[Fripouille] Le voleur de gidouille

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thomas munier
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[Fripouille] Le voleur de gidouille

Message par thomas munier » 10 févr. 2019 15:01

LE VOLEUR DE GIDOUILLE


Troisième opus de la campagne Les Brimbeux, par Claude Féry. Une partie toute en narration, avec d’étranges rencontres et d’étranges reliques.

Le jeu : Fripouille, aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt de Millevaux, par Claude Féry

Image
Poterie par Pierre Soulage. Photo : Artishow37, cc-by-sa, sur wikimedia commons


Parties précédentes :

1. Les Brimbeux*
Premier test du jeu. Création de personnages et menues péripéties autour d’un cadenas mémoriel et d’une crête de punk.

2. Trouille *
Suite de la campagne menée dans les hortillonnages normands, une petite Venise maraîchère hantée par de dangereux horlas à tête de courge. Avec un test de « pas de côté » sur la prise de narration lors des jets de dés.


session jouée le vingt et un octobre 2018

Lire / télécharger l'enregistrement de partie


durée : une heure dix

Effectif : trois joueuses.

J'assume le rôle de La Garde Forestière, Mathieu joue Chupdia et Gabriel joue Smerdy.

Préparation :

La préparation, très légère, s’est limitée aux sources sonores et iconographiques.

Tableau Pinterest de la campagne Les Brimbeux


Feuilles de personnages :

A retrouver sur la version pdf de ce compte-rendu


L’histoire :

La créature gît à ses pieds, inerte, l’une de ses serres prédatrices encore tendue vers lui.
Chupdia se tourne vers ses amis.
Herz n’en mène pas large et bégaie intensément sa volonté de retour à laquelle souscrivent Smerdi et Chupdia.
Dragon indique par l’entremise de La Gaude qu’ils doivent, impérativement, rejoindre « séant » La Reine du Bois dans son Cashel.
Chupdia lui rétorque qu’il en sera plus aisé et moins dangereux d’entreprendre leur périple le lendemain à l’aube et retourne à sa barque.
Alors qu’il tente de l’extirper de sa gangue de boue, il s’aperçoit que les deux jeunes ne les ont pas suivis. Après un échange bref, et pour rassurer Herz terrorisé, les trois retournent ensemble sur leurs pas.
Le trou d’eau où ils ont affronté la créature à tête de courge est vide. Les traces de lutte sont manifestes et le lance-billes traîne dans la mare. Herz l’empoche.

Les traces de pas des deux plus jeunes les conduisent vers la carcasse de l’âge d’or. Des crissements proviennent de l’intérieur et des lueurs diffuses se propagent au travers des parois béantes de rouille.
Dans la ténèbre qui engloutit la prairie noyée, sur cet éperon boueux qui surnage parmi les flots turbides, la cabine du véhicule ressemble à la gueule énorme d’un animal fantastique.
Chupdia, sans hésitation, pénètre à l’intérieur.
Les échelons rouillés qui lui permettent de se hisser au dedans gémissent sous son poids. Ici, la ténèbre est plus épaisse encore. Des lueurs de lucioles vacillent du plafond, pâles reflets des savoirs enfouis du temps jadis. Le sol est jonché d’un amoncellement d’objets hétéroclites. Sous son pas, il trouve une plaque ou figure une représentation de Triglav. Chupdia, en a déjà observé de semblables à la limite du territoire de l’Archonte, celui qui règne avec ses séides sur le territoire qui ceint Cashel. Un territoire interdit.
Il ne s’était jamais rendu aussi loin des hortillonnages.

Sur ses talons se pressent Herz et Smerdi. Le gamin est paniqué. Heureusement, il dispose de sa relique, une bouteille du temps jadis, sur laquelle il bas la mesure qui l’apaise.
Alors soudainement, Smerdi le tance « Ruhe ! »
Le gamin aspire frénétiquement l’air dans sa bouteille, qui se déforme et s’emplit de buée.
Paniqué, le bègue trébuche et s’effondre sur les restes de l’ossature d’une banquette.
Une masse d’objets glisse au sol dans un grand vacarme. Devant eux deux parchemins dont ils ont vu de nombreux exemplaires placardés à l’entrée des terres de l’Archonte. Les chérubins, adorateurs du soleil Les Fils de Grand Père Ciel et Grand Père Ciel, lui-même, Hamura-Bee, le chantre de la justice aveugle.

Chupdia s’étonne de trouver cela ici. Ses sens lui indiquent une présence hostile, sans qu’il puisse clairement en définir la nature. Plus loin, dans les ombres mouvantes que dessinent les restes du temps jadis, dans cette intermittente lueur d’éternité il aperçoit de subreptices silhouettes se faufiler dans la voiture.
Cette présence, ces parchemins insolites, ces écritures chargées d’une magie manifeste plongent Smerdi dans ses souvenirs. étrangement, il songe à sa seule faction de Garde-Bois. Avec Moritz, le défunt Moritz qui l’a lâchement abandonné seul à la lisière, et qui n’a jamais reparu. Singulière issue pour un Naufrageur, sensé attirer de sa vive lueur les horlas, pour les perdre dans les méandres de Serpentine que de s’égarer dans le bois. C’est l’amer souvenir d’une trahison mêlé à celui d’un apprentissage, car c’est de lui qu’il tient sa connaissance de la langue putride.

Et pourtant, là soudainement, alors qu’il s’accoude aux restes d’une banquette pour se redresser, Moritz le domine tout en vociférations.
-« Où est ma corne-gidouille ?
Qui m’a volé ma gidouille ?
Un petit voleur de rien du tout, ...de rien du tout, m’a dérobé ma gidouille ! »
Éructe le mort qui les toise de toute sa hauteur.
Herz en échappe sa relique, et attire l’attention du colosse.
« C’est toi qui me l’a dérobé ! » hurle-t-il à pleins poumon en secouant vigoureusement le gamin tétanisée. Smerdi l’interroge en langue putride :
« Qu’est-ce que ta gidouille ?
nous ne savons pas de quoi tu parles. Dis nous ce que c’est enfin ! »
- « Et toi parle moi dans une langue que nous comprenons tous ici. J’entrave rien à ton sabir. »
Il balance le bègue. Celui-ci s’empare de son lance-billes et s’apprête à lui décocher une verroterie quelconque glanée au sol, meurtri dans son honneur, dans ses chairs. Smerdi, l’en empêche d’une main ferme, et d’un ton uni.
L’ogre torse poils se détourne d’eux.
« J’m’en va l’trouver ce voleur de rien du tout,.. de rien tout ! » et il chausse ses jambes musculeuses d’immenses échasses articulées.
Au même instant, Chupdia voit ses amis La Gaude et Dragon, loin au fond de la voiture, qui tentent de se hisser au travers de la fenêtre arrière béante. Dragon, est lesté d’une curieuse trompette de cuivre.
Moritz achève de lacer ses prothèses et en de grandes enjambées gagne la porte latérale qu’il ouvre à volée pour se fondre dans la noire nuit, toujours vociférant.
Le jeune Herz aspire spasmodiquement l’air au travers de sa relique et avance, prudemment, derrière Chupdia et Smerdi vers le fond du véhicule.
La Gaude et Dragon s’éclipsent par la porte arrière.
Une étrange poupée repose sur la rambarde. Elle est enrubannée d’une matière cireuse aux relents fétides.
Parvenu à sa hauteur, Herz pose sa bouteille et s’empare des restes d’une barre de fer et crève la poupée.
La poupée de porcelaine éventrée révèle une nuée de vers qui tissent des cocons cireux pareils à la matière qui l’enrubannait.
Sans plus attendre, Chupdia y boute le feu de sa relique.
La petite troupe s’éloigne dans les lueurs de brasiers qui percent la nuit. Cette fois-ci ils suivent La Gaude et Dragon, pour le Cashel où réside La Reine du Bois.
Ils s’éloignent d’un pas vif de l’étrange scène qu’ils viennent de quitter.
Bientôt se dessine sur fond du bûcher qui illumine le marais alentour la silhouette arachnéenne du Naufrageur.
Sale petit Voleur ! Je t’aurai ! Je t’aurai ! Voleur de rien du tout … de rient du tout ! »


bilan provisoire :

La partie fut agréable. Les éléments issus de ma préparation ont alimenté l’histoire. Ainsi, le figurant Moritz est une photographie très légèrement retouchée qui ne provient pas de mes baguenaudes habituelles, mais d’un cercle sans rapport aucun. La personne photographiée se prénomme effectivement Maurice. J’ai modifié le prénom afin de créer un lien avec le correspondant allemand de Gabriel, dont celui-ci avait spontanément transposé le prénom en serbe.
Et c’est Gabriel qui spontanément a évoqué les naufrageurs afin de répondre à la question de la Garde Forestière sur la façon dont les Gardes-Bois avaient jusqu’alors préservé la communauté des incursions de horlas. Gabriel a précisé qu’il n’avait été de faction qu’une seule fois avec son défunt ami Moritz
Ainsi, ma préparation, très personnelle, a rencontré la créativité de la joueuse et j’en suis réellement ravi.
Un autre point dont je suis rétrospectivement satisfait est l’expression «un petit voleur de rien du tout » emprunté au magnifique Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault. A l’unisson les deux garçons ont accompagné les vociférations de Moritz. C’était rigolo et intense, le méta n’a pas généré de rupture d’immersion.

J’ai cherché en séance à communiquer l’inquiétude de Herz à ses compagnons. Profitant d’une pause pipi de mes joueuses, j’ai récupéré une bouteille de coca-cola vide.
Lorsque nous avons repris, je l’ai tripotée violemment, pour finir par battre un rythme cardiaque dessus. L’effet a été réussi. J’ai poursuivi à moitié bégayant à moitié ventilant dans la bouteille tandis que Gabriel / Smerdi me foudroyait du regard et me tançait d’un Ruhe !
Le parchemin avec les teletubbies est plus problématique. Je l’ai joué délibérément, considérant qu’il s’intégrait parfaitement aux canons esthétiques de Millevaux. Et Mathieu a réagi fortement, évoquant chérubins crèche et petit dieu soleil. Dans l’instant, pour Gabriel comme pour moi c’était pleinement dans le ton. En revanche, lors du bilan de fin de partie, Mathieu s’est reproché d’avoir rompu son immersion pour des commentaires selon lui relevant du méta jeu.
C’est regrettable. Ce qu’il a produit en partie m’a lancé immédiatement sur la vision de gamin perdus dans la forêt Picarde noyée de Millevaux regardant les teletubbies sur des reliques gorgées d’égrégore. Vision géniale ! Et pour lui cela ne marche pas ! Zut, zut et re-zut !


Réponse de Thomas :

Merci beaucoup pour ce nouveau compte-rendu !

B. Sympa d’avoir intégré des illustrations d’Agathe Pitié dans l’iconographie ! Tu le sais peut-être, mais cette illustratrice à l’univers démentiel m’avait fait l’honneur de réaliser deux images pour le jeu de rôle L’Empreinte

D. N’ayant ni captation audio ni compte-rendu technique à ce stade, je peux me tromper, mais je pressens que vous avez très peu jeté les dés ou sollicité le système. Je retrouve ici une école de jeu de l’OSR, qui me fait penser à celle d’Evlyn Moreau (une personne à suivre absolument sur le blog Le Chaudron Chromatique), qui est beaucoup moins basée sur les mécaniques et beaucoup plus sur la narration, l’ambiance et les illustrations. Je pressens y être assez étranger, faisant toujours beaucoup appel aux mécaniques, hormis lors de quelques expérimentations ruleless, mais j’ai beaucoup d’intérêt pour cet école.

E. Dans ma vision de Millevaux, il y a pléthore de références à notre époque, humoristiques et détournées, et donc pour moi aussi les télétubbies, ça aurait bien passé. Mais bien sûr, tout ça c’est subjectif. Après, peut-être qu’une révélation bien horrifique sur ces télétubbies pourrait remettre l’équipe en immersion. Ou peut-être vaut-il mieux que ça n’ait été qu’un clin d’œil furtif…


Réponse de Claude :

D. Assez peu en effet. Dans le désordre : Mathieu a lancé un dé d'usure pour le sèche cheveu lorsqu'il a mis le feu à la voiture
échec le dé d'usure est dégradé et passe à D3. J'ai confié les jets aux joueuses sauf celui-ci jusqu'à maintenant. Je l'avais conservé caché, afin de maintenir le suspens sur le nombre de charges que comportait la relique. Lors de la précédente session Mathieu flippait pas mal sur le sujet. Mathieu a jeté un d20 de Gueule en entrant afin de déterminer comment la présence de Moritz se manifestait à lui. 19 réussite. Gabriel l'a aussi jeté : 2, échec. Mathieu a lancé un D oui non bizarre en entrant dans la carcasse que j'ai réutilisé avec celui de Gabriel (oui non bizarre aussi) qui m'ont servi pour déterminer l'accès aux souvenirs que déclenchaient leurs mains baladeuses dans la voiture. J'ai réutilisé les dés pour déterminer la nature de la menace sur les tables aléatoires de Millevaux (vermine) et peupler le nid.

B. Je suis Evelyn depuis un moment. Je me suis inscrit au chaudron chromatique et je devais participer au dernier numéro, mais le temps m'a manqué. J'ai adoré son dernier numéro Cosmic Crawl.

E. l'immersion était pleine et entière pour Gabriel et la façon dont Mathieu a réagi sur le coup nous a convaincu que pour lui aussi. Ce matin depuis la fac il m'a envoyé un texto pour s'excuser d'avoir fait du méta. En fait pour moi je compte bien réinvestir les images, j'ai une idée assez précise que je souhaite voir détourner par les réactions de Mathieu et Gabriel lorsque nous reprendrons.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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