[Inflorenza] DieFlorenzHard en quête d’auteur

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Eugénie
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[Inflorenza] DieFlorenzHard en quête d’auteur

Message par Eugénie » 05 févr. 2019 11:31

Une nouvelle ascension du mont Mindfuck par la face Nord et sans oxygène.

Les contraintes

Jouer un théâtre Die Hard et ajouter le concept de Six personnages en quête d’auteur… c’est-à-dire jouer des personnages de Millevaux qui jouent eux-mêmes à Piège de Cristal RPG et se font hacker par des personnages issus d’une autre fiction qui veulent qu’on raconte plutôt leur histoire.


Atelier

On joue 10 min (2 instances) d’un début de partie où des rôlistes jouent un film d’horreur cliché.

L’occasion de revisser les boulons avant de se lancer pour de vrai :
  • on pose que les personnages jouent aussi à Inflorenza pour superposer les couches de façon plus élégante (en atelier, les persos jouaient avec un jeu à MJ et à caracs, ça coinçait) ;
  • on pose qu’on veut prendre plus le temps de jouer le niveau Millevaux et donner aux personnages qui jouent une vraie épaisseur (en atelier on a démarré en discours direct du MJ-de-la-fiction sans décrire le décor ou l’ambiance et ça manquait) ;
  • on évacue l’idée que nos persos Millevaliens s’appellent Bruce Willis ou Alan Rickman par peur du dérapage comique.

La mise en place

On crée le théâtre à la volée, en prenant des citations de la bande annonce VF de Piège de Cristal (qu’on regarde ensemble du coup). On s’échange des anecdotes sur le tournage : Bruce Willis était un nobody à l’époque et avait été appelé en dernier recours alors que le rôle était plutôt prévu pour Arnold Schwarzenegger ; Alan Rickman est phobique des armes à feu et du coup Hans Gruber passe son temps à sursauter quand il doit flinguer quelqu’un…

On pose au milieu de la table :
  • une carte X
  • une carte Coeur
  • un papier + et un papier – (importés de Dragonfly Motel)
  • une feuille avec les strates des réalités emboîtées pour visualiser
On se met d’accord sur le cast : Thomas jouera Hans Gruber, Eugénie John McClane et Côme le reste des persos au choix (il sera le genre de joueur qui perd tout le temps son perso).


Théâtre

1. En fait, il est venu pour sauver sa femme

2. 12 terroristes ont déclaré la guerre

3. Ce sont des hommes brillants et ce sont des hommes cruels

4. S’il y a une chose qu’il n’a pas envie d’être, c’est un héros

5. Son métier de flic

6. Erreur sur la personne !

7. C’est moi qui suis chargé des opérations

8. Je veux sa peau ! (tu l’auras)

9. Facile de l’aimer, mais très difficile de le tuer

10. Figurez-vous que j’étais invité à la fête par erreur

11. Bientôt sur vos écrans

12. Yippee ki yay motherfucker


Fiches de personnages

Côme / Tiernan / Tagaki (rayé) + un terroriste figurant / Cow-boy principal

Je veux que les autres y croient à fond (rayé)
Quand on joue, on joue
Père Noël pris en otage (Tagaki) (rayé)
McClane n’a pas compris qu’on était dans un western
C’est moi le héros
Drama malgré moi
Chouiner oui, mais avec des colts
Yippee ki yay motherfucker...


Eugénie / joueur sans nom / McClane

Je veux jouer John McClane à fond pour leur faire oublier qui je suis (rayé)
Protéger et servir
Je ne suis pas capable d’imposer mes choix comme John McClane l’aurait fait
La suite des opérations, elle est pas au fond du ravin
Maintenant j’ai une mitraillette, ho ho ho (rayé)
McClane ne tue pas, lui
Bientôt sur votre écran : un western
On ne peut pas toujours sauver ce qu’on aime
Je serai le héros de toutes les histoires
Il n’y aura plus d’écran pour moi


Thomas / Le Froussard / Hans Gruber

Je veux être cruel pour être brillant (rayé)
RIP aux idiots qui font leur métier de flic (rayé)
J’ai empêché Eugénie de jouer le ravin (rayé)
Je veux la peau de cet enfoiré, il me faut un ennemi badass (rayé)
J’ai peur de ne pas être à la hauteur de mon rôle
Facile de le tuer mais très difficile de l’aimer !


La fiction

(du mieux que je peux, mais ça sera forcément parcellaire et tout plat, vu le bazar...)

Dans un cinéma à l’abandon, alors que la tempête ou la forêt font rage au dehors, trois personnages ont construit un feu sous l’écran déchiré. L’un d’entre eux est totalement flippé par le danger dehors, un autre cherche à rassembler ses camarades autour de la partie à jouer, le troisième parle peu.

Tiernan présente les personnages du Froussard et du 3e et la partie à venir. La partie a du mal à démarrer car le Froussard a peur des assaillants potentiellement cachés dehors : les personnages prennent du temps pour s'assurer qu'il n'y a personne dans le cinéma et que des issues de secours sont disponibles avant de commencer la partie. Le Froussard sniffe du lichen pour se donner du courage.

Le 3e joue une scène de pré-générique, où les principes de Millevaux imprègnent Piège de cristal : l’égrégore court le long des fils du téléphone pendant que McClane appelle sa fille et sa femme. Il promet de les retrouver pour Noël et c’est un pacte de sang sur lequel il ne pourra pas revenir.

Générique joué ensemble hors instance. Il se termine sur l’invasion du building par la forêt : les joueurs engueulent le Froussard… on a dit « pas de forêt dans cet univers ».

Le Froussard ménage (trop) ses effets et prend beaucoup (trop) de plaisir à raconter une scène sanglante où Hans Gruber bute un vigile. Le 3e joueur est préoccupé pour lui, vu que ce qu’ils ont vécu avant d’arriver dans ce cinéma.

Tiernan et le 3e joueur jouent une scène entre McClane et Tagaki, le boss de sa femme déguisé en Père Noël. Un sanglier enragé se rue à l’intérieur du cinéma, le 3e joueur réagir comme John McClane l’aurait fait, sans peur. Il jette une bûche enflammée vers la bête, provoquant un départ de feu sur un siège poussiéreux au rembourrage défoncé. Le Froussard l’éteint avec un extincteur qu’il manie à l’envers. Dans leur fiction, Hans Gruber intervient pour embarquer Tagaki dans un bureau et le faire parler.

Le 3e joueur raconte comment McClane comprend que quelque chose ne tourne pas rond en voyant une pomme de pin rouler à ses pieds. Il veut faire un conflit pour savoir s’il tombe direct sur le bureau où se trouvent Gruber et Tagaki. Clash entre les persos : s’il rate c’est anti-climatique, il ne va encore rien se passer pendant cette instance… (alors que s’il réussit, c’est la fin du film, la confrontation finale alors qu’on a à peine commencé) et puis on avait dit « pas la forêt ! ». Le Froussard sous-entend qu’ils auraient dû abandonner ce joueur et sauver plutôt Arnold. Blessé, le 3e joueur change d’avis et veut quitter la table : conflit pour savoir s’il le fait ou pas. Les autres parviennent à le retenir.

Conflit direct à l’instance suivante, sans narration : Le Froussard veut empêcher Eugénie de jouer le ravin. S’il gagne, même ses phrases de souffrance devront être badass. Elle perd...

Tiernan passe son temps à remplacer des mots par « cow-boys » ou « indiens » mais ne veut jamais admettre qu’il l’a dit. Il raconte comment un terroriste braque McClane et lui dit de rentrer chez lui. Conflit. McClane l’assomme, récupère son arme et le traîne dans un bureau désert. Il lui attache les poignets avec des fils électriques. En décrivant cette scène, le 3e joueur de Millevaux est en train de réécrire un de ses propres souvenirs, où il a probablement tué quelqu’un. Les autres réalisent qu’ils ont oublié son prénom... Ils l’appellent McClane, comme son perso.

Dans le cinéma, des silhouettes font irruption en portant une civière avec un blessé. Ce sont des cow-boys avec colts, chapeaux et cache-poussière. Ils prennent possession des lieux, et critiquent la partie en cours qui est un mensonge. Ils veulent que les joueurs jouent l’attaque du fort quand ils l'ont repris aux indiens comme elle s’est vraiment passée.

Le cow-boy commence à re-raconter la scène du sauvetage de Tagaki, avec un indien à sa place. Thomas intervient pour dire que c’est pas un western qu’on doit jouer, mais du Festen. Il joue un conflit contre le cowboy : s’il gagne, on jouera du drama et on sera obligés de bleeder (IRL le bleed est carte-xé immédiatement, l’idée est oubliée) ; s’il perd, le cow-boy tue Thomas. Dans une réalité alternative, le cow-boy tire à bout portant sur Thomas et le Froussard disparaît. Dans celle des joueurs, le cow-boy râle qu’il aime pas parler sentiments, mais il accepte. IRL, avec des petits D6 à lettres qu’il manipule depuis le début sur la table, Côme renomme la partie en DieFestenZHard En Quête D’Auteur.

Tiernan a disparu. McClane regarde le blessé sur la civière. Il a des fils électriques autour des poignets. Il joue le moment où le blessé se prend une flèche pendant l’attaque du fort : il joue le rôle du cow-boy principal, en cherchant son approbation à chaque phrase. McClane refuse de finir la scène : la mort d’un proche et le fait d’avoir à échanger des derniers mots avec lui, c’est trop close to home. Tellement close to home que dans la réalité Millevaux, McClane se retrouve sur la civière avec une blessure au ventre, alors que le personnage aux fils électriques a pris sa place autour du feu.

Le cow-boy joue son propre rôle dans un flashback où son frère Hermann (joué par McClane cette fois) et lui ont quitté la ferme de leur mère (jouée très faux par Le Froussard) en la laissant seule.

Dans la Tour de Piège de cristal, totalement vide, Tiernan déambule et appelle les autres. Se rendant compte qu'il est seul, il marmonne un « Yipee-kay-yay » triste.

Dans le cinéma, le feu s’est éteint et le jour s’est levé, aplatissant les ombres et colorant la scène de gris. Les cow-boys ont disparu, les lambeaux de l’écran s’agitent. Sur la civière, McClane (ou Hermann) sort de sa poche une pomme de pin et la laisse rouler aux pieds du Froussard. Ses yeux se vitrent. Il meurt.

Le Froussard veut sortir par l’issue de secours. Il ouvre la porte... (Thomas s’arrête avant de décrire ce qu’il y a derrière).


Débrief Eugénie

J’ai beaucoup aimé cette partie. Au-delà du dispositif et des expérimentations, on a réussi à jouer une très belle ambiance Millevaux (qui ne transparaît pas dans le CR) : les personnages avaient de l’épaisseur, le cinéma était à la fois un refuge et un endroit mystérieux, le danger rôdait dehors sans qu’on sache jamais ce que c’était, et jouer/raconter était quelque chose d’important pour eux. Le « cercle magique » prend un sens assez puissant dans Millevaux.

Côme et moi étions partis sur une incompréhension de la contrainte en pensant que les cow-boys devaient infiltrer le niveau Piège de Cristal (et on n’y parvenait pas). On a compris à peu près au même moment que c’était sur le plan Millevaux que ça devait se passer.

Les allers-retours entre les différentes strates étaient assez faciles et assez clairs, un genre de quadrithéâtre imbriqué avec la table IRL, Millevaux, Piège de Cristal, le Western. Et j’ai beaucoup aimé la porosité de certains détails (le 3e joueur devenant McClane petit à petit, puis devenant Hermann… la pomme de pin de Millevaux s’incrustant dans Piège de Cristal puis revenant dans Millevaux, Tiernan projeté dans son propre jeu, etc.). [Note de Thomas : Si tu me permets, c’est en fait assez différent du trithéâtre ou c’est la même histoire avec des skins d’univers qui changent, ici, on est sur des histoires gigognes. C’est plus proche de Si par une nuit d’hiver un voyageur ]

Dans la série « Inflorenza est magique » : je prends une brouette de dés pour un conflit alors que Thomas dit « Je t’aurai avec une seule balle » en lançant un seul dés, jeté à bout de bras et sans regarder, comme quelqu’un qui a peur de tirer avec une arme à feu. Et il fait un sacrifice.

Thomas a utilisé sa phrase « J’ai empêché Eugénie de jouer le ravin » pour participer à tous mes conflits et j’ai galéré à trouver des « souffrances badass » comme imposé. Mais quand il la raye enfin après un sacrifice, c’est pile poil le moment où mon personnage prend la place d’Hermann sur la civière et se prépare à mourir d’une blessure au ventre. Juste beau.

J’ai découvert et évoqué le meurtre passé commis par mon perso au détour d’une phrase, « McClane ne tue pas, lui » et en décrivant comment la voix de mon perso changeait de timbre pour décrire le terroriste simplement ligoté et bâillonné « comme s’il revivait un souvenir ». J’ai cru que tout le monde avait capté mais Thomas a découvert le truc sur le CR. Autant pour la connexion totale :)

Plus tard, quand je précise que le blessé sur la civière a des fils électriques aux poignets, je veux glisser l’idée que le blessé est un mix du terroriste neutralisé par McClane et de la personne que le 3e joueur se souvient avoir tuée, dans un passé qui lui appartient. L’idée est brouillonne et personne ne tilte. Mais quand on en reparle au débrief, on réalise que le blessé sur la civière était en réalité un des preneurs d’otages de Piège de cristal se faisant passer pour un des otages afin d'être évacué avec les autres. Et ce personnage a réussi son coup, puisqu’il a disparu avec les cow-boys et qu’on ne s’en est rendu compte qu’au débrief !


Débrief Côme

Ça faisait un moment que j'avais envie de jouer des personnages paumés dans une fiction dont l'auteur s'est barré, la proposition de jeu ne pouvait donc que m'attirer. Bon, il se trouve qu'au final j'avais mal compris le principe, mais ça m'allait très bien quand même ! J'avais lancé l'année dernière l'idée de faire du Die Hard dans Inflorenza comme un défi (après Bridget Jones, jusqu'où peut-on aller ?) alors un double défi c'était encore mieux.
Au final je suis content qu'on ait mixé les deux contraintes car du Die Hard tout seul ç'aurait été un peu plat, où en tout cas du « déjà joué » (et il paraît que chez les joueuses en performance, dont je ne fais pas tout à fait partie, c'est tabou !).
J'ai eu du mal à rentrer dans le jeu au début, n'ayant pas de personnage fixe dans la couche Die Hard, et du coup peu de choses à amener à la fiction. Ça s'est beaucoup mieux passé quand j'ai trouvé une bonne façon de jouer Tiernan (c'est le metteur en scène, il veut que tout se passe comme prévu) et que je me suis emparé du cow-boy râleur.
La force de ce genre de mind-fuck c'est d'être poussé par les autres dans des endroits imprévus : par exemple la force à la chouine de Thomas qui oblige le cow-boy à revivre ses souvenirs, d'abord en râlant et au final en pleurant. Ça m'a également forcé à remiser Tiernan dans l'arrière-plan (je me voyais mal jouer deux personnages en même temps), ce qui a amené à une chouette idée pour conclure la partie (je trouvais qu'on s'était un peu trop éloigné de Die Hard depuis un moment).
Alors on n'a pas atteint les sommets du mont Mind-Fuck où on a déjà plantés nos drapeaux, parce que par souci de ne pas perdre Thomas, je me suis refusé à plier la feuille où on avait noté les différents niveaux de réalité, ou à pervertir les règles de lancer de dé. Ce qui n'était peut-être pas plus mal !


Débrief Thomas

C’est typiquement le genre de parties où le compte-rendu avec fiction, mécanique et méta imbriqués prend tout son sens !

Pour le final, je ne décris pas ce que voit le Froussard en sortant du cinéma. Spoiler : j’imaginais qu’il découvrait l’appartement d’Eugénie.

Pour la petite anecdote, je viens de retrouver le nom de la pièce que sont censés jouer les acteurs au début de Six Personnages en Quête d’Auteur. Elle s’appelle… « Le jeu des rôles » :)

Cette partie me rappelle un peu une finale de l’émission Top Chef, quand les derniers candidats réalisent un menu de festin en assemblant et revisitant tous leurs plats signatures… C’était un peu notre festin de cuisiniers du vertige logique :)

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