout de ses pieds, de ses racines, pour enfin s'enfoncer dans la sol. Les bois vont jusqu'au bout de ses doigts qu'ils transpercent pour devenir d'improbables griffes. SiAber lève les bras en direction de Sodek et ses branchages s'allongent à toute vitesse, transperçant Sodek de part en part. Alors, le sang de Sodek se mêlant à la sève de SiAber, ce dernier sait. Il sait qui est la Terre et il sait qui est la Neige qui la recouvre. Ithaqua, le Marcheur du Vent, s'est allié à Shub'Niggurath. Il a recouvert Millevaux de son manteau de neige protectrice, figeant ainsi la forêt dans un hiver éternel. La Neige, la poudre, la poussière d'ange, l'ivresse, la défonce, l'hubris, la folie dionysiaque... La Neige d'Ithaqua est cette cocaïne qui maintient Millevaux dans une perpétuelle folie. Johanna était folle. Folle car habitée par Sodek NoFink. Les meurtres perpétrés par Sodek n'avaient pas pour seule vocation d'ouvrir une porte aux Cœlacanthes. Sodek savait ce que Johanna ne savait pas. Ces meurtres n'avaient pour seule vocation de sceller l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Sodek savait pour l'Hommonde ! Il savait que l'Hommonde était mort et que sa mort, sa décomposition avait engendré un cycle d'entropie. Or, l'entropie c'est la vie ! La mort de l'Hommonde était donc synonyme de vie. Mais cette décomposition s'achèverait nécessairement par la disparition totale du cadavre de l'Hommonde, signifiant alors la fin de la vie, de toutes les formes de vie ayant émergé de ce corps mort. Toutes les formes de vie dont Millevaux, les miasmes s'échappant de ce corps en putréfaction. Ces miasmes portés par le vent qui se répandaient et contaminaient le Néant, accélérant (involontairement?) la décomposition du cadavre de l'Hommonde. Les hommes que tuait Sodek n'étaient pas que d'anciens patient de l'Hôpital, ils étaient aussi, à ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. Tel était donc le secret de Sodek. SiAber n'était pas certain d'avoir tout saisi ni tout compris. Mais cela, il le sentait, ne lui appartenait plus. Sous son masque, par sa bouche de bois, les araignées quittaient son corps par milliers. Elles courraient le long des branches jusqu'à Sodek et tissaient leur toile autour de lui. Certaines commençaient à le manger, à pondre. SiAber se sentit étrangement vide quand la dernière araignée eut déserté son corps de chair et de bois. Mais alors, une mouche vint se poser sur lui. Et d'autres arrivèrent. Elles, elles achèveraient de comprendre tout ce que cela voulait dire...

SiAber ouvre les yeux. Il est dans une clairière. Au centre, un gigantesque noyer. Au pied de l'arbre, un vieux grammophone. Il y a un disque posé dessus. SiAber remonte la mécanique en tournant la manivelle. Une musique dissonante et discordante se fait entendre. Puis une voix...

« Je suis le Corps Vidé. Je ne suis ni un bon ni un mauvais présage. La dernière âme que j'ai accompagné au repos est celle de Johanna Ackermann. C'est dur de vivre entre la vie et la mort... »

SiAber se met à pleurer. Il se dirige vers l'arbre et cueille une poignée de Noix.


Haze ouvre les yeux dans une salle de bain. Les murs sont fait de carrelages vieillots, la faïence est fendue. Les robinets sont ouvragés avec raffinement mais très abîmés et gouttent en permanence. Il fait froid et la fenêtre ouverte donne sur la forêt, on entend des chouettes. Le bidet et le lavabo sont sales. Il y a une baignoire remplie d'une eau grise où surnagent des feuilles mortes. Une étrange musique vient de... impossible à définir. Haze reconnaît l'album Body and Soul de Cabaret Voltaire. Il se plante devant la glace et ne se reconnaît pas. Face à lui se tient un enfant. Une fille ou un garçon, difficile d'en être sûr juste en regardant ce visage triste.
Haze s'approche de la baignoire. Quelque chose de fatal va arriver, il le sent. Mais il sent aussi que...
Il se plonge dans l'eau sale. Il aspire une grande goulée d'air et plonge la tête la dans l'eau en fermant les yeux. Quand il les ouvre à nouveau, il est de nouveau dans cette forêt enneigée. Il entend toujours la musique. Devant lui, un vieux bâtiment en ruine. Adossée à un mur, une cigarette à la bouche, Johanna. Non, Sodek NoFink !

« Edes ? Elle est morte ? Tu l'as tuée finalement ?
Oui, et j'ai fait ça salement si tu veux savoir. Comme un porc... »

Haze se jette sur Sodek ! Mais il pare le coup, lui saisit le bras, le retourne et manque de lui démettre l'épaule.

« Ne fais pas l'enfant ! Calme-toi. On attend quelqu'un.
Qui ça ?
Je ne sais pas trop. Un chaman du Clan des Arbres. Sais-tu où nous sommes ?
Non.
La prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan doit me donner un nombre.
Un nombre ?
Oui, mais... C'est compliqué, Damon. Tout ça te dépasse. Nous dépasse. Tout a un sens mais ce n'est pas forcément à nous qu'il incombe de le saisir. C'est la tâche du Joueur. Nous ne sommes que des révélateurs. Des pions améliorés. Mes morts ont un nombre et le Roi-Volcan en a un aussi. Je tuerai à nouveau, comme j'ai tué Edes et comme j'ai tué ces nombres. Mais il me faut aussi le nombre du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan est bon mais il lui faut un sacrifice. Ce sera toi ou lui. »

Haze se tourne dans la direction indiquée par Sodek et voit un homme étrange. Aucune idée d'où il surgit, ni même de comment. Ses vêtements de cuir et de fourrures sont sales, couverts de terre et de sang. Il porte un masque, sorte de sac de toile sur lequel sont fixées des cornes de cerf.

Sodek se tourne vers le nouvel arrivant, lève la main et déclare.
« Le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est... »

...d'un geste, elle nous invite, ce type et moi, à entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, tous deux ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
Haze ne sait plus si tout cela est bien réel, mais s'il veut savoir, percer les secrets, il doit trouver le Roi-Volcan avant ce type. Haze entre et, plantant l'homme dans l'entrée, prend immédiatement le couloir sur sa gauche.

Haze n'a aucune idée de comment trouver ce foutu Roi-Volcan. Il n'a même aucune idée de ce à quoi il peut bien ressembler. En tout cas, tout ça est lié à Millevaux. Et il porte une part de Millevaux sur lui : le Cruel Centipède. Après avoir vérifié que l'autre gars ne l'avait pas suivi, il se saisit du Cruel Centipède et le fixe du regard, espérant un signe. Aucune réaction de la part de cette chose mais... Haze se rend compte qu'il entend toujours cette musique. Toujours le même album du même groupe. Ça n'a pas de sens. Si, ça a forcément du sens. Réfléchis Haze !

Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la métaphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre métaphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant à un organisme de percevoir son unité en vue de mettre en place les stratégies de préservation de son intégrité. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui était le plus important aux yeux des hommes n'était qu'une illusion, un spectacle ? À destination de quel spectateur ? Qui se réjouit du spectacle de nos âmes ? Un Dieu ? Le Joueur ? Des Dieux ? Millevaux est hanté par des Dieux.
Haze croit comprendre. Il y a un message derrière tout ça. Ce spectacle est à destination de quelqu'un. C'est bien un message. Mais qui dit message dit messager. Et qui dit Messager dit Nyarlathotep ! Nyarlatothep ! Le messager des Dieux, le message et le moyen de communication. Et quel meilleur moyen de communication pour un Dieu fou qu'une série de meurtres ? Les meurtres de Sodek ne sont pas que les bornes d'un rituel visant à ouvrir une porte aux Cœlacanthes. C'est aussi un message. Un message chiffré puisqu'à chaque victime correspond un nombre. Mais lequel ? Des... coordonnées. Tous ces chiffres doivent être des coordonnées, ou un code dont le Roi-Volcan aurait la clé ?
Haze secoue la tête. Comment sait-il que les victimes de Sodek ont chacune un nombre ? Johanna lui a raconté une partie de son histoire. Mais celle-là ? Il ne sait plus. Mais il sait que ce que sait le Joueur, les personnages le savent également. Ou du moins, ils peuvent accéder à quelques bribes de ce savoir. La musique ! C'est ça ! Haze comprend. C'est le Joueur qui écoute cette musique. Là, maintenant, tout de suite, il a accès au Joueur !

Soudain, la terre tremble ! Quelques briques tombent du haut des murs. Haze sait qu'il n'en a plus pour très longtemps. Mais il sait ce qu'il doit chercher. Les Yeux ont menti. Il ne mourra pas ! Ou alors, il mourra pour renaître.

La terre tremble de plus en plus et ce sont maintenant des pans de murs entier qui s'écroulent. Haze regarde autour de lui et ne trouve nul part où se mettre à l'abri. Dans sa main, il tient toujours le Cruel Centipède. Il a une idée. Ça va marcher. C'est obligé !

Il libère alors le Cruel Centipède. La créature tombe au sol. Elle se met à grandir et se tortille, s'enroule sur elle-même en un motif compliqué. Haze, grâce au Joueur, reconnaît ce motif. C'est la rune Hshl et le nombre du Roi-Volcan est le 1808. Haze cligne des yeux. Un horrible bourdonnement de mouches lui vrille le crane. Il se sent aspiré par le Néant dans lequel gît le cadavre de l'Hommonde. Ça n'a aucun sens. Pas encore... Il doit mourir pour renaître...

Haze a donné rendez-vous à Johanna sur le front de mer. Il comptait prendre un verre avant de l'emmener au restaurant mais... la conversation a pris une autre tournure. Sodek s'est invité. Non en tant qu'interlocuteur mais malgré tout en tant que sujet. Johanna a peur. Elle fait de son mieux pour garder une certaine contenance mais Haze sent bien qu'elle est à deux doigts de craquer. Il sent aussi que c'est le bon moment.

« Johanna, c'est toi qui a tué Edes ?
Oui. Enfin, c'est Sodek.
Et tout ça a à voir avec son « grand plan » ?
Bien sûr. Il n'y a pas de hasard. Ces autres victimes ont un nombre. Mais pas Edes. Elle, c'est différent mais ça fait aussi parti du plan. Ce meurtre là, c'est comme... une fractale. Un fragment de rose en hologramme. C'est l'univers...
Des nombres ?
Oui, chaque victime avait un nombre, un numéro... à l'Hôpital. Je crois que tout ça forme une série. Je ne sais pas trop. Il ne m'a pas tout dit. Mais il y a une histoire de nombre.
Et Edes, pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi le... porc ?
Parce que... c'est comme ça. Partout. Partout où Le Meurtre a lieu, il y a... le porc. Et le Tueur... Des fois, c'est un tueur en série. Des fois, c'est un enfant. Des fois, il est aveugle. Des fois, il a des cornes sur la tête. Mais tout le temps, il y a le porc...
Est-ce que... est-ce que je vais mourir ?
Oui, mais... pour renaître... »

Haze a reçu un appel anonyme. On lui a donné rendez-vous dans un terrain vague. Il doit venir cette nuit. Seul, évidemment. Et sans arme bien sûr. Son interlocuteur a déclaré travailler pour quelqu'un qui avait quelque chose à lui remettre pour la Compagnie. Il n'a pas voulu en dire plus mais cette référence à la Compagnie était suffisante pour qu'Haze prenne le risque d'accepter ces conditions.
À l'heure dite, une limousine aux vitres teintées fait son apparition, phares éteints. Le véhicule s'arrête à une dizaine de mètres de Haze. Il fait mine de s'approcher mais la porte du conducteur s'ouvre. Celui-ci fait mine de porter la main droite au niveau de son aisselle gauche et, de la main gauche, lui fait signe de rester là où il est. Haze obéit. Le chauffeur ouvre alors la portière arrière. Le chauffeur se penche et échange quelques mots inaudibles avec son patron. Il ferme la portière et se dirige vers Haze. Sans un mot, il lui remet une boîte. Haze ne peut s'empêcher de l'ouvrir. Dedans, une fiole en verre. Et dans la fiole, le Cruel Centipède. Le chauffeur se barre les lèvres de son index puis, les deux paumes levées, fait signe à Haze de reculer. Marchant à reculons, le chauffeur regagne la limousine et redémarre.
Haze range la boîte dans la poche intérieure de sa veste. Il en est convaincu, l'Horreur vient de prendre une nouvelle forme, arpentant le monde au milieu des mortels...

Le meurtre d'Edes Corso a fait la une de tous les journaux et l'ouverture de tous les JT nationaux et même internationaux. La riche héritière était très célèbre et les journalistes ont adoré décrire encore et encore les détails les plus salaces de la scène de crime. Les blessures au visage mais surtout... le porc. Célébrité et argent oblige, la police a mis les bouchées doubles sur l'affaire. Des croisements effectués à la suite de prélèvements d'ADN ont permis de remonter jusqu'à une certaine Johanna Ackermann. Il semblerait donc que cette femme ait été présente sur toutes les scènes de crime. Pas seulement celle d'Edes Corso mais aussi celles de ces hommes dont la mort était attribuée au Tueur du Calendrier.
Ackermann s'est rendue sans opposer de résistance. Lors des premiers interrogatoires, elle a peiné à raconter ce qu'elle savait. On aurait dit qu'elle racontait une histoire vécue par un autre. Puis, au détour d'un entretien avec un des experts psychiatres, la personnalité de Sodek NoFink a fait son apparition. Il a tenu alors des propos plus qu'incohérents, affirmant que oui toutes ces morts, même celle d'Edes Corso s'inscrivaient dans un vaste plan. Oui, ce plan était interrompu mais, après tout, le mal était fait et rien n'empêcherait plus sa réalisation. Ici ou ailleurs... il affirma également que ce n'était pas par hasard qu'Edes Corso s'était entiché de cet ancien agent du FBI. Elle savait qu'il était mêlé à tout ça. Et elle savait qu'elle allait mourir. Il alla même jusqu'à dire que c'était pour l'approcher lui, Sodek, qu'elle avait fait la connaissance de l'ex agent Haze. Tout ça faisait donc parti de ce fameux plan. Aucune logique là-dedans, aux dires du psychiatre. Les délires d'un fou. Ou plutôt, d'une folle. C'était certainement par unique jalousie qu'elle s'était attaquée à Edes Corso. Et pour les autres hommes, une enquête sur l'enfance de Johanna fit état d'une hospitalisation en maison de repos. Là, il semblerait qu'elle fut abusée par un autre patient pouvant présenter des ressemblances avec ses victimes en tant que Tueur du Calendrier.
Ackermann fut condamnée à être internée en institut psychiatrique de haute sécurité pour une durée de 13 ans.


Réponse de Thomas !

A. Encore un grand merci pour ce CR qui s’avère être à nouveau une novelette !

B. Damon Haze et Edes Corso en couple, la rencontre de deux persos principaux de la première et de la deuxième campagne, c’est enthousiasmant ! Tu es train de tisser ta saga personnelle à travers Millevaux.

C. J’adore le côté super méta de voir Millevaux comme un virus libéré sous licence creative commons, afin que n’importe qui puisse créer ses propres souches mutantes ! Pour l’exactitude, Millevaux n’est pas en creative commons mais dans le domaine public. Je pense qu’ « open source » serait le terme qui collerait mieux à ta fiction, pour sa connotation hacker.

D. Sympa de voir certaines thématiques de Millevaux (l’emprise, avec cette forêt tropicale enneigée, et l’oubli) se retrouver exploitées dans ce CR !

E. La contamination des mondes par Millevaux est un thème récurrent de Millevaux Mantra, j’ignore à quel point tu exploites ce jeu dans ta campagne (juste le contexte ? Aussi les tables ? Ou aussi le système?)

F. « une bouche dessinée sur le mur scande « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! » : la bouche dessinée chante vraiment où les paroles sont justes écrites sur le mur ?

G. « Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait là. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas spécialement. Juste comme ça, il en tire 2 au hasard : 10 de cœur et 5 de trèfle. » Je suppose qu’il s’agit des cartes à tirer dans le jeu « Le Tueur du Calendrier » motorisé par Protocol ? J’aime beaucoup cette mise en abîme !

H. Encore un trip méta avec le personnage qui base ses réflexions sur le jeu de rôle épistolaire De Profundis… qu’il n’a en réalité pas lu : la pervasivité entre le personnage et le joueur joue à plein.

I. Un petit extrait de l’Apocalypse selon Millevaux fort à propos suivi d’une dégustation de sa propre chair carbonisée, un moment tout cronenbergien !

I. Le Roman qui rend fou : hommage au roi en jaune et nouvelle poupée gigogne narrative avec cette référence à Tad Corso, le PJ de ta deuxième campagne Millevaux:)

J. Les références à Patient 13 sont de plus en plus appuyées. A ce sujet, je ne peux que conseiller L’Hôpital, un crossover Millevaux / Patient 13 par Eugénie.

K. SiAber possède les souvenirs des personnes qu’il a tuées : clin d’œil à Ecorce, je suppose ?

L. Intéressant que l’enfant sauvé de l’abattoir par SiAber dans un des cauchemars de Coelacanthes s’avère être Camille, l’enfant d’un autre des cauchemars de Coelacanthes:) Tout ceci préfigure un maelstroms de liens logiques entre tous les éléments de ta campagne.

M. Les gravures sur la chair de la Magicienne évoquent la sarcomantie, l’art de remodeler la chair qui est pratiqué à Millevaux, avec du « liquide sarcomantique » et des baguettes de bois

N. Est-ce que la « lame de tarot » que prend SiAber est une carte de Muses & Oracles ?

O. « Les hommes que tuait Sodek n'étaient pas que d'anciens patient de l'Hôpital, ils étaient aussi, à ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. » Est-ce qu’on peut dire que Sodek s’en prenait à des anciens PJ ou a des PNJ-clés, commentant des meurtres au caractère très méta ?

P. Retour à la Maison Carogne pour Haze. Finalement, ce scénario de Coelacanthes s’avère central dans ta cosmogonie de campagne. Je me demande ce que donneraient d’autres zones méta de Coelacanthes, comme le Château Illogique qu’on trouve en zone 9 dans le cauchemar d’Alice.

Q. Est-ce que les nombres du Roi-Volcan (et d’autres) que recherchent Sodek NoFink correspondent à des numéros de carte, comme par exemple les cartes de Muses & Oracles ?

R. « Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la métaphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre métaphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant à un organisme de percevoir son unité en vue de mettre en place les stratégies de préservation de son intégrité. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui était le plus important aux yeux des hommes n'était qu'une illusion, un spectacle ? À destination de quel spectateur ? Qui se réjouit du spectacle de nos âmes ? » : tout ceci m’évoque, en plus de la métaphore méta, les palais mentaux, reflet de l’inconscient des personnes, dans Little Hô-Chi-Minh-Ville, et le fait que ces palais soient sous surveillance.

S. J’adore le fait que le personnage entende la musique qu’écoute le joueur. On poursuit la mise en abîme. Pour te confier une anecdote personnelle, il m’arrive très souvent de rêver que je mets en place une partie de jeu de rôle (souvent d’ailleurs sans pouvoir la concrétiser), ou de « réaliser » que mon rêve est en fait une partie de jeu de rôle, et sur un rêve particulièrement intense, j’ai justement entendu une bande-son.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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