[Oriente] Ma chair et mon sang

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thomas munier
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[Oriente] Ma chair et mon sang

Message par thomas munier » 30 sept. 2019 16:21

MA CHAIR ET MON SANG

Deux sœurs perdues dans une forêt hostile, dans un réseau vénéneux où chaque souris est le chat d'une autre. Le copier-coller d'une partie en solitaire !

Le jeu : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

Avertissement : contenu sensible (détail après illustration)

Joué le 25/07/19 en solitaire

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keightdee, cc-by-nc

Contenu sensible : inceste, parricide, agression sexuelle supposée


Pour ce solo d'Oriente, j'ai choisi un portrait de personnage qui m'inspirait une certaine sympathie, qui m'évoque la douceur, l'innocence et une certaine forme de liberté. Je voulais sortir de la facilité qui consiste à faire d'Oriente un personnage rapidement détestable. De surcroît, je connais aussi d'autres photos (dans des ambiances très différentes) avec le même modèle (qui s'appelle Felch Lenden https://www.flickr.com/photos/only_taci ... 028938753/ ) que j'ai déjà utilisées pour des photomontages et donc ça me donne une vision un peu plus globale de ce personnage.

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crédits keightdee, thomas hawk, licence cc-by-nc


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crédits : keightdee, practical owl, cc-by-nc & fougère_ssubbotin, domaine public

Pour mon personnage, j'ai choisi un portrait que j'associe au théâtre de Seb Le Noir pour Inflorenza : Grünwalding. Ce théâtre est inspiré du comics Chilling Adventures of Sabrina, et donc pour moi ce portrait est celui d'une sorcière. On ne sait pas si elle est maléfique et vulnérable et c'est que je m'attends à explorer.

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crédits : Shauna Leigh Robinson, cc-by-nc, sur flickr.com


Je démarre sans nom pour mon personnage et je me dis que je le déterminerai lors des premières questions. Je lance une partie moyenne (autour de 20 questions).

Comme à mon accoutumée, je me force à utiliser le jeu brut : donc pas d'aides à l'impro type l'Almanach ou Muses et Oracles

Petite entorse, je me mets une musique d'ambiance issue de la playlist Millevaux

Je tire deux lettres au hasard : B+R, ce qui donne :

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La nuit, les charrues, par Brame, post-americana grinçante, rouillée et ensauvagée.

Un titre très rugueux par rapport à ce que j'imaginais, mais bon je le prends comme un challenge, je verrai où çà me mène.


L'histoire :

"Que vous a confié Oriente avant de l'oublier ? Que lui avez-vous confié en retour ?"

Elle m'a confié qu'elle était ma sœur puis elle l'a oublié. Et moi je me suis bien gardé de le lui rappeler parce que je suis amoureuse d'elle. C'est ce que je lui ai confié, plus tard, une fois qu'elle avait bien oublié être ma soeur, je lui ai dit que je l'aimais, qu'elle était la meilleure chose qui me soit arrivée dans cette maudite forêt.

"Qu'avez-vous promis à Oriente et pourquoi cela va être difficile ?"

J'ai promis que je ne lui mentirais jamais et ça va être difficile, puisque je lui mens sur nos liens réels à chaque fois que nous avons une relation intime, dont seul le terreau et les branches sont témoin.

"Qui vous montrait le chemin avant Oriente ?"

C'était son père. Enfin, je suppose notre père.

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Lars Elmo, cc-by-nc, sur flickr

Je le regrette carrément pas. Je pense que je l'ai tué. D'abord je l'ai envoûté pour aspirer ses forces puis un bon coup de pierre dans le crâne, et je l'ai poussé dans une fosse dans la forêt où les renards se sont chargés de le bouffer.

"Pour qui ça se passe plus mal que pour vous ?"

ça se passe assez mal pour cette vieille qui avait l'air en difficulté, en proie à une crise de sévencre dans une région du maquis qu'on pense être fréquentées par les varous. Oriente voulait qu'on la prenne avec nous, mais je pensais qu'elle nous ralentirait. J'avais aussi un peur d'elle, même si je me suis gardé le dire. J'ai dû littéralement me battre avec Oriente pour qu'elle ne prenne pas la vieille avec nous.
Oriente criait et pleurait. Je lui ai répété qu'on avait pas le choix. Elle s'est assombrie depuis, elle plonge dans une forme de mélancolie qui confine au désespoir.

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Lewis Wickes Hine, domaine public

"Contre quel être ou chose avez-vous vu Oriente reculer ?"

Contre le varou qu'on avait rencontré dans le roncier. J'ai vu la peur dans ses yeux comme jamais. Et oui, mon Oriente qui savait toujours comment faire et qui savait tout sur la forêt, tout ce qu'elle a pu faire c'est marcher en arrière face au regard ardent du loup debout, à ses babines retroussées et son odeur infecte.

Mais je suis restée à lui faire face car j'étais fascinée.

"Quel a été votre comportement avec Oriente lors de cette fête que vous avez célébrée dans la forêt ?"

C'est quand Oriente a retrouvé le corps de notre père. Elle a d'abord insisté pour qu'on procède à ses funérailles. On a sorti de la fosse ce que les renards nous avaient laissé et on bâti un pilotis de branche pour installer son corps, qu'on a couvert de colifichets fabriqué pour l'occasion avec des racines, des tubercules et des cordelettes de couleurs. On a ensuite veillé dans le silence et le recueillement (feint en ce qui me concerne). Puis je lui ai souri et je lui ai proposé de trinquer avec une vieille bouteille poussérieuse de liqueur d'oubli, couverte de lichen. Et de fil en aiguille, on a allumé un grand feu, on a fait la fête, on a chanté, on a dansé, on s'est soûlées. Et je l'ai embrassée. Et elle m'a rendu mon baiser. Et je l'ai prise dans mes bras. Et elle était fébrile mais consentante, j'en suis certaine. Je lui ai pas dit, mais je sais que j'ai tellement bien fait de nous débarasser de ce salaud.

"Qui de vous ou d'Oriente a le plus perdu son humanité ?"

C'est moi bien sûr. Oriente conservera toujours son humanité. Elle incarne l'humanité. Moi je m'enfonce de jour en jour, me sentant plus proche d'un varou, d'une bête ou d'un horla, que des hommes. ça a commencé quand j'ai frappé le crâne du père. Ou quand j'ai dévisagé le varou. Ou quand j'ai fabriqué ma première poupée de tourbe, de ronces et de poils pour envoûter le père. Ou alors avant, quand j'ai reçu mes enseignements.

"Qu'est-ce qui fait paraître Oriente incompétent.e de prime abord et pourquoi vas-tu au-delà des apparences ?"

Quand on voit Oriente, on se dit : c'est la victime de l'histoire. Pas la guide. Mais au final, c'est moi qui suis paumée. Elle, elle sait toujours où on va. Parce qu'elle est le compas. Elle est le centre du sens. Elle est le centre du bien. Donc, quoi qu'on aille, on va dans la bonne direction si c'est elle qui nous conduit.

"Quel est le lien qui vous unit à Oriente au-delà du simple voyage ?"

Je voudrais que ça ne soit que le lien d'amour, je voudrais oublier cet autre lien qui fait battre mon coeur bien trop fort quand je la tiens : "C'est ma soeur c'est ma soeur c'est ma soeur". Je suis sûre qu'il y a un moyen d'oublier.

"Vous rappelez-vous-tu de la raison du voyage ?"

Le père savait. Il savait où on allait et pourquoi on y allait. Je pense qu'il l'a dit à Oriente. Parce qu'il la préférait. Parce qu'il avait ces moments seul avec elle, auxquels je n'ai jamais eu droit. Donc, maintenant y'a que Oriente qui sait où on va et pourquoi on y va, si jamais elle sait. Si par hasard elle me l'a dit, j'ai oublié, mais je pense pas qu'elle me l'ait dit, parce qu'elle ne doute même pas que ma mémoire puisse défailler à ce sujet.

"De vous ou d'Oriente, qui se rapproche le plus d'un horla ?"

Ben tiens, j'ai l'impression d'avoir déjà eu à répondre à une question proche. En tout logique, c'est moi qui suis un horla, si l'une d'entre nous devrait l'être. Des fois, j'aimerais être un varou. Parce qu'ils sont moches, sorciers et invincibles. Alors, je n'aurais jamais à craindre pour la sécurité d'Oriente. En tout cas, personne ne pourrait lui faire du mal à part moi. Mais des fois je me demande si c'est bien normal qu'Oriente reste pure et indemne malgré tout ce qui nous arrive. Si ce serait pas son truc de horla à elle.

"Que s'est-il passé quand vous avez faussé compagnie à Oriente ?"

Ben il s'est passé la CHOSE avec le père. Oui, je me suis engueulé avec Oriente parce qu'elle voulait pas m'embrasser. Alors je me suis barrée dans les orties pour qu'elle s'inquiète et s'en veuille d'avoir dit non. Sauf qu'elle est pas revenue me chercher, alors finalement c'est moi qui me suis inquiétée, je me suis dit qu'elle m'avait abandonnée. Alors, je suis revenue sur mes pas, c'était dur et je me suis paumée parce que c'est Oriente qui sait se repérer dans la forêt, pas moi, j'ai pas ce don-là. Donc quand je suis revenue, du temps avait passé, c'était la presque-nuit je crois, et j'ai trouvé Oriente avec le PÈRE, et elle était en sang et en loques. C'est ce qui m'a poussé à passer à l'acte plus tard. Mais je m'en suis toujours voulu d'avoir été absente.

"Qu'est-ce qui a changé depuis le début de votre périple ?"

Oriente oublie de plus en plus, elle a oublié qu'elle était ma sœur alors qu'au départ c'est moi qui l'avait oublié, et elle commence à oublier qu'avant il y avait le père avec nous, et qu'il est mort. Notre histoire pour elle se résume de plus en plus nous, ce qui fait que mon emprise sur elle va grandissant, mais aussi je commence à craindre qu'elle finisse par oublier ses talents de guide, ou qu'elle oublie qu'on s'aime, alors tous les matins je lui offre des fleurs ou quand j'en trouve pas, je lui offre les bricoles les moins laides que j'ai pu ramasser dans les feuilles mortes, pour lui rappeler qu'on s'aime, et je lui redemande d'énumérer ses capacités de guide.

"Qu'avez-vous fait dans la fosse que vous avez trouvée au fond de la forêt ?"

J'ai enterré un salopard qui avait fait du mal à Oriente. Je crois que c'est Oriente qui m'a dit qu'il lui avait fait du mal. Je ne sais plus qui a tué ce salopard.

"Ressentez-vous l'appel de la forêt ?"

Oui, quand j'entends le varou hurler à la lune, ou quand je sens ses remugles. J'en ressens une attirance presque sexuelle, je me sens comme un pièce de fer en tension entre deux aimants aux pôles opposés : la beauté fragile d'Oriente et la puissance bestiale du varou.

"Vous les entendez courir, ils seront bientôt là ! Que va faire Oriente ?"

Ils arrivent vers nous, le varou et sa meute. Oriente va paniquer grave. C'est à moi de gérer la situation. Mais je ne sais pas non plus quoi faire, parce que je ne sais pas ce que le varou veut vraiment, et je ne sais pas dans quel camp pencher.

"Quelle croyance Oriente vous a mise en tête ?"

Que la bonté triomphe toujours de l'adversité. J'ai toujours cru que c'était des sornettes et que je devais la protéger de cette idée, mais c'est comme si elle avait réussi à amollir mon crâne pour faire rentrer cette idée. Alors quand le varou s'est tenu devant nous, couvert de croûtes et bavant, sa meute obscure à ses côtés, et maugréant en langue putride, j'ai tenu la main d'Oriente, j'ai souri au varou et je lui ai tendu la main...

"Qu'est-ce qui vous fait penser qu'Oriente ne tient qu'à sa gueule ?"

C'est ce que le varou vient de me gronder en langue putride pour qu'Oriente ne comprenne pas. Qu'Oriente m'a manipulée pour que je tue le père. Je peux pas y croire. Le père l'avait forcément cherchée. Alors je commence à me dire que le varou et moi on est quand même trop différents et qu'on va devoir prendre une décision intelligente très vite...

(une question zappée car trop en rupture avec mon flot)

"Gardez-vous un bon souvenir de votre relation intime avec Oriente ?"

Ce sont les seuls bons souvenirs de ma chienne de vie. Alors que je me colle à elle, pour la tenir dans ses bras et pour la protéger du varou et de la meute, je sens son odeur et j'entends le battement de son cœur, et ça me fait replonger dans toutes nos étreintes et nos conversations à cœur "ouvert", et je voudrais, je voudrais tellement, n'avoir que ces souvenirs dans le crâne, et de les garder pour tout jamais.

"Pourquoi Oriente se montre vulnérable seulement avec vous ?"

C'est ce que je me suis demandé quand j'ai vu le varou et sa meute refluer, quand j'ai vu le regard qu'Oriente leur a fait. Je me suis demandé si en fait, la peur qu'elle ressentait pour le varou n'était pas feinte. En fait, c'était le varou qui avait peur d'elle, et il a eu besoin de sa meute pour se sentir suffisamment en sécurité pour m'adresser UN MESSAGE et ensuite la fuir aussi vite que possible. Et les fois où le père lui a fait du mal ? Est-ce que j'en ai été vraiment témoin ?

"En quoi Oriente vous sert-il de compas moral ?"

Parce que moi, je suis une vermine. J'ai laissé la vieille seule dans la forêt parce qu'elle était malade, ce qui équivaut à une mise à mort. J'ai tué le père sur des simples soupçons, parce qu'en fait ça m'arrangeait de l'écarter de l'équation. J'ai nié ma sororité pour assouvir les pulsions que j'avais envers Oriente. Oriente ne fait rien de tout ça. Elle est sincère, compatissante et préfère subir plutôt que d'utiliser la violente.

Elle ne me fait jamais de reproches (sauf pour la vieille ?), mais en fait il lui suffit d'être ce qu'elle est pour que ça me culpabiliser.

A moins que ça fasse partie de son plan pour me manipuler ?

"C'est Oriente qui vous propose de vous guider ou c'est vous qui lui avez demandé ?"

C'est moi qui lui ai demandé. Parce que j'avais désespérément, plus que de trouver une destination dont j'ai oublié la teneur ou ne l'ai jamais su, j'avais désespéré besoin d'être à ses côtés.

"Pourquoi à vos yeux Oriente est irremplaçable et en quoi ça vous pose problème ?"

Parce que c'est tellement douloureux de l'aimer alors que je sais que je suis une mauvaise personne et qu'elle est trop bien pour moi, qu'elle est trop bien pour qui que ce soit. Et parce que je flippe car si je suis privée de sa compagnie, je ne trouverai jamais personne qui puisse combler le vide immense qui me bouffe le cœur, comme cette fosse dans la forêt où j'ai enterré un type.

Et ça me pose problème parce que je suis dans une dépendance maladive, et j'ai peur que ça me rende mauvais et manipulatrice envers Oriente, et parce que je déteste lui mentir pour l'avoir à moi, et parce que oui je suis littéralement MALADE de cet état, et parce que je me demande si ce n'est pas exactement ce que veut Oriente, je me sens envoûtée, comme si c'est elle qui avait entre ses mains une poupée de tubercules, de fougères et de cheveux à mon effigie, et que je devrais faire quelque chose pour me libérer de son emprise avant qu'il ne soit trop tard.

"Que s'est-il passé quand Oriente vous a proposé un raccourci par les forêts limbiques, domaine des morts, des souvenirs et des rêves ?"

Elle ne l'a pas présenté comme un raccourci, mais comme un passage dangereux qu'on devait emprunter si on voulait mettre du champ entre le varou et nous. J'ai accepté parce que je suis fascinée par cet endroit du sous-monde, et j'aurais jamais cru qu'elle me le demanderait. J'ai fait le rituel d'entrée, je me suis mise à nu, je me suis blessée, je l'ai fait pour elle et en même temps c'était jubilatoire et on a trouvé l'entrée dans une ravine boueuse on s'est enfoncées et on est arrivées dans les forêts limbiques, je l'ai su quand on n'a plus entendu le hurlement du varou ni senti son odeur et qu'on est retournées au moment où j'étais revenue de ma fugue et que je l'avais trouvée avec LE TYPE, et qu'elle était en sang et en loques et qu'elle me disait quelque chose de mal articulé et que ça sonnait faux.

"Vous êtes à un carrefour décisif. Continuez-vous à suivre Oriente ?"

Je l'ai tué, je l'ai tué CE TYPE. Si Oriente me dit qu'il lui a fait DU MAL, c'était forcément VRAI. Et j'étais nue, et j'avais la pierre, et son crâne s'est brisé de nouveau, il en est sorti des flots d'asticots. Et Oriente et moi étions dans la fosse à porter son corps. Et j'EMBRASSE Oriente, ma sœur, ma bien aimée, ma chair et mon sang, et je te suivrai partout, parce qu'importe qui mène le jeu de nous deux, moi je veux juste rester sur l'échiquier à tes côtés.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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