Utopies et Alibis

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Farane.Chaotique
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Utopies et Alibis

Message par Farane.Chaotique » 01 sept. 2018 19:50

Bonjour, Félix m'a demandé si je pouvais lui dire des trucs sur l'alibi.
Voici un état de ma réflexion. J'ai pas de conclusion, parce que c'est encore en cours.
J'espère que ça vous sera utile.
Bisous

Un autre lieu, un·e autre moi

« Nous sommes toutes sortes de personnes. Un personnage, c'est la personne que nous sommes lors d'un GN. » 
Eirik Fatland

« Quand tu es possédé.e par un esprit, ta parole est libérée. Quand tu parles, pour les autres c'est l'esprit qui s'exprime, ça veut dire que tu peux faire et dire des choses très transgressives, on ne t'en tiendra pas rigueur. » 
Thomas Munier

« Pour les GNistes tradi, t'as le GN idéal, où t'es super hypée parce que tu rêves d'être un sorcier ou d'être un prince. Et nous, on rêve de se maraver entre meufab, poilues et déguisées n'importe comment. » joueuse anonyme

En 2016, j'ai joué Just a little lovin, un jeu de rôle Grandeur nature sur l'arrivée du SIDA dans la communauté gay des années 1980 à San Francisco. Ce jeu demande un certain investissement : deux jours d'ateliers, trois jours de jeu, une demi-journée de débrief, une soirée et une matinée de clôture. Une semaine en vase clos, à interpréter la naissance d'une communauté. Une semaine à voir nos potes crever du SIDA.

Je jouais Douglas, alias Dutch, un garçon qui traîne avec des lesbiennes. Tous les matins, j'enfilais un binder pour aplatir ma poitrine et passer pour un mec. Je l'avais acheté pour l'occasion. Je m'étais aussi coupé les cheveux « à la garçonne ». J'avais emprunté des fringues de mec. On m'a genré au masculin pendant trois jours, non stop. J'évoluais dans un groupe de filles, dans lequel il était admis que j'avais ma place, quand bien même j'étais un mec. J'ai co-construit une histoire d'amour avec un mec, ma première histoire gay.

Quand le jeu a été terminé, je n'ai pas pu enlever mon binder. Je l'ai gardé tout le long du débrief, et quelques heures plus tard. C'était bizarre d'entendre les gens me genrer au féminin. Deux ans plus tard, j'ai entamé une transition sociale en l'annonçant publiquement sur facebook.

En arrivant sur Just a little lovin, je me posais déjà des questions sur mon genre. J'avais joué, en 2013, un garçon trans sur Mad about the boy. Début 2016, j'avais joué un lord anglais sur Still water runs deep. Si les personnages pouvaient me sembler proches de moi, les univers de jeu (post-apo et Régence) différaient totalement de ma réalité quotidienne. Sur le Jall, la longueur du jeu, la proximité temporelle, les parallèles évidents entre la contreculture queer et la contreculture geek, les enjeux du personnage, le niveau de costume investi de mon côté, ou peut-être juste le fait que j'étais prêt...

« Il y a eu un avant, et un après le Just a little lovin ». Mes fréquentations ont changé. Mon look a changé. Mon genre a changé. Mon orientation sexuelle a changé. Alors quoi ? Comment ? Pourquoi ?

I. Ça vaaaaa, c'est qu'un jeu lol

Les actions que nous faisons dans le monde du jeu n'ont aucune conséquence sur notre vie. Ce monde est séparé du nôtre. Nous pouvons tuer, battre ou violer dans le monde du jeu, aimer, pleurer ou perdre, et nous restons impunis. Tout ces crimes inhumains, que les Romains appelaient nefas (différent du crime ordinaire, scelus), sont commis par des êtres inhumains, des monstres.

Les théâtres du jeu, comme le théâtre de Sénèque, reposent sur cet aveu de l'extra-ordinaire. Médée peut tuer ses enfants, Thyeste manger ses fils, tout cela n'est pas vrai, tout cela n'est vrai que le temps du rituel théâtral. Dans un jeu, qu'il soit de rôle papier ou grandeur nature, c'est pareil. On délimite un cercle magique, pour bien délimiter le fait que le monde du jeu, ce n'est pas le vrai monde de la réalité véritable. Que ce n'est pas nous qui tuons, c'est notre personnage. Que ce n'est pas nous qui violons, c'est notre personnage.

Et pourtant. Sommes-nous vraiment autre quand nous jouons ? Sommes nous vraiment ailleurs ? Nos émotions sont-elles vraiment celles de notre personnage ?

En 2016, avec deux amies (Marianne Cailloux et Leïla Teteau-Surel), nous avons lancé un sondage qui s'appelait Couple et GN. Nous avons reçu plus de 300 réponses, pour un questionnaire pourtant assez long à faire. Dans le cadre de cette étude, nous avons remarqué que le sujet de « ce qui est permis ou pas sensuellement » dans un jeu de rôle Grandeur nature est souvent discuté dans les couples. Pourtant, le monde du jeu, c'est pas le monde de la vraie vie véritable, non ? Y'a aucune conséquence, pas vrai ?

Peut-être que c'est un peu plus flou que ça. En 2017, j'ai écrit un texte qui s'appelle Comment protéger ta petite gueule quand tu fais un GN ?, dont voici un extrait.

« Notre pratique est dissidente, une dissidence du dimanche, qui dit « juste ce week-end ». Je serai célibataire ce week-end. Je serai un enfant ce week-end. Je serai soumis-e ce week-end. Pas dans la vie, non dans la vie je suis quelqu'un de bien. Dans la vie je suis raisonnable. Je suis pragmatique. Dans la vie j'anticipe les risques, je pèse le pour et le contre.
SPOILER ALERT : le GN, c'est dans la vie.
Et plus t'en fais, plus tu creuses le fossé entre toi et le monde. Les rituels païens auxquels nous nous livrons pour ensuite redevenir des moldus ne nous laissent pas indemnes. »

Et si en fait, le jeu était un territoire d'exploration des possibles ? (j'invente l'eau chaude, je sais) Un laboratoire d'alternatives ? Et si, en créant des jeux, on créait des hétérotopies en faisant croire que c'est des utopies ? Et si, en jouant des jeux, on expérimentait la fluidité de nos identités narratives ?

II . L'exemple du Lierre et la vigne

J'ai commencé le jeu de rôle papier et le jeu de rôle Grandeur Nature quasiment en même temps, et j'ai commencé à concevoir des jeux presque immédiatement après avoir découvert le médium, en 2008-2009. Depuis 2013, j'en ai fait ma principale activité.

En 2016, j'ai inventé un jeu qui s'appelle le Lierre et la vigne. C'est un jeu contemporain, où je propose aux participant·e·s d'interpréter une retraite artistique et polyamoureuse. J'ai organisé ce jeu six fois. Après chaque session, des participant·e·s ont bougé leurs lignes créatives, amoureuses, et politiques. Pourtant, ces personnes, elles venaient « juste jouer un jeu ».

Sur le Lierre et la vigne, aucun contact n'est simulé. On se touche vraiment. On se roule des vraies pelles. On a vraiment plusieurs amoureux·se·s. Et ça se passe bien.

Sur ce jeu, j'ai vu des hommes hétéros se rouler des pelles. Des gens qui ne créent jamais déclamer des poèmes à table, faire de la sculpture, peindre, danser. J'ai vu des adultes construire des cabanes de couette pour s'y faire des câlins et des bisous. Des omnivores manger vegan pendant tout un week-end. Des filles jouer des garçons, et des garçons jouer des filles. J'ai vu des gens pleurer de joie, se prendre en photo, se faire des déclarations d'amour. Juste, on ne s'appelle pas par nos vrais prénoms.

Après la dernière session en mars 2018, Saki a écrit et composé Sans nous voir, « la chanson du bleed ». Dans cette chanson, Saki décrit assez bien à quel point la frontière entre la fiction et la réalité est poreuse quand elle joue ce jeu.

« La tendresse était là, le désir aussi.
Laisse-moi donc t’expliquer la magie de l’alibi. »

III. Je(u) est un autre

Selon le Dictionnaire historique de la langue française, alibi est à l'origine un mot latin signifiant "ailleurs", dérivé adverbial de allius, "autre". Désignant depuis 1394 un substantif en droit, il permet à un homme de se dédouaner d'un crime en prétendant qu'il n'était pas sur les lieux lors des faits.

Carole Talon-Hugon, théoricienne du théâtre, parle dans ses travaux de la notion d’émotion feinte ; cette émotion est moins intense qu’elle pourrait l’être dans un contexte ordinaire, car elle naît dans un contexte sécurisé parce que séparé de la vraie vie. C'est tout l'enjeu autour de la catharsis : en feignant une émotion, en s'y confrontant avec un petit pas de côté, décalé, on la traverserait sans la vivre au premier degré.

La catharsis, c'est un peu la fête du slip. Tout le monde en parle, à tort et à travers, un peu comme le bleed. « Ouah c'était trop cathartique comme jeu, j'ai pu me défouler en tapant des gobelins ». « Ce week-end j'ai trop bleedé sur mon partenaire de jeu, on a du débriefer pour être bien sûr qu'on était pas amoureux ».

C'est pas très scientifique comme concept, la catharsis. En fait, ça vient d'un bouquin d'Aristote, qui s'appelle la Poétique, dans lequel il explique qu'on va au théâtre pour se purifier de ses pulsions. Une parenthèse de débauche dans une vie de servitude. C'est politique en fait. C'est d'ailleurs l'idée que développe Florence Dupont dans Aristote ou le vampire du théâtre occidental (à moins que ce soit dans Homère et Dallas : Introduction à une critique anthropologique, je sais plus et j'ai pas eu le temps de vérifier), qu'en gros si toute la Cité était réunie dans l'amphithéâtre, du plus riche notable à l'esclave, c'était comme pour le carnaval : du pain et des jeux, et après, au boulot.

En fait, moi je pense que la catharsis, c'est pas « un effet produit par l'identification au personnage », une sorte de truc inévitable et automatique dès qu'on est confronté à une fiction. Pour moi, la catharsis, c'est un rituel. On incante la catharsis comme on déclamerait une formule magique.

Je vais le dire autrement : on pleure parce qu'on vient pour pleurer. Les poètes seront plus ou moins doués pour nous y aider, mais il y a une adhésion de principe, une sorte d'hypnose collective qui dit « je pleurerai ». On vient au Lierre et la vigne pour aimer et créer. On joue Love is all pour se rouler des pelles. Et l'alibi, c'est un des ingrédients de la formule magique. Il n'y a pas d'en jeu, ni d'hors-jeu. Les émotions ne sont pas « purgées en étant jouées pour de faux ». Elles sont acceptées en étant vécues pour de vrai. Mais faut pas le dire. Faut dire que c'est un jeu.

C'est le paradigme que j'ai en tête quand je conçois mes GN. Je conçois des hétérotopies, que j'appelle utopies. J'invite les gens à expérimenter une identité de genre plus fluide, et je mens en disant « les filles peuvent jouer des garçons ». Tout le monde mange vegan tout le week-end, et je dis « la bouffe en jeu c'est normal, personne ne se plaint qu'il n'y ait pas de viande ». N'empêche, c'est des vrais animaux qui sont pas butés.

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[kF]
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Re: Utopies et Alibis

Message par [kF] » 01 sept. 2018 22:55

Merci pour ton texte ! Ca confirme et développe bien ce qu'il me semblait avoir compris. Ton premier exemple touche tout proche - j'ai de vieux questionnements de genre qui sommeillent dans un coin de la tête, et j'ai joué il y a deux jours mon premier rôle féminin en GN qui a été l'occasion de porter une robe et du maquillage quelques heures durant. Une expérience souhaitée et anticipée s'il en est. Ca rejoint aussi ce que dit Sélène dans les podcasts sur les personnages, sur le jeu comme espace d'expérimentation.

Comment vois-tu l'interaction entre alibi et sécurité émotionnelle ? L'impression que j'ai c'est que tu cherches le jeu le plus honnête possible, donc si c'est un jeu où on s'embrasse, alors on assume d'y jouer parce que c'est effectivement ce dont on a envie (par opposition à la posture qui consisterait à dire c'est seulement pour rendre le jeu plus intense). En fait ce que tu mets en lumière c'est qu'en jeu on se trouve dans un espaces où les transgressions ne sont plus du tout les mêmes, et où les limites de l'acceptable sont redéfinies.

Question : depuis que tu as théorisé cette notion, a-t-elle un impact dans ta pratique ? En parles-tu avec les autres joueuses avant de faire des GN avec, par exemple, un fort engagement du corps ?
Ristretto Revenants : le blog des fragments rôlistes confus.

Farane.Chaotique
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Re: Utopies et Alibis

Message par Farane.Chaotique » 02 sept. 2018 00:23

Comment vois-tu l'interaction entre alibi et sécurité émotionnelle ?
J'ai enregistré un podcast qui s'appelle L'alibi ne couvre pas la baise par rapport à la question des capotes sur le Lierre et la vigne. Étant donné que le jeu que je propose invite à la sensualité, l'attitude d'orga responsable, c'est de mettre des capotes à disposition. Or, le sexe est interdit pendant le jeu. Est-ce qu'indiquer qu'il y a des capotes, c'est pas un peu inciter à la baise (ou, au moins, envoyer des signaux contradictoires) ? J'ai encore du mal à résoudre cet enjeu.
L'enjeu de ce jeu n'est pas sexuel. Mais il est sensuel. Et la frontière entre la sensualité et la sexualité est poreuse... AAAHHHHH !!!!

Pour répondre plus largement à ta question (oui parce qu'on s'en fout de ton jeu Lille), je crois en effet que l'honnêteté de la note d'intention, ça aide. Lucie Choupaut et Stéphanie Ailloud sont très claires, par exemple, sur l'intention du jeu Compagnie Lou Cheyenne : quatorze jours de danse contemporaine : il s'agit d'un alibi pour faire découvrir leur passion commune pour la danse contemporaine.

Il y a une culture (voire un culte) du secret dans le milieu rôliste/Gnistique. Personnellement, je crois que l'alibi est encore plus fort quand on fait de la joueuse une complice du crime. Cela lui permet de gérer son implication émotionnelle, et de voir à quel point elle veut s'abandonner. C'est pas pour rien qu'on pratique le BDSM avec des contrats.

depuis que tu as théorisé cette notion, a-t-elle un impact dans ta pratique ?
Oui grave. La dernière réécriture du Lierre (oui le jeu change en permanence, je n'aime pas les choses figées), les personnages n'ont plus une fiche de perso en mode "romanesque" comme c'était le cas avant. Maintenant, un personnage se résume à une suite de déclarations d'amour d'autres personnages. Donc, les personnages n'existent quasiment plus que dans l'interaction avec les autres. Il n'y a plus d'intériorité. Parce que l'intériorité, c'est celle de la joueuse. Je me rapproche vraiment de plus en plus de "on dirait que tu t'appellerais Justine"

En parles-tu avec les autres joueuses avant de faire des GN avec, par exemple, un fort engagement du corps ?
Yep. Quand j'ai joué Love is all j'ai expliqué à mon partenaire que pour moi rouler une pelle c'était un acte sexuel. Il a dit "pour moi aussi".
Plus généralement, même au delà des GN, je suis du genre à verbaliser mon attirance, à ritualiser les interactions, à proposer des jeux pour se pécho, en disant qu'il s'agit de jeux pour se pécho. Bref, je suis un peu bourrin :D

et sinon...

J'ai écrit un jeu de poésie érotique en 2017, qui s'appelle Je ne dirai plus jamais je t'aime, et j'ai conçu une suite confidentielle qui s'appelle /la danse (prononcé "Slash la danse") qui est, en gros, une expérience d'expression corporelle dans le noir sur de la musique électro, sans aucune parole. Cette suite a été jouée pour la première fois à LaboGN2018 (et ne sera certainement jamais rejouée), et les trois participant·e·s ont vécu une expérience érotique très intense. Il était très clair pour elleux trois, avant de jouer, qu'il y avait des enjeux de séduction. Il était clair pour deux des participant·e·s sur trois qu'il ne pouvait y avoir d'histoire d'amour dans la vraie vie du vrai monde.

Je crois que dire "vous allez vous aimer le temps d'un jeu" c'est très très puissant comme magie.

Arjuna Khan
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Re: Utopies et Alibis

Message par Arjuna Khan » 03 sept. 2018 11:43

Intéressant. Je ne suis pas sure que love is all soit un alibi pour se rouler des pelles mais ça semble avoir été le cas pour toi ayant joué au jeu. Ca rejoint un peu mon point de vue sur le fait que le jeu de rôle puisse être un langage ou un rituel comme tu le dit si bien. C'est à dire que parfois un jeu est avant tout un prisme pour parler de quelque chose ou exprimer quelque chose. Surement que love is all a été pour moi un bon outil pou explorer certaines angoisses affectives par exemple quand le moment du baiser a été extrêmement anecdotique pour moi.

Ça me rappelle cette partie d'happy together où on s'étais imaginé avec une amie de pouvoir vivre une romance gay impossible et que c'étais ma foi une belle manière de se dire adieu :

https://lesateliersimaginaires.com/foru ... =91&t=3812

Ou dans le même style mes parties de island in a sea of solitude qui ont surement un bon outil pour explorer le deuil et qui m'a permis de partager des trucs forts avec des gens avec qui j'avais peu d'atomes crochus que je détaille un peu dans ce podcast :

http://toutlemondesontrolistes.blogspot ... itude.html

Un peu dans le prolongement de tes réflexions farane. Je me demande si ce que tu met derrière le terme alibi n'est pas aussi juste la recherche d'un langage ou d'un média permettant d'exprimer des choses difficilement exprimable émotionnellement ou juste impossibleà exprimer avec des mots ou des moyens traditionnels.

Farane.Chaotique
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Re: Utopies et Alibis

Message par Farane.Chaotique » 03 sept. 2018 17:40

"Je me demande si ce que tu met derrière le terme alibi n'est pas aussi juste la recherche d'un langage ou d'un média permettant d'exprimer des choses difficilement exprimable émotionnellement ou juste impossibleà exprimer avec des mots ou des moyens traditionnels."

Interessant.

Eugénie
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Re: Utopies et Alibis

Message par Eugénie » 03 sept. 2018 18:36

(passionnant, merci à vous)

thomas munier
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Re: Utopies et Alibis

Message par thomas munier » 04 sept. 2018 11:27

Farane.Chaotique a écrit :
03 sept. 2018 17:40
"Je me demande si ce que tu met derrière le terme alibi n'est pas aussi juste la recherche d'un langage ou d'un média permettant d'exprimer des choses difficilement exprimable émotionnellement ou juste impossibleà exprimer avec des mots ou des moyens traditionnels."

Interessant.
Il y a peut-être un parallèle à faire avec le jeu symbolique cher à Felix. Des fois, ce qu'on dit et fait en jeu, ben oui on le dit et on le fait en vrai, c'est un jeu-prétexte. Dès fois, ce qu'on dit et fait en jeu, en fait ça signifie autre chose. Une danse est en effet une provocation. Un deuil est une déclaration d'amour. En tant que monogame et m'interdisant au maximum de faire des déclarations d'amour (pour éviter de blesser des personnes en leur promettant ce que je suis incapable de leur offrir), je pense énormément par un langage symbolique, dont le jeu de rôle est le média. Et secrètement, ça me fait du bien de le dire, et secrètement j'espère que la personne en face ne comprend rien. Comme faire une confession dans le creux d'un arbre en espérant qu'il ne le repète à personne. Un jeu symbolique pour exprimer ce qu'on ne sait pas exprimer, et exprimer ce qu'on ne veut pas exprimer.

Ton billet sur l'alibi est très important, sur toute la ligne.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Farane.Chaotique
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Re: Utopies et Alibis

Message par Farane.Chaotique » 04 sept. 2018 13:39

thomas munier a écrit :
04 sept. 2018 11:27
Ton billet sur l'alibi est très important, sur toute la ligne.
oh comme cette déclaration sonne douce à mes oreilles, merci :)
il est question d'une publication sur Electro-GN, est-ce que vous pensez que des points spécifiques peuvent être creusés ?
Merci immensément pour vos retours.

atanaka
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Re: Utopies et Alibis

Message par atanaka » 04 sept. 2018 15:52

Je te propose un sous-titre : Le bleed n'existe pas. :mrgreen:

Sinon à la fin quand tu dis que tu conçois des hétérotopies que tu appelles utopies, je pense que ça mérite une petite définition ou une explication de texte. :)

Farane.Chaotique
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Re: Utopies et Alibis

Message par Farane.Chaotique » 06 sept. 2018 16:07

atanaka a écrit :
04 sept. 2018 15:52
Je te propose un sous-titre : Le bleed n'existe pas. :mrgreen:
haha, tmtc que c'était la catch phrase polémique sur mon badge cette année à LaboGN 2018 !

sur l'hétérotopie et l'utopie : je m'y connais pas très bien, mais en gros l'hétérotopie c'est un lieu en dehors du monde, dans lequel les règles et les normes ne s'appliquent pas (hétérochronie c'est un temps en dehors du monde, genre le carnaval). Exemple d'hétérotopie : le stade de football, qui répond à un ensemble de règles et de rituels qui en dehors du stade n'ont pas cours. C'est un concept de Foucault, si des gens veulent venir l'expliquer mieux que moi...

quand je dis "je créé des hétérotopies que j'appelle des utopies", au delà de la punchline, ce que je veux dire c'est "l'utopie est censée n'exister en aucun lieu. Je dis "c'est pour de faux", mais en fait, ça fait partie du rituel de création de l'hétérotopie, c'est à dire d'un lieu alternatif". En gros.

J'arrête pas de turbiner depuis quelques jours.
"Porter des masques pour agir plus librement"
Je réfléchis à l'engagement du corps là-dedans, parce que c'est vraiment un des points qui m'intéressent le plus, vu qu'il est très très tabou, mais je pense que c'est vrai avec les mots. Les mots comme des masques qui dévoilent (waw trop beau je vais le mettre en signature avec des lettres de sang).

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