Improvisation rôliste vs improvisation musicale

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LeRat
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Improvisation rôliste vs improvisation musicale

Message par LeRat » 04 janv. 2019 10:55

Salut les alter-rolistes,
Je soumets ce texte à votre lecture bienveillante, j’avais pensé à le proposer pour le Frankenzine mais trop long, sans doute puéril et pas sûr de sa pertinence, ni du ton… Par ailleurs, je ne suis pas un adepte des théories et concepts rôlistes, je pose ici ma vision et mes interrogations d’autodidacte, merci de votre compréhension. Si vous avez des observations, si vous voyez des éléments qui manquent, des erreurs, n’hésitez pas !

Improvisation rôliste vs improvisation musicale, intérêt d’une comparaison ?

Agentivité mon cul !
L’improvisation est au cœur du jeu de rôle et de la musique. Le rôliste co-invente une histoire avec ses camarades au fil de la séance, le musicien partage la création d’une harmonie au sein de son groupe. Pourtant, la pratique mainstream de ces activités reflète-t-elle une si glorieuse réalité ?

Côté zic, dans la majorité des situations, le musicien se base sur la reprise de standards et, même pour une compo perso, l’orchestre suit une grille d’accords selon une tonalité préétablie. Par une réadaptation du morceau ou la personnalisation du solo, il demeure un beau potentiel d’improvisation, cependant l’exercice a davantage les traits d’une prestation de théâtre qu’un jeu de rôle. A un degré moindre, côté jdr, la séance se joue généralement à la baguette d’un meneur et dans le sens d’un scénario préparé, ce qui limite la liberté et cadre l’improvisation du joueur. Pourtant, ces deux activités connaissent des pratiques plus libres, exigeantes et surprenantes qui ne se contraignent ni de scénario, ni d’autorité, construisant leur propre musique brique après brique. On les associe parfois à des courants ou styles (jazz, musique improvisée, jeu de rôle sans meneur, storygame…), et au-delà ce savoir-faire repose sur l’intention, l’humeur et l’aptitude du groupe de joueurs.

A noter, si la pratique traditionnelle s’avère parfois une étape nécessaire pour gagner en technicité et compétence d’improvisation (en musique, c’est une certitude), son confort est sa puissance. C’est vrai quoi, une reprise pépère ou un jdr les pieds sous la table, ça ne fait pas de mal de temps en temps, bordel !

Intuition et mécanique
La musique peut-elle se nourrir du jeu de rôle pour améliorer ses conditions d’improvisation ? La musique est intuitive, profondément. Elle ne connait ni système, ni mécanique. C’est joli, dit comme ça, pourtant un peu de rouage ne lui ferait pas de mal. Car, malgré la liberté que lui offre son art, le musicien se restreint plus ou moins consciemment dans ses habitudes, son expérience, ses compétences, dans la syntaxe de son style de prédilection, bref il a tendance à tourner en rond. Pour s’en libérer et co-créer sous contrainte, il pourrait parfaitement exploiter des tables aléatoires, comme l’utilisent de nombreux jeux de rôle. Imaginons une table pour les accords, le style, le rythme, la nuance, il lance les dés et paf, le musicien sort de sa zone de confort, il se réapproprie à sa manière un genre dont il ne connait pas les arcanes, il explore de nouvelles contrées musicales. Rappelons en passant qu’un musicien, Brian Eno, a déjà co-développé dans les années 70 les stratégies obliques, un jeu de cartes contenant des aphorismes destinés à stimuler la pensée créatrice, sans doute un peu cryptique dans la forme.

J’ai déjà dit que la musique est intuitive ? Durant une impro, le musicien ressent l’évolution de l’intensité, il magnifie son sens de l’anticipation au fil de son expérience de groupe. Cependant, les ratés sont légions, le batteur manque le calme soudain et continue seul son vacarme, ah les batteurs… Alors que le théâtre d’improvisation, certains GN ou jeux de rôle exploitent des signes gestuels pour communiquer, il n’existe pas d’équivalent chez les musiciens, mis à part les clins d’œil qui risquent de renfrogner la bassiste ou les grimaces à faire pâlir De Funès. Quant au soundpainting, il ne s’adapte qu’à la direction d’orchestre. Par conséquent, pourquoi ne pas prévoir 4 ou 5 signes rapides de la main, du genre, plus d’intensité, moins d’intensité, continuer, on arrête, faire attention…

Narration et alchimie
Le jeu de rôle peut-il se nourrir de l’improvisation musicale pour enrichir sa palette ? Ce que peuvent faire les musiciens (mis à part d’excellentes grimaces) et pas les rôlistes, c’est jouer simultanément. Sauf certains cas extrêmes de parties et-vas-y-que-je-te-coupe-la-parole-c’est-la-loi-du-plus-fort, une séance normale de jdr permet à chaque joueur d’enchaîner et respecter les prises de parole. En reformulant la question initiale, un jeu de rôle peut-il permettre à tous les joueurs de tenir un rôle actif en même temps ? à part au travers de l’écoute, la réflexion, l’anticipation, la prise de note, la gestion de l’inventaire… euh bon, en fait, ma question est con. Je re-reformule : un jdr peut-il permettre à tous les joueurs de co-créer en même temps à l’instar du musicien dans son orchestre ? un joueur peut-il par exemple peser sur la narration sans parler ?

Souvent, l’objectif d’une partie de jeu de rôle consiste à passer un bon moment entre copain et vaincre l’adversité. De son côté, l’improvisation musicale a un but principal : rechercher une alchimie de l’ensemble des instruments, on peut appeler ça l’harmonie, la synergie, la symbiose, peu importe. Cet esprit de corps se manifeste notamment au travers du groove (sens du rythme de la phrase musicale, maîtrise des silences), de l’intensité (puissance, densité du son) et des notes (émotion). Pourquoi le jdr ne s’imprègnerait-il pas davantage de cette quête d’une alchimie ? C’est ce que font déjà certains jeux et joueurs, dont l’objectif est de produire une belle séance, esthétique, à jouer en harmonie.

La comparaison a ses limites, bien sûr, ces activités diffèrent en de nombreux points. Cependant, en poussant la logique – et pour conclure, ne peut-on pas imaginer un concept de jeu de rôle réunissant l’improvisation rôliste et l’improvisation musicale ? un jeu où les musiciens se mettraient au diapason de la narration, où la narration évoluerait en fonction de la couleur de la musique ? Ce serait à la fois une expérience, une performance et un bien étrange spectacle !

thomas munier
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Re: Improvisation rôliste vs improvisation musicale

Message par thomas munier » 05 janv. 2019 16:27

Je trouve ton article très intéressant et il ouvre beaucoup de pistes !

Je ne connaissais pas les stratégies obliques et le soundpainting, c'est passionnant.

Je suis totalement en accord avec toi sur l'intérêt que pourrait présenter un mélange d'impro rôliste et d'impro musicale.

La semaine dernière, j'ai fait une expérience de JDR chamanique avec un son et lumières (une vidéo de forêt sur laquelle on avait rajouté une bande-son musicale) en s'accompagnant au tambour chamanique. Le tambour a apporté une dimension géniale. Notamment, je me suis essayé à décrire l'arrivée d'un monstre et je me suis arrêté de parler tout en frappant sur le tambour de façon de plus en plus pesante. La musique apportait un chaînon narratif manquant, c'était super intéressant. Perso j'ai vraiment envie d'expérimenter davantage avec les percussions. Le truc bien avec les percus, c'est que tout le monde peut en jouer, donc on peut faire participer tout le monde.

De façon plus ambitieuse, en GN, je veux inviter de plus en plus les personnes à amener des instruments de musique pour jouer in character, et j'ai aussi pour projet de faire venir des musiciens qui produiraient une musique de fond, out of character.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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LeRat
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Re: Improvisation rôliste vs improvisation musicale

Message par LeRat » 07 janv. 2019 08:58

Merci pour ton retour, Thomas !
Je vois que tu es toujours en perpétuelle quête d'expérience unique. :-)
En effet, la percu est un instrument accessible à tous, c'est un bon medium pour permettre aux joueurs non musiciens d'utiliser la puissance de la musique dans une partie.

Valentin T.
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Re: Improvisation rôliste vs improvisation musicale

Message par Valentin T. » 08 janv. 2019 09:18

Merci pour cet article !
Je partage largement ton intuition, de mon côté je considère toute communication humaine comme relevant plus de l'orchestre sans chef que du télégraphe. D'ailleurs, cette intuition est largement développée par Yves Wilkins dans son livre très accessible intitulé "Anthropologie de la Communication".

Un certain Maxime a développé un jeu sans MJ mêlant improvisation avec instruments et improvisation d'un conte chamanique, intitulé "Parmi les Esprits". J'y ai joué à plusieurs reprises, et c'était à chaque fois une expérience incroyable. Il est dispo ici : https://drive.google.com/file/d/0B5hEjK ... lZmlr/view

LeRat, est-ce que tu souhaites des critiques de ton articles ?

LeRat
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Re: Improvisation rôliste vs improvisation musicale

Message par LeRat » 08 janv. 2019 20:33

J'ai failli jouer au jeu de Maxime avec lui mais ça n'a pas pu se faire, dommage, car il a l'air vraiment très très intéressant !

Sinon, pour la critique, pas forcément, je ne suis pas sûr que mon texte en vaille la peine.
En gros, j'ai dit ce que j'avais à dire, à ma manière ; si ça peut inspirer qqun, c'est cool, sinon pas grave. ;)

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