[Systèmes Millevaux : Omniscience] Un trou dans la main, deux trous pour les yeux

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thomas munier
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[Systèmes Millevaux : Omniscience] Un trou dans la main, deux trous pour les yeux

Message par thomas munier » 20 nov. 2019 11:06

UN CLOU DANS LA MAIN, DEUX TROUS POUR LES YEUX

Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale. Nouvel épisode de la troisième campagne solo Millevaux multi-systèmes par Damien Lagauzère !

Les deux jeux utilisés :
Omniscience, de Christophe Breysse, combattre l’invasion extraterrestre avec des visions prémonitoires
Cœlacanthes, de Thomas Munier, l’abomination forestière

Image
megan ann, cc-by, sur flickr


Épisode précédent :

1. Le Peuple des Ruines (joué avec The Quiet Year)
Damien Lagauzère reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l’intro d’une troisième campagne solo qui amène beaucoup de pistes intrigantes et fait à nouveau planer la menace des Cœlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars !


Le Contexte :

A cause de l'Oubli, plus personne ne sait aujourd'hui quand Millevaux s'est abattu sur le monde, ni où cela a commencé. On n'a également oublié comment l'humanité a chuté et même si elle a tenté de se défendre contre les Horlas de Shub-Niggurath.

La Terre, ou du moins ce qu'on en connaît, n'est plus aujourd'hui qu'une immense forêt. La végétation a envahi et réduit à l'état de ruine tout ce qui faisait la civilisation et l'orgueil des hommes.
Les zones saines sont celles subissant le moins l'influence de l’Égrégore et/ou des radiations. On les reconnaît à l'absence de faune et de flore mutante, à l'absence de Horlas.
On rencontre, dans la zone des Colonnes, une faune mutante sous la forme d'insectes et de serpents géants. Là, les Horlas ont pris la forme d'hommes-serpents à 7 têtes. Mais, malgré une apparence similaire, ils demeurent tous différents.
La nature ne s'adapte pas, elle reprend ses droits. Elle envahit tout. Toutefois, la neige s'est récemment abattue sur cette frange tropicale de Millevaux. mais peut-on parler d'adaptation ?
Pour voyager, on se protège en empruntant des chemins connus, en étant groupés, armés...
On trouve de la nourriture dans la forêt. Et de l'eau dans les fleuves et rivières ou autres sources non polluées par les radiations et l’Égrégore.
La faune et la flore ne sont pas les seules à avoir muté pour s'adapter. Certains humains également. Physiquement sous l'influence des radiations et de l’Égrégore, ou spirituellement et psychiquement par le chamanisme ou le recours à des drogues hallucinogènes.

Dans la zones des Colonnes, on ne connaît que cette communauté dirigée par un conseil d'anciens issus principalement des familles Ande, Powl et Corso. Ce clan est nomade mais se pose parfois pour des durées assez longues dans des endroits plus accueillant que d'autres, jusqu'à ce qu'ils cessent de l'être. Alors, ils reprennent la route. Ils suivent en cela les conseils des Arbres recueillis par les chamans Andes et des Lwas que les Powl entendent dans le Rêve. Les Corso, eux, sont les meilleurs guerriers du clan.
Dernièrement, Edes Corso a fait parler d'elle. Ayant déjà du sang Powl dans les veines, elle a acquis le titre de membre de la famille Ande. Elle a pris la tête d'une expédition en direction de la pyramide flottante et s'est alliée avec la Magicienne, cette étrangère venue d'on ne sait où et qui a mis tout le monde en garde contre les Cœlacanthes.
Et si tous ces changements étaient l'annonce d'une catastrophe pour le clan ?

SiAber est un « Connecté ». Mais, à la différence des autres chamans de la famille Ande, il ne peut étendre ses racines dans le sol pour accéder à la mémoire de la Terre. Lui au contraire, peut étendre ses branches et ses feuillages dans le ciel pour avoir des visions de l'avenir. Aussi, il a des visions du futur mais, contrairement aux autres chamans Ande, il est soumis à l'Oubli frappant les Millevaliens. Aussi, privé de mémoire, il est aussi privé de légitimité. Privé de racines, on ne le prend pas au sérieux. Il est un peu comme un paria au sein du clan.
Il n'y a pas de luttes d'influence pour le contrôle des Connectés comme SiAber. D'ailleurs, à l'heure actuelle, il est le seul à voir le futur. Quant à savoir s'il y en a eu d'autres avant lui, on évoque parfois le nom de NoAnde mais toujours avec de la réserve, voire de la crainte. C'est un être quasi-légendaire. Rien n'atteste qu'il a vraiment existé.

Il n'y a pas vraiment de mouvement de résistance face aux Horlas. On pourrait considérer que chaque humain ou groupe humain qui lutte pour survivre sans être corrompu par l’Égrégore et l'influence de Shub-Niggurath est un résistant. Ou, s'il y a une résistance, le clan n'en connaît pas l'existence.

Les envahisseurs sont donc les Horlas. Dans la régions des Colonnes, ils prennent la forme d'hommes-serpents à 7 têtes mais peuvent avoir bien d'autres formes dans d'autres régions de Millevaux. Depuis son arrivée, la Magicienne met tout le monde en garde contre une nouvelle menace, d'autres Horlas qu'elle appelle les Cœlacanthes.

SiAber :
Avant d'être « Connecté », il suivait l'enseignement des anciens afin de devenir chaman des Arbres. Mais la décisions des Arbres le concernant fait qu'on l'a mis au ban de la famille et du clan. Depuis, il poursuit seul son propre chemin spirituel, consignant par écrit le récit de ses visions. Pour des raisons connues de lui seul, il ne tente pas spécialement d'attirer l'attention ni de mettre en garde quiconque contre les menaces qu'il voit. Il laisse ce rôle à la Magicienne. Qu'a-t-il vraiment vu pour se conduire ainsi ?
Physiquement, il a muté depuis que les Arbres lui ont infligé cette tare ou ce don. Il a désormais des cornes de cerf, comme des branches qui le relient au ciel. Sinon, par la force des choses, il est devenu solitaire et discret. Il se fait facilement oublier. Il passe facilement inaperçu malgré ses cornes. Pourtant, il met un point d'honneur à porter un masque, une cagoule blanche masquant son visage mais pas ses cornes. Elle ne possède que 2 trous pour les yeux et 2 autres pour les cornes. Personne n'a vu son visage depuis longtemps mais tout le monde s'en moque car on ne lui prête finalement que peu d'attention. Mais, si ce ne sont ses cornes, qu'a-t-il vraiment à cacher ?
Aujourd'hui, SiAber passe le plus clair de son temps seul à consigner par écrit le récit de ses visions. Il ne les fait lire à personne, n'en parle à personne. Personne ne lui pose de question. Il est là. Il observe le présent et le futur et note tout sans rien dire à personne.
Il observe avec beaucoup d'attention tout ce qui se passe autour d'Edes Corso et de la Magicienne mais sans jamais y prendre part ou donner son avis.


I-Synthèse du récit :

L'action se situe dans cette zone tropicale de Millevaux que les membres du clan de SiAber nomment « les Colonnes ». Ils ont investi ces ruines, proches d'un fleuve, et y ont acheminé des blocs de roches des montagnes du Nord-Est afin de construire des abris en dur. Le climat y est favorable à la culture d'arbres fruitiers. Il y a de l'eau douce en abondance. Ils seront là à l'abri du froid pour un bon moment. Certes, il y a un nid de serpents géants dans le fleuve et des insectes mutants, mais pas assez pour rendre la zone inhabitable. On parle aussi de ces Horlas hommes-serpents mais on en voit finalement pas. Et si ce n'était que des rumeurs ? Pour l'instant, tout semble aller en faveur du clan.

SiAber est en proie à de nouvelles visions qu'il consigne dans ses carnets. Parallèlement, il est aussi le témoin des changements qui animent le clan, notamment suite à l'arrivée de la Magicienne et à l'importance croissante d'Edes Corso au sein du clan. Là encore, il observe et note.

Les enjeux, au moins pour SiAber, consistent en savoir si ces visions sont liées à ce qui est en train de se passer au sein du clan. Et quel est l'avenir du clan ? Cette ère de tranquillité va-t-elle durer ? Comment savoir ? Comment se préserver de dangers à venir ? Que signifient ces visions des Colonnes sous la neige ? S'il y a un danger, comment aider son clan ? Comment sauver sa peau ?

Dans son entreprise pour en savoir plus, pour comprendre, SiAber va déjà se heurter aux membres de son clan qui le rejettent et refusent de l'aider, voire de le laisser agir à sa guise. Il va aussi se heurter à Edes si elle devait penser qu'il est une menace pour ses plans. Il va aussi devoir faire face non seulement à la faune et à la flore locale mais aux Horlas et à ces fameux Cœlacanthes contre lesquels la Magicienne les met en garde.

Toutefois, s'il n'obtient aucune aide de la part des membres de son clan, il pourra compter au besoin sur la Magicienne autant que sur les esprits des Arbres qui ont un projet pour lui.


II-L'histoire :

Après la Magicienne, c'est une jeune femme nommée Tanya qui arrive aux Colonnes.

Elle est blessée et dans un état de panique totale. Une fois soignée et calmée, elle explique appartenir elle aussi à un clan de nomades, Ceux de l'Oeil Sublime. Ils sont passés à proximité d'une étrange pyramide, un peu plus loin, au Nord-Ouest. Là, ils ont été attaqués par des Horlas ressemblant à des hommes-serpents à 7 têtes. Elle craint d'être la seule survivante.

Edes Corso profite du récit de Tanya pour obtenir l'autorisation des anciens de se rendre à la pyramide. Là, il s'agit notamment de porter secours aux éventuels survivants.
Ce n'est que plusieurs jours plus tard qu'Edes et ses hommes reviennent. Ils sont tous blessés et choqués. Plus de la moitié d'entre eux ont été tués dans la bataille qui les a opposé aux Horlas polycéphales. Edes elle-même a perdu un œil et, le craint-on, la raison. Alors, la Magicienne prend les choses en main. Elle nettoie la plaie d'Edes et place une de ses noix dans l'orbite creuse. Cela semble calmer Edes qui sombre dans un semi-coma. Au bout de plusieurs jours de cette léthargie, ses proches constatent que des sortes de branches lui poussent dans le dos. Au fil des jours, ces branches grandissent et se garnissent de feuillages, offrant à Edes une sorte de paire d'ailes végétales. La coquille de noix a parfaitement trouvée sa place dans l'orbite creuse. À tel point qu'Edes prétend entendre la voix des arbres. Examinée par l'ancien du clan Ande, ce dernier reconnaît la véracité de ses propos et lui donne le statut de membre de la famille Ande. Fille de la famille Corso ayant du sang Powl dans les veines et maintenant membre des Andes, Edes est maintenant perçue comme un personnage des plus importants de la communauté. Toutefois, cela n'est pas sans susciter certaines interrogations, notamment quant à une possible contre-attaque des Horlas.

SiAber, comme à son habitude, a observé tout ça de loin. Le destin d'Edes Corso l'interroge. Moitié Corso, moitié Powl, elle intègre maintenant la famille Ande. Il sent que le vent souffle plus fort dans la cime des Arbres depuis que la Magicienne a fait son apparition. Si Edes entend désormais la Voix des Arbres, SiAber veut savoir ce qu'ils lui ont dit. Il se rappelle alors sa dernière vision. Alors qu'il interrogeait les Arbres justement, la Magicienne faisait irruption. Opportunité ou menace, il doit en avoir le cœur net. Quel que soit le destin que lui réservent les Arbres, il l'acceptera.
Mais, alors qu'il s'équipe de ses outils de chaman, SiAber est pris à parti par des membres du clan qui lui reprochent de préparer un sale coup, d'avoir contracté avec les Horlas. Il a beau nier et tenter de s'expliquer, rien n'y fait. Après les reproches, ce sont les insultes. Et après les insultes, ce sont les coups qui s'abattent sur lui.
SiAber tente de les raisonner, en vain. Alors, la douleur monte, grandit. Mais une Voix grandit aussi. Pas celle des Arbres. Celle du Corvidé. Alors, SiAber cherche du regard les Yeux de la forêt. Ils lui diront ce qu'il doit faire pour que la combativité du cerf devienne sienne et qu'il parvienne à se défaire des opposants. Aussi, soudain, il se redresse et clame d'une voix forte « Je suis le Corvidé. Ici et maintenant, pour maintenir l'équilibre entre la vie et la mort, j'invoque la combativité du cerf ! » L'espace d'un instant, ses adversaires stoppent net. SiAber, quant à lui, attend la réponse des yeux.
Et les yeux de la forêt se mirent à parler :
-Tu dois aller au bout de cette altercation, dit le 1er.
-Et nous offrir les yeux du perdant, dit le second.

Alors SiAber brame ! Dans sa sacoche, il saisit une poignée de clous. Il en prend un dans chaque main et se jette sur l'opposant le plus proche de lui. Tous deux, sous le choc de l'impact, se retrouvent à terre. Animé de la combativité du cerf, SiAber immobilise rapidement son adversaire. A cheval sur son torse, il lui enfonce un clou dans chaque œil. Il se tourne ensuite lentement vers l'autre et se passe l'index sous la gorge. Il se saisit alors de sa dague et lui saute dessus. Bien qu'il soit solidement campé sur ses jambes, SiAber le jette lui aussi à terre et lui plante plusieurs fois sa dague dans la gorge. Le sang gicle et SiAber brame. Quand il arrête de hurler, le silence de la forêt n'est troublé que par les gémissement de l'aveugle qui convulse à terre. SiAber s'approche de lui et, de la pointe de sa dague, lui retire les yeux qu'il offre ensuite aux Yeux de la forêt. Et les Yeux ne sont pas avares. Après lui avoir fait don de la combativité du Cerf, ils lui font maintenant don d'une de ses effroyables visions de l'avenir dont seuls les Arbres et les Yeux connaissent les secrets et les significations. SiAber a l'impression qu'on le saisit par les cornes et qu'on le jette à terre. Alors que, hurlant, il se débat dans les feuilles et la boue, il voit !

SiAber reconnaît cet endroit mais il n'est pas comme il devrait être. Il s'agit de cet hôpital en ruine au Sud des Colonnes. Il est toujours envahi de plantes grimpantes mais aussi, et c'est nouveau, de feuilles de vigne. Et surtout, il est sous la neige. Il y a un escalier qui monte. La haut, il entend des rires et des chants. À mesure qu'il gravit les marches, la neige est remplacée par des algues et une indescriptible odeur de poisson mort. Plus il monte et plus il est difficile pour lui de se rappeler que ce n'est pas normal. Les Colonnes ne sont pas sous la neige. Les Bergers du Givre ne sont pas encore arrivé. C'est trop tôt. Ce n'est pas le moment. Au milieu des marches, il se saisit la tête à pleines mains. Tout devient... clair ? Il avance.
Dans une grande pièce, une troupe d'hommes et de femmes, à moitié nus, chante et danse au pied d'un trône de fortune. Sur ce trône, un homme revêtu d'une toge grecque et d'un énorme masque à tête de scarabée. Au dessus de son épaule, sur sa gauche, une bouche dessinée sur le mur scande « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! »
SiAber fait un pas en arrière, de peur qu'on le remarque. Alors, il distingue un fragment de miroir brisé encore fixé à un mur. Il y plonge son regard mais n'y trouve pas le sien. Qui est cet homme au costume sombre ? SiAber le connaît-il ? Il ne sait plus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il est celui qui porte la maladie ! Le Cruel Centipède !
Millevaux sous la neige ! Le Cruel Centipède ! Dionysos, la Bouche, des fous ! Que va-t-il advenir de son clan ? Vont-ils devoir quitter les Colonnes ? La menace que représentent les Bergers du givre est-elle pire que ce qu'il redoutait ? Que doit-il faire ? Prévenir les anciens ? Trouver cet homme ? Lui reprendre le Cruel Centipède ? Et Dionysos ? Et les fous ?

Cette vision n'est pas comme les autres. Qu'est-ce que ça veut dire ? Il comprend mieux maintenant le sens d'une des ses visions précédentes. Il doit, plus que jamais, interroger les Esprits des Arbres. Il doit comprendre le sens de cette vision. Et ce, même si la Magicienne doit lui jouer un sale tour.
Il s'approche d'un arbre, un noyer. Mais pas Le Noyer. Il pose la main sur le tronc, se saisit d'un clou et l'enfonce à travers le dos de sa main comme sa vision le lui indiquait, comme certains rites anciens des Ande l'indiquaient. Plus personne aujourd'hui ne communique ainsi avec les Arbres. Aujourd'hui, les Arbres et les hommes communient par l'Esprit. Mais à une époque, ils communiaient par le sang. SiAber ne sent pas la douleur. Il ressent la présence d'un corps étranger dans sa main. Il sent son sang s'écouler et se mêler à la sève de l'Arbre. Il attend. Il attend le message de l'Arbre. Il attend la Magicienne. Qui viendra en premier ?
La Magicienne !
« Le culte de Shub-Niggurath gagne en puissance, SiAber. Une nouvelle race de Horlas, les Cœlacanthes, s'apprêtent à déferler sur les mondes pour répandre Millevaux. La malédiction du Cruel Centipède se répandra comme des pétales de fleurs portés par le vent. »
Alors, elle se tait et lui tend une noix. Une Noix !
SiAber a toujours sa main gauche clouée au tronc du noyer. Il regarde la Noix. Il regarde la Magicienne. Il cherche l'origine de ce soudain vent violent. Il sait qu'il doit accepter la Noix. Il a peur mais il sait qu'il doit l'accepter.
« Magicienne, resteras-tu près de moi ?
- Non, mais tu ne seras pas seul face aux Cœlacanthes. Les Araignées seront tes alliées. Elles sont en toi désormais. De même, si tu es en danger et souhaites quitter le monde des Cœlacanthes, prends une Noix. Mais, saches-le, dans ton combat contre les Cœlacanthes et pour une raison que toi seul peut connaître, les plaisirs de la chair, que tu les désires ou non, te sont plus que jamais interdits. Tu en mourrais. »

SiAber comprenait. Ou du moins, il pensait comprendre. Il avait peur mais se saisit de la poignée de Noix que lui tendait la Magicienne. Il y en avait maintenant 7 dans sa main. 7 Noix pour combattre les Cœlacanthes. Alors, il ferma les yeux et se mit à rêver...

Il rêve. Il sait qu'il rêve. Ce ne peut être la réalité. Autour de lui, les arbres sont débités en tronçons replacés n'importe comment dans l'espace. On croise des chevreuils et des blaireaux découpés mais encore vivants, réhybridés avec des troncs, des branches et des fougères. Au fond de la forêt, on aperçoit un portail aquatique phosphorescent et le monde se reconfigure autour. Le sol se déplace et se redécoupe en permanence.
L'espace d'un instant, SiAber est enclin à céder à la panique. Mais, il se rappelle les enseignements du Corvidé : sois digne en toute circonstance ! Que doit-il faire face à ça ? Que peut-il faire ? Au milieu de ce chaos, il tente de rester serein, droit, immobile, rigide. Il tente de faire sienne la grandeur et la majesté du Cerf. Il veut, il espère devenir ainsi le pivot autour duquel s'organisera ce chaos. Il ferme les yeux. Il respire profondément et entonne son mantra.
« Je suis le Corvidé. Je suis le présage du retour de l'ordre et de la sérénité. Je suis l'axe et l'équilibre nécessaire entre la vie et la mort. Le chaos est la vie. L'immobilisme est la mort. Le chaos est la mort, l'ordre est la vie. »
SiAber a les yeux fermés mais il sent tout autour de lui les Yeux s'ouvrir. Que doit-il faire pour stopper tout ça ? Les Yeux vont parler. Les Yeux ont peur de cette lumière aquatique. Il faut l'éteindre. Fermer ce portail. Barrer la route aux Cœlacanthes. Il faut retourner au vide, au tombeau. Il faut... offrir un sacrifice.
SiAber ouvre les yeux. Les Yeux ne sont plus là. Il regarde autour de lui. Il sent qu'il ne peut bouger sous peine de se retrouver lui aussi découpé et redécoupé par ce chaos qui massacre la forêt. Pourtant, que sacrifier ? Et comment ? Il se rappelle alors les mots de la Magicienne. Les araignées. Elles sont en lui.
SiAber ferme de nouveau les yeux et regarde au fond de lui-même. Il finit par les voir monter, les araignées. Elles sont là, par centaines, par milliers. Elles n'attendent que son ordre pour déferler. Son regard se porte alors sur une de ces horribles chimères et les araignées sortent. De partout ? De ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche... partout ! Et elles courent, volent, jusqu’à la créature qu'elles recouvrent et dévorent. Quand il ne reste plus rien qu'un tas d'os, le portail se referme.
La forêt est redevenue normale. Du moins, le semble-t-il. SiAber regarde tout autour de lui. Nulle trace du chaos qui régnait il y a encore quelques instants. Nulle trace des araignées. Prudemment, il fait un pas en avant. Rien d'anormal. C'est en marchant qu'il se rend compte que sa main n'est plus clouée à l'arbre. Il comprends alors qu'il n'est pas revenu, qu'il est toujours dans le rêve de la Magicienne. D'ailleurs, n'est-ce pas elle, là-bas, devant cette maison en terre cuite ? Si ! Elle l'aperçoit et l'invite à entrer. La maison se réduit à une seule pièce, avec des fours et des athanors en ébullition. Chouettes, chats sauvages, araignées et crapauds grouillent dans les ombres. Racines, fougères, lierre et champignons envahissent les lieux. Deux grandes armures humanoïdes faites de terre cuite et de matériaux composites trônent au milieu. La Magicienne explique qu'il faut aller demander l'aide… de la personne qui incarne la Magicienne pour avoir une chance de vaincre les Abysses. Pour cela, SiAber doit monter dans cette armure-golem faite de ses souffrances. Cette armure lui permettra de supporter le passage vers le Méta-Monde.
SiAber n'est pas sûr de comprendre. Il doit demander de l'aide à celui qui incarne la Magicienne dans un autre monde ? Le Méta-Monde ? Et il ne peut gagner ce Méta-Monde que grâce à cette armure ? SiAber fait le tour de ce que la Magicienne appelle une armure-golem. Elle est de grande taille et grossière. Elle faite de terre, de boue, de branchages et de feuillages. Au toucher, elle paraît solide. Il se concentre. Il tente de capter les Esprits des Arbres. Il a besoin de conseils. Doit-il écouter la Magicienne ? Qu'est-ce que le sort lui réserve ? Les chamans de la famille Ande peuvent devenir des arbres et planter profondément leurs racines pour accéder à la mémoire de la Terre. Mais lui, est un paria. Il peut se changer en arbre seulement pour étendre ses branches vers le ciel et tenter de connaître l'avenir. Mais sa mémoire et celle de la Terre lui sont fermées. Sans un mot, il sort de la maison de terre. Une fois dehors, il enfonce ses pieds dans le sol. Il tire de sa sacoche de la poudre d'encens qu'il répand à ses pieds. De sa dague, il s'entaille la paume de la main et recouvre la poudre de goutte de sang. Au fond de lui, il sent les araignées refluer. Il sent les cornes du Corvidé s'agrandir. Ses pieds s'enfoncent dans la terre. Il lève ses bras. Ses bras s'allongent. Ses doigts aussi et se couvrent de feuillages. SiAber est un Arbre entièrement tourné vers le soleil. Il cherche la lumière. SiAber est un arbre. Un Noyer !
Il voit ! Il voit un animal mythique traqué. Quel animal ? Traqué par qui ? Pourquoi ? Un Noix tombe au sol. Il voit un nid de serpents géants. Une seconde Noix tombe au sol. Un nom. Sodek NoFink !
SiAber ouvre les yeux et tombe à genoux. Il n'est plus qu'un homme. Non ! Il se redresse. Il est le Corvidé, le Présage. Il se relève et retourne à l'intérieur de la maison en terre cuite. Il jette un regard qu'il souhaite plein d'assurance à la Magicienne et se laisse recouvrir par l'armure-golem. Il entend comme un assourdissement bruit d'aspiration puis... Plus rien.
Quand il ouvre les yeux, il est à genoux, dans la boue. L'armure-golem a disparu et il se rend compte qu'il pleure. Il relève la tête et voit... un vieux bâtiment. Il s'agit d'une ancienne prison envahie par la végétation. Il y a encore des barreaux à certaines fenêtres. Un chant résonne. Pas autour de lui. À l'intérieur de lui. « le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est le 13 » Il sent la panique l'envahir. Que s'est-il passé ? Où est l'armure ? A-t-il vu celui qui incarne la Magicienne dans le Méta-Monde ? Il ne se rappelle de rien. Rien ! Sauf... Traquer les serpents-géants jusque dans leur nid et... Sodek NoFink ! Mais avant tout, il doit retourner aux Colonnes. Il n'a aucune idée de là où il est. Il le saura peut-être, sûrement même, s'il regarde d'en haut. Il tire une nouvelle poignée de poudre de sa sacoche et accomplit le rituel faisant de lui un haut et majestueux Noyer. Et de la haut, du bout de ses branches, il voit les Colonnes, à l'Est.
De retour parmi son clan, SiAber s'attend à être pris à parti à propos de la mort des deux membres du clan dont il est responsable. Mais, comme souvent, personne ne prête attention à lui. Aujourd'hui tous les regards sont tournés vars une nouvelle venue. Une jeune femme blessée racontant que son clan a été décimé par un groupe de Horlas à tête de serpents. Sous son masque, SiAber sent la sueur perler à son front…


Réponse de Thomas :

Encore un grand merci pour cette nouvelle partie !

A. Tu prends un parti pris de temporalité intéressant mais assez casse-gueule en situant cet épisode avant l’arrivée des Bergers du Givre et la migration du Peuple des Colonnes. Comment comptes-tu retomber sur tes pattes ?

B. SiAber, ce nom est un jeu de mots, une nouvelle variation sur le thème du « oui mais », en quelque sorte ce personnage est un miroir de NoAnd, un descendant, un double planaire ?

C. J’aime beaucoup la façon dont tu entrelaces les paradigmes d’Omniscience (les élu.e.s voient le futur) avec ceux de Millevaux (les élu.e.s voient le passé) pour en dégager des problématiques. En tout cas, le personnage de SiAber et ses visions sont bien psychotiques !

D. A la fin du cauchemar de Coelacanthes, je m’attendais à ce que SiAber te rencontre en personne, comme c’est arrivé avec Corso, dans ton appartement désaffecté par Millevaux que tu as par ailleurs déjà décrit durant la première campagne. Mais en fait, il n’a qu’une vision relative au Patient 13. On pourrait en déduire que cette campagne est vraiment dans une couche très inférieure de réalité. Patient 13 serait le personnage de Damien, et Patient 13 serait le joueur de la Magicienne, de SiAber et des autres...


Damien :

et bien, pour le A, je n'en ai encore aucune idée ^^ je verrais ce que ça donne. je n'ai pas d'idée préconçue quant à la nature des Bergers du Givre donc tout peut encore arriver pour le B, SiAber est effectivement un jeu de mot mais n'a pas forcément de rapport avec NoAnde... enfin, pour l'instant. on verra , ptete à l'avenir. Pour le C, le recours à Tu Es Un Arbre me permet de justifier que certains perso gardent la mémoire mais SiAber est un paria, un peu comme les "inversés" dans certaines tribus indiennes. lui, perd facilement la mémoire mais peut voir l'avenir. Pour son cauchemar, disons que je me réserve aussi pour la suite ^^ je lui ai fait voir l'Hôpital car c'est en lien avec la suite que je suis en train de jouer et j'aime bien l'idée qu'il ait tout oublié de ce qu'il a fait dans le Méta-Monde. là encore, l'avenir me dira qui il a vraiment vu, ce qu'il a vraiment fait. pour l'instant, on ne sait pas. mais, logiquement, il aurait dû me voir oui. c'est ptete d'ailleurs ce qui s'est passé mais il ne s'en rappelle pas. il a ptete effectivement rempli sa mission après tout... ou pas ^^


Thomas :

Tu as utilisé Tu es un Arbre dans ce CR ? Si tu y penses, ça pourrait être utile que tu mentionnes les systèmes utilisés dans tes prochains CR (juste du name dropping, pas besoin de plus)


Damien :

ouais, j'adore ce jeu ^^ j'ai juste remplacé la pioche de jetons par... des noix ^^ pour ce scénar là j'ai donc utilisé surtout Omniscience mais aussi, donc, Tu es un arbre et The name of God pour ce qui est de l'archétype du Corvidé que j'ai complété avec les mot-clé du cerf mentionnés dans Mantra.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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