[Mycorhizes] Jacques et Anatole

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thomas munier
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[Mycorhizes] Jacques et Anatole

Message par thomas munier » 24 juil. 2019 10:07

JACQUES ET ANATOLE

Une aventure textuelle autour d’un fils et d’un père à la recherche d’eux-mêmes dans un Millevaux qui se boucle, pour une expérience des plus poétiques ! Une copie de l’échange par Claude Féry.

Le jeu : Mycorhizes, jeu de rôle textuel (SMS ou réseaux sociaux) à deux dans l'univers de Millevaux

Joué par SMS du 06/06/19 au 30/06/19

Personnages : Jacques, Anatole

Image
smilla4, cc-by-nc, sur flickr


L’histoire :

Jacques
6 de Chien

“Je ne crains ni la faim, ni le froid, ni ces bois , ni les horlas qui les hantent.
Millevaux n'existe pas.
Ce n'est qu'une épreuve pour ma foi.”


Je m'éveille en ce lieu inconnu. Je suis Jacques. Je cherche mon chemin, je cherche ma voie.

ll Je te cherche Anatole. Je te cherche pour être mon guide. ll



Anatole

Autour de toi, dans les fourrés, les ombres dansent la danse sombre des forêts.
Mon fils, bientôt le temps des hommes qui menacent le monde finira.
En vérité, ils s'assemblent en nuées voraces, ces incultes pour souiller la précieuse vie de nos bois.
Bientôt l'amertume des tanins les plus sombres remontera avec la Sève jusqu'aux feuilles de nos amis arbres. Tous les animaux fuiront ces hommes honnis, ces hygiénistes. Sans précipitation, mais hâte-toi et emporte avec toi un rejeton vigoureux de Saule avec sa robe d'humus et suit la cohorte de prévoyantes fourmis. Je danse dans l'ombre des Vénérables pour saluer l'éclosion de Fleur.
Moi le vieil arboriste Anatole je confie ces fétus de mots contre les maux des hommes aux bons soins des vents d'égrégore.
Hâte-toi mon fils, car les hommes honnis sont sur tes traces et leur cœur est plein de haine.



Jacques

Je hume l'humus, son odeur âcre m'est familière, comme un vestige d'un temps passé, comme une bribe d'un monde brisé. Sur le sol et sous lui grouillent mille créatures ; des fourmis sûrement mais aussi les horlas. Les racines du Saule les entendent venir et frémissent déjà.

Je t'entends Anatole, et j'entends ton conseil qui m'est énigmatique et me parle pourtant.

Les ombres sont sur toi et l'oubli sur tes pas, qui fus-tu autrefois avant que d'être ici un arboriste ? N'étais-tu toi aussi de ces nuées voraces, de ces hommes honnis ?



Anatole

ll Je fus une souris égarée dans les laboratoires hygiénistes. Ma spécialité fut l'étude des cycles de sporulation. Assidu et méticuleux je fus. Besogneux, tout entier pénétré de la science égarée de mes devanciers.
Un passé, un trouble, une nuisance au monde. Désormais je vis mon sacerdoce au nœud ligneux des vénérables Saules. Hors de l'asepsie qui les préserve de ce qu'ils considèrent être les graines des horlas.
En vérité je te le dis le temps de ces "hommes" finira.
Le bois est notre eau vive, la Sève à laquelle je m'abreuve désormais... ll
Je glisse mes pas sur l'humus noir du cœur du bois . Je me traîne péniblement dans une coulée fangeuse qui mène à une trouée ou le soleil poudroie autour de mon crâne déformé et chauve. Mon crâne luit. Devant moi se tient Fleur, frêle, frissonnant dans la nuit éternelle de la Forêt Noire.

Des bruits étranges et itératifs retentissent à ton oreille, ouatés par la distance, alors que tu quittes le creux de ton saule.
Des cris, des voix, autour de toi le monde.



Jacques

Du Saule, je prends le rameau naissant,  rejeton nouveau dans sa robe d'humus et je suis les fourmis, suivant aussi ainsi les conseils d'Anatole. J'ignore où ils me mènent, mais c'est loin d'ici, bien loin de tous ces bruits qui m'effraient, que je fuis !

ll Me voici Anatole ! J'écoute tes paroles et foulant ce sol, c'est vers toi que je vole ! ll

Dans les ombres mouvantes, des silhouettes sombres ont pris forme, sont en nombre, des formes humanoïdes bondissant près de toi. Elles sont là déjà, cadettes des horlas, elles en ont après toi.



Anatole

La mort dans l'âme, je contemple Fleur une dernière fois. Déjà, j'entends l'écho de leurs voix. Ils sont à mes trousses. J'entends les cris d'agonie de Fleur que dévorent les flammes de l'escadron de liquidateurs dépêchés sur place.
Mes larmes embuent mon regard. Je me perds dans les méandre de mon marais.
Je gis dans l'eau, immobile, où coulent mes larmes, indifférent à la chasse frénétique et confuse qui se répand dans le bois.
"Grand Saule qu'ont ils fait ?
Pardonne leur, ils ne savent pas ce qu'il font !"

Tu entends des murmures proches dans les sous-bois

ll Jacques tu es le bois
Tu es l'avenir.
Notre royaume sylvestre sera rongé par les fongicides des liquidateurs, mais sur ses ruines pourront croître les graines du rejeton que tu portes. ll



Jacques

J'ai couru, chassé vers l'inconnu, mû par la peur de ce qui est caché dans l'ombre. J'ai senti au plus profond de moi les cris d'agonie de la Fleur meurtrie. Des murmures, étrange mélopée, m'ont tiré de ma torpeur. Comme un chant qui ramène aux souvenirs perdus, c'est ce son que je suis maintenant, à la fois craintif et inexorablement attiré.

ll Anatole, je n'entends plus ta voix. Je n'entends que ce chant... ll

Dans les eaux sombres de l'amertume et du désespoir tu sembles te noyer, comme abandonné et résigné. Mais des griffes aqueuses te frôlant, te réveillent : ces horlas, les profonds, te tirent de ton sommeil.



Anatole

Tu suis le chant des hyènes. Le murmure crue, enfle, hors de proportions. Retentit-il dans le bois ou résonne-t-il en ton souvenir ?
Qui sont ces enfants vêtus de noir autour de toi ?
Les relents qui émanent de ses hardes ruisselantes me révulsent. L'étreinte répugnante du profombre est glaciale. Mon esprit se rencoigne, se rétracte.
Je suis saisi d'un vertige et projeté flottant dans les airs saturés de pollen à contempler mon corps livide, Je sombre dans les eaux fangeuses.
ll rouge
rouge racine
Rouge rouge ll



Jacques

Est-ce la réalité ? Sont-ce les lambeaux déchirés de ce qu'il reste de ma mémoire ? Ce sont les enfants morts, les sirènes du désespoir qui par leur chant m'attirent ainsi à eux. Et moi, faible créature, je succombe et me soumets à leur appel, impuissant, car mon guide n'est plus.

ll Où es-tu Anatole ? Et que sont devenus tes précieux conseils ? Quel est ce rouge dont tu parles ? Réagis ! Réveille toi ! J'ai besoin que tu m'indiques la voie. Sans toi, je m'égare, charmé par les voix différentes qui me hantent. ll

C'est lorsqu'on a touché le fond, dit-on, que l'on peut remonter, mais au plus profond de ces eaux sombres n'est que l'ombre où tu sombres. Un rai pourtant perce soudain et vient te tirer du sommeil. Tu te réveilles sur la berge, sec. Quel est ce parfum que tu as respiré, ce pollen inhalé, pour que ton esprit ainsi voyage ? Quelle était cette Fleur hypnotique ?



Anatole

ll rouge rouge la racine rouge qui pousse au-dedans de toi. Écoute son chant, lent, majestueux, inéluctable, il est la vie au-dedans de toi. Il est à venir.
Je suis loin du cœur d'arbre. Je marche d'un pas régulier. Je suis porté par le vent, les pollens, la nécessité.
Le bourdon enfantin est dissipé par la clameur qui enfle, enfle puis éclate en une volute de feuilles.
C'était ta voix qui tonnait rouge, rouge, rouge.
Les enfants morts se sont enfuis dans la tourbière.
De sombres nuages s'amoncellent. Un orage sec éclate. Le vacarme du tonnerre apaise les tensions. Bientôt quelque chose crépite sur l'humus, mais ce n'est pas la pluie…



Jacques

Te voici donc porté telle la frêle feuille, par des vents et parfums qui t'enivrent et te font perdre sens. Sens de tout, sens de toi.

C'est le rouge du sang qui colore mes lèvres de ces mots ruminés, de ces maux mâchouillés. C'est le goût de la mort et de la pourriture qui demeure en bouche alors que tout s'envole et que tout disparaît. C'est le bruit de Vermine qui gratte sous l'humus des feuilles succombées. Il me faut fuir de nouveau.

ll Où vas tu ? Où veux tu que j'aille ? Je ne suis plus que peur et désorientation. ll



Anatole

Je ne suis plus Anatole. Je suis Le Bois. Je suis plus qu'Anatole. Je suis Le Bois.
ll Écoute la voix du vent. La voie du ciel est en toi désormais. Écoute les murmures de la racine. S'il devient trop faible, ravive-le. Mange les ombres fugaces du temps jadis, les rejetons de l'homme déchu. Auslöschen. Oblitère le souvenir d'homme et le chant ressurgira, affermi, renouvelé, plein de promesses d'aubes nouvelles
Tu marches, hagard, te coules, là où seule la mère truie fouille son chemin mais à presque-nuit tes pas te conduisent sur la berge d'une rivière grondante. Amarrée à un ponton envahi de liserons au parfum entêtant, une vieille barque.
La nuit, le courant vous emporte dans l'immense cathédrale de Forêt.
Ton esprit sombre avec la presqu’aube...
Que découvres-tu lorsque les insectes parviennent enfin à te tirer de ta torpeur ?
ll Entends-tu Forêt ? Les ignorants nous rejettent. Nous sommes hors là. Hors leur monde étriqué. ll



Jacques

La barque m'a porté sur l'onde calme des eaux sombres ou je me suis assoupi. Naufragé de mes rêves, j'ai perdu la conscience et ne l'ai retrouvé que par ma peau piquée. Ils sont là, multitude rampante et grouillante.

|| Suis je mort pour qu' ils viennent ainsi se repaître de moi ? ||

Tu t'es laissé porter par les vents et parfums vers un lieu incertain. Tu flottes, semblable aux pollens, parmi lesquels tu te confonds. Tu es bois, certes, mais un bois fragile, un bois menacé. Un bois qu'on coupe pour l'hiver.
N'entends-tu point les haches qui déjà tapent en rythme ?



Anatole

Tu as éprouvé la vie grouillante et innombrable mais tes chairs t'informent que tu n'es pas charogne.
Sur les berges tu aperçois de fugaces silhouettes que le courant emporte vivement.
Tes jours,
tes nuits
plongés dans l'humide Forêt noyée.
Au loin Forêt sombre dans obscurité plus chaude, plus vive, plus épaisse, parcourue de cris d'animaux.
Derrière toi, étouffée partiellement par la grondante rivière, tu entends les bruits d'une embarcation à moteur.
Alors je souffle mon vent aigre, mon souffle auquel s'adjoint la souffrance de Fleur terrible, une perte incalculable qui me quitte pour habiter sous un voile de terreur atavique les hardis bûcherons.



Jacques

La peur, la douleur, sentiments néfastes qui néanmoins témoignent que je suis bien vivant, vivant. Le bruit du moteur m'arrache à la douceur de l'abandon. Fuir, fuir encore. Loin de l'homme, de ses chants, de ses moteurs, ...

|| L'homme est il une menace ?| |



Anatole

ll l'homme non, les liquidateurs oui ll
Tu gagnes la terre ferme, abandonnes ton esquif à l'abri d'un buisson épineux. Tu t'enfonces sur les sentes qui s'obstinent à longer les eaux.
Tu entends longtemps les moteurs et les cris des liquidateurs. Les ordres égarés dans le vacarme du bois bruissant de mille vies.
Au cœur de nuit tu reprends le chemin de l'eau. Tu t'y glisses pour un bain bienfaisant.
Quelle sensation étrange te tire de ta torpeur à presqu’aube ?



Jacques

Si le bûcheron n'abat pas l'arbre malade, si nul n'élague, ne défriche ou n'entretient, alors la forêt s'étouffera elle-même, le lierre étouffant l'arbre, les ronces les buissons, les feuilles mortes le sol, et le bois tout entier étouffant sa faune et privant d'air et de soleil sa flore la plus petite.

Tu es bois, et c'est toi-même ta Nemesis.



Anatole

Je suis évaporé. Je suis mon sacerdoce. Je suis Le Bois. La hache de l’homme s'émoussera sur mon écorce. Mon corps ligneux abrite les champignons qui rongent les corps rongés de mes sœurs libérées par la foudre. Le temps de l'effondrement est le temps d'une vie d'if. Je suis Le saule.

ll Mon fils, souviens toi de tes charmilles et oublie la charogne des mots creux. ll



Jacques

Une caresse lisse, un frôlement dans l'obscurité des profondeurs, puis me voilà happé, et tiré par le pied vers les vases épaisses par ne sait quelle bouche.

|| J'entends et j'étends le rejeton du Saule de tout mon long jusqu'à la berge ||

Quels champignons toxiques empoisonnent tes racines, vaillant saule à la sève battante ?



Anatole

De grises pleurotes qu'affectionnent les Brimbeux forment une ronde autour de moi. Je sens l'odeur de menthe poivrée que tu laissais dans ton sillage.

ll Sage, es-tu auprès de moi ? ll

De petites dents carnassières entament la chair de ta cheville.
Un cœlacanthe tente de te bouffer.
Mais son heure n'est pas venue
Des enfants s'emparent de toi, t'extirpent du bourbier et l'un d'eux réduit en bouillie l'infâme créature avide.



Jacques

Enfants qui chantent et qui égarent. Enfants qui sauvent et puis qui tuent sans crier gare. Enfants de l'oubli et de l'ombre. Enfants des forêts et bois sombres. Les vôtres je suis, des vôtres je suis.
|| Je te perds Anatole, ou si c'est toi qui te perds ? ||
La menthe poivrée, la violette, le parfum de Fleur et celui d'humus. Ce sont les parfums portés par les vents qui sont ton chemin, ta vie ton élan. Tu es saule et j'en porte rameau. J'emporte rameau pour que toi puisse naître à nouveau. Il te faut mourir pour renaître. Mourir n'est rien, ou si peu. Douleur puis rien. Les horlas sont en chemin pour ce funeste destin.
Si peu ...



Anatole

Je songe temps.
Je dérobe mes propres souvenirs afin de mieux en ce qui fut.
Oublier un peu
J'ai tant oublié
Le parfum de Sage, ma fleur de gaîté
Oublier un peu plus
Renoncer à la douleur de ce souvenir qui se dérobe qui me dérobe.
ll Sage me manque mon fils ll
Quelles vos proies désormais, les enfants ?



Jacques

Je suis enfants chasseurs, cueilleurs, je suis le porte-parole de la nouvelle génération. Je traque les machinistes, les bétonneurs, les parasites de cette TERRE qui nous fait vivre. L'engrais sera rouge.

|| Je peux sentir à présent la sève dans mes veines ||

La mémoire te fuit, mais là vie te sourit. Tu es encore debout, père Saule. Et tu entends tes branchées Millevaux, couvrant les rameaux de ton ombre. Je suis de ces rameaux et je te survivrai. L'âge fera ce que les haches n'ont su faire.
Tu étends tes branches...
Ce que les haches...



Anatole

ll Rouge.. ROUGE..ll
Mes branches se brisent dans un grand fracas en heurtant le sol sous l'assaut des cognées avides des liquidateurs. J'exhale un grand cri que relaient les mycorhizes, mon cri mêlé à celui de Fleur que je fis mien, ainsi que mes souvenirs de Sage.
ll La vie est une goutte d'eau suspendue ll
Les hygiénistes ont déployé leurs cohortes autour du bois.
Les bûcherons ont tracé des sillons, ou bientôt d'autres hommes, des hygiénistes se couleront afin de répandre leur fongicide. La forêt bruisse tout autour de toi, elle gronde son rejet du projet funeste des hommes aux yeux cerclés de fer.
L'avant-garde de horsains afflue, se masse, répond à son appel...
ll Il n'est que Sève, Il n'est que Sève...
Il n'est que sangs, Il n'est que sang. ll
Tu les entends. Ils approchent, déterminés.
Tu les sens, tu sens les effluves de fongicide.



Jacques

La sève et le sang se mêlent. La vie abonde et triomphe. Moi, enfants, avance fièrement. Cohortes d'avenir.
La sève et le sang face aux fongicides.

|| Spore grand Saule ! Spore Anatole ! Bas-toi ! ||

Ils avancent, mais déjà tes pollens les étouffent, tes racines entravent leurs pieds, tes branches foutent leur gueule.



Anatole

Mes racines et mes branches écrasent leurs dépouilles. Tous sont morts broyés, démembrés, écrasés sous ma masse bruissant d'humus. La victoire a le goût amer de la défaite. Le nuage de fongicide se répand et tue mes amis innombrables, mes frères, mes sœurs d'humus.
Leurs masques à gaz et leurs combinaisons déchirées ont ménagé des voies pour nos pollens et nos spores. Bientôt nos enfants se nourriront de leurs cadavres.

ll Il n'est que Sève, Il n'est que Sève...
Il n'est que sangs, Il n'est que sang. ll
Tu erres avec tes compagnons d'infortune dans le bois immense de la noire forêt. Les feuilles commencent à roussir.
Une chaleur étrange émane du cœur. Un orage gronde et enfle sans éclater depuis des jours.
Une voix bourdonne à la limite de ta conscience. Les cris du bois ont changé.



Jacques

Ce sont tes cris que j'entends et ceux de ta cour qui se meurt par le poison fongicide.

|| Tiens bon Grand Saule. Le Rameau n'est plus si loin. ||

Les chœurs de la forêts résonnent d'un chant nouveau. C'est un chant guerrier, car c'est vers une guerre que le Rameau les guide.



Anatole

Tu as mené une guerre
Combien des tiens sont tombés afin de préserver les horsains de la Forêt Noire ?
l l Soleil épais
Air lourd
Assoupis, nos corps
Alanguis, nos esprits
Reposant dans l'herbe chaude
Et la brise fraîche. ll
Je me suis dépris de mes attaches. Mon souffle s'est assoupi. Les Mycorhizes se déploient douces, soyeuses et vibrantes.
La Sève nouvelle du bois a puisé au sang caillé et chairs putréfiées des charognes.
Les saisons des hommes sont désormais mes jours, alors que de l'humus souillé je renais.



Jacques

Tant sont tombés que leur nombre restera à tout jamais tabou. Tant tomberont dont nous ignorons le nom.

|| N'y a-t-il ici que peur, douleur, mort et remord ? ||

De la terre à la terre, de la vie au trépas puis à la vie encore car il en est ainsi et la Forêt se nourrit d'elle-même, de son propre cadavre, pour renaître à nouveau. Le germe de la vie en toi n'est pas éteint. Il luit encore un peu, si peu…



Jacques

Toute la nuit les chants des enfants de Millevaux ont résonné dans la Forêt, jetant sur ta détresse les baumes de l'Oubli.

||Anatole, lève toi, nous voici, les enfants du grand Saule, tes enfants ||

Je porte le Rameau comme un serpent d'airain pour guider les enfants vers le monde nouveau et la terre promise, vers le cœur de Millevaux. Je ne cherche plus à fuir. La Forêt est mon toit, mon rempart, je suis à elle comme elle à moi.



Anatole

Mon fils innombrable tu as accompli ma quête. Tu es l'avenir du bosquet ardent Tu portes le futur. Ton destin, ton instinct, ta foi t'ont conduit aux pieds d'un immense saule recouverts de cocons de toiles d'araignées. Une étrange créature au corps de papillons et dont les ailes chenilles palpitent,
Voraces dans l'air étal.
Je suis avec toi désormais, auprès de toi, sur ton épaule. bruissement de feuilles et oscillation de mandibules
ll rouge rouge racine du ciel notre destin nous réunit ll



Jacques

Mon père je suis à toi, je suis en toi, je suis toi, Saule primaire, cœur ardent de la Forêt. Je cherchais la sortie. J'ai trouvé l'élévation. Par L'Oubli que je fuyais, je suis devenu avenir.

Tu es mort pour que je naisse. Tu es tombé pour que je m'élève. Réunis enfin nous vivons pleinement.

||Sève et sang palpitent. Battement sourd et éternel. Vie de Millevaux en ton cœur et le mien.||



Commentaires de Thomas :

A. Vous avez joué par SMS ou réseaux sociaux ?

B. Les objectifs de jonction de vos personnages sont peu définis au départ. Cela n'a pas été handicapant pour jouer ?

C. Cette partie a pris rapidement un tour poétique auquel visiblement ton partenaire s'est fait le complice. Ceci me rappelle évidemment notre partie du jeu textuel Les Forêts Mentales, L'enfant aux trois vies

D. Intéressant le détournement de langage : Jacques-MJ te confronte à des "profonds" que tu rebaptises l'air de rien "profombres" en hommage aux créatures aquatiques du jeu de rôle Millegouttes de Ric Pogan, sorte de pendant des horlas dans ce monde post-apo qui remplace la forêt par la pluie.

E. La rouge racine évoque le horla de colère qui nous possède lors des ateliers dans Les Sentes.

F. Par ta référence ici à l'Auslöschen de Little Hô-Chi-Minh-Ville, à la racine rouge et au bosquet ardent des Sentes, à la presque-nuit d'Ecorce et de Bois-Saule, aux coelacanthes de Coelacanthes, et en recoupant avec divers indices disséminés dans toute ta carrière de joueur de Millevaux, j'observe que tu fais, à l'instar de Damien Lagauzère, et sans doute du fait que les livres d'univers ne sont pas encore accessibles, un travail de cohérence et d'unification de l'univers à partir des différents jeux Millevaux, comme si chaque aspect abordé dans un jeu et censé lui être circonscrit faisant en fait système dans tout l'univers de Millevaux. C'est très intéressant. C'est également plaisant de te voir unifier tout ça avec ta frange personnelle de Millevaux (référence aux Brimbeux, à l'incantation "Rouge, rouge", notamment).

G. C'est intéressant que tu mentionnes les mycorhizes dans la fiction, ce n'est pas une chose que j'ai vraiment pensé à faire lors de mon premier test, juste on communiquait entre ll, mais sans vraiment rappeler l'existence des mycorhizes comme dispositif.

H. La fusion végétale père/fils du final achève une partie très poétique, ce dont je ne me serais jamais attendu avec Mycorhizes. Bravo à vous deux !
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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