[Psychomeurtre] Où est John Feuerfreïe ?

Pour poster les compte-rendus de vos parties
thomas munier
Messages : 1026
Inscription : 02 févr. 2017 16:28
Prénom : Thomas

[Psychomeurtre] Où est John Feuerfreïe ?

Message par thomas munier » 16 mars 2019 18:18

OÙ EST JOHN FEUERFREÏE ?

Une partie solo textuelle par Damien Lagauzère à l’ampleur d’une longue nouvelle, fresque autour du pire serial killer des États-Unis et de la mystérieuse secte qui a inspiré ses crimes : le Choeur Noir. Joué avec Psychomeurtre, Le Témoignage, Quill, Muses et Oracles, Imagia, les cartes Folies de L’Appel de Chtulhu, Terres de Sang et Lacuna.

Avertissement : contenu choquant (voir trigger warnings après l’illustration)


Télécharger le récit de partie au format pdf

Image
thomas hawk, cc-by-nc, sur flickr.com

Trigger warning : meurtre, viol, séquestration, violence


L'histoire :

En 2008, l'agent du FBI John J. Feuerfreïe procède à l'arrestation du serial killer qui sera par la suite plus connu sous le nom de Butcher's Harem.
Quelques mois plus tard, John J. Feuerfreïe disparaît sans laisser de traces. L'enquête menée par le bureau ne donne rien. Feuerfreïe s'est volatisé, il est introuvable. Il laisse derrière lui son ex femme et sa mère, âgée et dont il avait la charge, souffrant de diverses phobies et manies.

En 2014, le Butcher's Harem purge sa peine dans un établissement psychiatrique de haute sécurité. Il est conduit d'urgence à l'infirmerie en proie à une crise de démence. Les propos qu'il hurle sont incohérents. Des témoins rapportent néanmoins qu'il a évoqué la disparition de celui qui l'a arrêté. « Il est dans le Chœur ! Il est dans le Chœur Noir ! » hurla-t-il avant de sombrer dans un coma dont il ne s'est jamais réveillé. Le Butcher's Harem est en effet décédé quelques jours plus tard, d'un arrêt cardiaque inexplicable.

En 2018, un anonyme poste sur un forum ce qu'il déclare savoir quant à l'arrestation du Butcher's Harem par l'agent Feuerfreïe. Il signe son post « l'Agent Noir ».
Quelques temps plus tard, de nouveaux « Agents » font leur apparition sur la Toile et postent ce qu'ils déclarent savoir sur l'affaire et ce mystérieux Chœur Noir.

Au cas où l'agent Feuerfreïe serait toujours en vie, il est reconnaissable aux brûlures cicatricielles qu'on peut voir au niveau de son cou. Elles sont la conséquence d'un accident de voiture qui lui valu d'être brûlé sur une grande partie du corps. Par miracle, son visage a été épargné. Il a depuis une peur panique du feu. À l'époque, il se rasait le crâne.
Notons l'intérêt de l'agent Feuerfreïe pour les sciences occultes. Il s'intéresse à biens des aspects de l'ésotérisme et de l'occultisme, mais dans une perspective mêlant l'analyse par le prisme des sciences humaines et le jeu. Il a coutume de dire que ces ouvrages sont son « Star Wars » à lui. Il sait que c'est faux mais il prend du plaisir à s'y plonger.
Par respect pour les victimes et leur famille, certains noms ont été changé.
Pour préserver la tranquillité des habitants, les Agents ont pris soin de ne pas mentionner les localités où le Butcher's Harem a sévi.
Voici le compte-rendu aussi détaillé que possible que ce que moi, Agent Noir, a pu apprendre concernant les investigations menées par John J. Feuerfreïe et qui l'ont conduit à l'arrestation de celui qu'on a surnommé depuis le Butcher's Harem.

Le 14 avril 2008, l'agent John J. Feuerfreïe (JJFf) débarque sur une scène de crime dans un petit patelin en Arizona, proche de la frontière mexicaine. Le FBI a été contacté car, d'après le VICAP, des crimes similaires à celui-ci ont été commis dans d'autres états. JJFf est là pour le confirmer.
Il est donc midi quand JJFf arrive au cimetière local. Son humeur est comme le ciel, nuageux. Un cordon de sécurité a été installé autour de la tombe où on a retrouvé la victime. Le corps est d'ailleurs également toujours là, à la demande du FBI et au grand dam du légiste qui craint qu'une éventuelle averse ne souille le cadavre et ruine son travail.
JJFf note que la victime est sur le dos. Elle porte toujours ses vêtements, à savoir une robe courte et un léger débardeur. On devine aisément qu'elle ne porte pas (plus?) de soutien-gorge. Elle est blonde. On dirait bien que c'est sa couleur d'origine. Elle doit avoir environ 35 ans mais fait visiblement des efforts (réussis ?) pour en paraître moins.
Il n'y a pas beaucoup de sang sur les lieux. Toutefois, des plots numérotés indiquent quelques traces de pas (de lutte?) et de sang. Une piste à remonter ? Il n'y a pas de blessure apparente sur le corps. Se remémorant une autre scène de crime, JJFf pense que la victime a dû se débattre et être étranglée sur place. Les traces de sang seraient donc le reste d'une lutte entre la victime et le tueur.
À part ses vêtements, la victime ne porte aucun autre effet personnel.
Il y a un nom sur la tombe : Alfonso Diaz (1938-2003). un indice ?
JJFf fait finalement enlever le corps en vue de l'autopsie. La police scientifique commence à relever tout ce qu'elle peut d'empreinte et d'échantillon.
D'après le VICAP, ce crime fait écho à 7 autres présentant un nombre significatif de similitudes. Mais a-t-on pour autant nécessairement affaire au même meurtrier ? JJFf est convaincu que oui ! Il se rappelle en effet le dossier d'Ekaterina Caine, une femme dans la quarantaine dont la scène de crime présentait le même genre de traces de luttes près de la tombe où on l'a retrouvée.

À ce stade de l'enquête, JJFf pense qu'il est possible que le tueur travaille et que son emploi lui permette de voyage d'état en état. Aussi, il en profiterait pour tuer. À moins, qu'il ne vagabonde et tue au gré de ses voyage. Ou alors, il peut aussi planifier ses voyages en vue de commettre ses crimes. Pour autant, ses crimes restent centrés non loin de la frontière mexicaine. On a trouvé des corps en Arizona, en Utah, au Nouveau-Mexique et en Californie.
Dans la perspective d'un tueur exerçant une profession lui permettant de voyager, JJFf envisage alors de lister les entreprises dont le cercle d'activité s'étend aux états où on a trouvé des victimes.
Conformément à une de ses hypothèses, il s'avère que la victime a été empoisonné, puis étranglée au cimetière, comme miss Caine. Les victimes sont violées avant mais aussi après le décès, sur la tombe. Mais pourquoi déposer le corps sur une tombe d'ailleurs ? Cela montre que soit le tueur se sent assez puissant et en sécurité pour ce livrer à cet acte nécrophile au risque d'être surpris à tout moment, à moins qu'il ne perde là toute notion de prudence.
En tout cas, il semble que là, comme pour Miss Caine, il se soit trompé dans le dosage du poison. Il est donc possible que la victime se soit réveillée au cimetière et que le tueur ait été contraint de l'étrangler.

Voici ce que je sais, moi, Agent Rose, des agissements de Steve Franklin Seaburn, celui qu'on allait mieux connaître sous le nom de Butcher's Harem, avant son arrestation par l'agent Feuerfreïe.

21 février 2007, Nouveau-Mexique. Le temps est sec et doux. Une voiture est stoppée en plein carrefour à cause d'un embouteillage. Le chauffeur est agité. Le passager a l'air ailleurs. Faisant mine de reprendre ses esprits, il farfouille dans ses poches et en ressort un petit sachet de poudre qu'il jette sur les genoux du chauffeur. Celui-ci, nerveux, lui demande à quoi il joue. Le passager lui dit de rester cool. Il paie juste la course. Il n'est plus très loin, il finira à pied. Il n'y a pas de problème.
Le passager ouvre la portière et quitte le véhicule. Steve Franklin Seaburn, qui sera plus connu sous le nom de Butcher's Harem, se faufile entre les voitures en direction de sa prochaine victime.
À mesure que le tueur s'éloigne, le chauffeur retrouve son calme. Il sait ce que Seaburn va faire. Ce n'est pas la première fois qu'il fait le chauffeur pour lui. Il n'aime pas ça mais Seaburn le fournit en drogue alors...
Il reconnaîtra les faits devant la cour lors du procès du Butcher's Harem. Il sera par la suite condamné pour complicité.

Extraits des archives de l'Agent Noir :

La victime a été identifiée ! Il s'agit de Nina Ruiz, 37 ans, opératrice sur machine dans l'usine de pâte à papier implantée à la sortie de la ville. Son petit ami est pour l'instant injoignable. On s'est toutefois qu'ils se sont rencontrés dans une boite SM qu'ils fréquentent régulièrement.
Nina Ruiz n'est pas du coin. Elle est originaire de la côte est. Mais elle est en froid avec sa famille (rapport avec ses orientations sexuelles?) qui ne semble pas pressée de récupérer le corps.
L'autopsie a mis en évidence un petit tatouage entre les omoplates. Il ne s'agit pas de la zone d'action du tueur mais elle se situe non loin, un peu plus à l'est. La carte est entourée de petits symboles apparemment sans signification.
La victime a bien été empoisonnée. Mais le légiste n'a pas pu identifier le poison. Des analyses plus poussées sont nécessaires.
Concernant le profil des victimes, JJFf note les points communs suivants :
-elles ont toutes les cheveux longs (même s'ils sont de couleurs différentes).
-elles ont toutes les yeux noirs, sauf 2 victimes portant des lentilles colorées.
-si elles sont de tailles différentes, elles ont toutes la même corpulence plutôt fine et élancée.
-elles appartiennent toutes à la même classe sociale, plutôt populaire ou frange basse de la classe moyenne.
-elles étaient toutes connues pour fréquenter les bars et boites de nuit.
De son côté, JJFf ne trouve aucune entreprise dont le rayon d'action recouvrirait celui du tueur. Toutefois, la chronologie des meurtres montre qu'il change d'état à chaque passage à l'acte. Pour autant, il n'y a pas d'ordre qui apparaisse. Il n'est donc pas possible de faire une quelconque prédiction quant au prochain meurtre (sauf à dire que ce sera dans un autre état).
JJFf fait alors l'hypothèse que le tueur posséderait des planques, voire des complices, dans chaque état. Il avait tout d'abord pensé à un représentant de commerce ou au cadre d'une entreprise qui utiliserait l'avion pour se déplacer rapidement. Mais il finit par penser qu'il s'agit peut-être plutôt d'un routier. Dans ce cas, c'est du côté des entreprises de transport qu'il faut chercher. De plus, il n'est pas exclu que le tueur possède son propre véhicule, pourquoi pas aménagé en planque.
Il contacte donc les diverses entreprises de transport du sud de la Californie et proche de la frontière mexicaine. Pendant ce temps, la police locale écume les bars et relais routiers du coin à la recherche d'indices. Après plusieurs jours d'enquête infructueux, JJFf jette l'éponge et reconnaît s'être trompé quant à son profil.
Toutefois, il reste convaincu que c'est sa nécrophilie qui motive le tueur. Certes, il viole ses victimes aussi de leur vivant, mais l'autopsie révèle qu'elles sont alors inconscientes. Il s'agirait peut-être alors d'une sorte de répétition du fantasme, avant la mise en scène définitive durant laquelle il abuse du cadavre dans un cimetière.
JJFf contacte alors le bureau afin qu'on lui fournisse une bibliographie relative à cette paraphilie.

Voici le compte-rendu aussi détaillé que possible que ce que moi, Agent Vert, a pu apprendre concernant les investigations menées par John J. Feuerfreïe à propos du Chœur Noir.

John J. Feuerfreïe est passionné d'occultisme et d'ésotérisme depuis qu'il a lu, par hasard, Le Matin des Magiciens. Il a coutume de dire que c'est son Star Wars à lui. Les fans des trilogies sont capables de discuter pendant des heures des implications scientifiques et philosophiques de tel ou tel passage d'un film. John J. Feuerfreïe est capable d'en faire autant à propos d'un texte de Mme Blavatski ou de Papus. Et comme un fan de Star Wars, il sait bien que tout cela n'est que fiction. Mais ça l'amuse. Ça le stimule même. Il se surprend à interrompre sa lecture pour réfléchir et ça lui plaît. Bon enfant, il enchaîne les ouvrages sur les soucoupes volantes, les spirites et autres sociétés secrètes. Pour ne pas paraître trop farfelu aux yeux de son entourage, il met tout ça en lien avec son cursus en sciences humaines. L'ésotérisme comme objet d'étude, ça passe mieux.
Ce soir, il parcourt un article de la revue L'Univers de l'Alchimie – L'Alchimie de l'Univers. Il est fasciné par ce mème récurrent qu'on retrouve dans bien des traditions hermétiques selon lequel l'homme est un microcosme du macrocosme qu'est l'univers. Il s'intéresse notamment à la « plasticité » de ce mème qui lui permet de se transformer, muter, pour rester adapté à un environnement socioculturel en perpétuelle évolution tout en « restant lui-même ». C'est un des thèmes dont parle cet article. Comme souvent, c'est bourré de références aux soi-disant expériences occultes menées par les nazis durant la guerre. Toutefois, son regard se pose sur un terme qu'il lit pour la première fois : Le Chœur Noir.
Ce « Chœur » est juste mentionné. L'auteur ne dit rien de plus à ce sujet. John J. Feuerfreïe poursuit sa lecture, se promettant de googler cette expression dès que possible. Est-ce un groupe ? Une société secrète ? Un lieu ?
C'est à partir de ce moment là que John J. Feuerfreïe a commencé à développer ce qui allait être diagnostiqué par la suite comme une monomanie concernant ce fameux Chœur.

Extraits des archives de l'Agent Noir :

Après plusieurs jours sans avancer dans son enquête, JJFf finit par comprendre son erreur. Trop occupé à vouloir trouver dans quel état aura lieu le prochain meurtre, il s'est focalisé sur les déplacements du tueur et a oublié de se poser une question essentielle : s'agit-il d'un tueur organisé ou désorganisé ? Pour le savoir, il fallait repartir de la scène de crime.
Le tueur enlève ses victimes, les viole, les empoisonne, les conduit dans un cimetière et le viole à nouveau pour les abandonner sur une tombe. Et ce, 7 fois sans jamais se faire surprendre. Hasard ? Peu probable. Il doit connaître les habitudes des gardiens des cimetières. Pour ça, il a dû passer du temps à les observer eux aussi pour préparer sa mise en scène. Il a donc tout planifié.
Il apparaît alors possible, et même probable, que le meurtre soit précédé d'un séjour en ville plus ou moins long, le temps de choisir sa victime et d'observer les différents témoins possibles.
Comme il a tout planifié, et ne s'est toujours pas fait prendre, il doit avoir une certain assurance renforcée par le sentiment de toute puissance que lui confèrent la nécrophilie et le meurtre. Notons pour autant que l'empoisonnement montre une certaine « distance » par rapport à l'acte. On est très loin de la sauvagerie de certains tueurs. Là, il y a un côté « clinique » dans la chose. Le meurtre n'est pas une fin en soi. Ce n'est qu'une étape nécessaire. De plus, il convient de garder le corps dans le meilleur état possible en vue de la consommation du fantasme final. À ce titre, le viol ante-mortem de la victime inconsciente peut être perçu comme une répétition afin que tout soit parfait le moment venu.
C'est à ce moment là que JJFf s'est demandé s'il n'y avait d'autres victimes qu' on n’aurait pas retrouvées ou qu'on aurait par erreur attribuées à un autre tueur. C'est possible, mais il ne faudrait pas pour autant attribuer à celui-là les victimes d'un autre. Il s'est alors mis à éplucher les fichiers du FBI et des polices de chaque état où on avait trouvé une victime. Il a ainsi trouvé mention de 6 femmes empoisonnées puis violées dont les corps furent retrouvées dans des terrains vagues, des parkings isolés... Des répétitions ? De plus, le fichiers des disparitions mentionne 25 femmes dont le profil correspond à celui des 7 victimes du tueur.
Le dossier le plus ancien date de 1989. Partant du principe qu'un tueur en série passe à l'acte aux alentours de 25 ou 30 ans, le tueur doit avoir aujourd'hui environ 45 ans. Aussi, JJFf établit le profil d'un tueur auquel sa longue expérience du crime a donné l'assurance qui lui manquait et qui l'a conduit à la nécrophilie. Il est fort probable qu'aujourd'hui il présente bien (mieux que par le passé ?). il doit se tenir droit et paraître serein. Il est probable qu'il prenne soin de lui. Il est méticuleux. Il fait attention aux détails. Il s'entretient physiquement et soigne sa garde-robe. Pour autant, il reste discret. Il parle peu. Il est introverti. Il aime le calme, le silence. Le bruit le gène. Mais avec le temps, il a appris à être compétent socialement et s'est créé un réseau étroit mais sûr (des complices ?). Il ne travaille pas auprès des morts, sinon il ne tuerait pas. La chasse et la mise à mort ne sont pas une fin en soi. Ce ne sont que nécessité. C'est la relation qu'il noue avec sa victime qui le motive, qui l'obsède. Il doit toujours être célibataire.
Alors qu'il finalise cet ébauche de profil, il prend en note qu'il va devoir interroger les gardiens de 7 cimetières afin de savoir s'ils ont vu une « tête nouvelle », quelqu'un de « bizarre » dans les jours précédant chaque meurtre.

Extraits des archives de l'Agent Vert :

31 décembre 2007. John J. Feuerfreïe passe les fêtes de fin d'année chez sa mère, comme tous les ans depuis son divorce. Il préférerait être ailleurs, mais que faire d'autre ? Depuis le décès de son père, sa mère s'enfonce peu à peu dans une sorte de folie douce. Ou plutôt plusieurs folies douces. Elle collectionne les petites manies et les petites phobies comme d'autres collectionnent les timbres ou les pièces de monnaie. Par exemple, elle ne jette plus rien. Les étagères et commodes croulent sous les livres et les bibelots. Mais ce n'est pas le pire. Aujourd'hui encore, c'est un parcours du combattant pour atteindre sa chambre, qu'elle ne veut plus quitter. Ce sont des dizaines de sacs poubelles empilés dans les couloirs qu'il faut enjamber, contourner. Comme à chaque fois, ils se sont disputés quand il a voulu se débarrasser des poubelles.
« Tu n'as pas de cœur ! »
« Mais si j'en ai un. Si j'en avais pas, c'est avec papa que je passerais les fêtes. »
« Oui, tu as un cœur. Mais le tien est noir. Tu as le cœur noir ! »
Il a l'habitude et ne prend pas cela trop au sérieux. De toute façon, elle finit toujours par céder car elle a trop peur de finir abandonnée.
Plus tard dans la soirée, alors qu'elle s'est endormie et qu'il fait la vaisselle, il repense à ce qu'elle a dit. « Tu as le cœur noir ! » Le cœur noir. Le Chœur Noir ! Pourquoi a-t-elle dit ça ? Est-ce une simple coïncidence ?

Extraits des archives de l'Agent Noir :

Je sais de source sûre qu'à ce stade de son enquête, JJFf pense que les gardiens de cimetière ont forcément vu le tueur roder à un moment ou à un autre. Voire pire, certains seraient même ses complices, lui laissant le champ libre au besoin.

Il a affaire à un tueur organisé. Il œuvre depuis de longues années. Son modus operandi est bien rodé. Il n'est pas du tout exclu qu'il bénéficie de tout un réseau de planque et des complices dans différents états. Et peut-être que ses complices n'ont même pas conscience d'aider un tueur en série.

Il donne donc des consignes afin que les gardiens des 8 cimetières soient entendus. Et bingo ! 4 d'entre eux se rappellent d'un nouveau visiteur venu assez fréquemment avant et après les meurtre. Tous décrivent un homme aux alentours de la quarantaine, très maigre et avec les cheveux gris. L'un d'entre eux se rappelle même d'un doigt surnuméraire à la main droite.

Il n'est pas rare que les tueurs en série aient par le passé fait un passage par la case prison ou hôpital psychiatrique. JJFf épluche donc les fichiers des prisons et établissements psychiatriques des années 1970 et 80, en vain !

Retour à la case départ ? La case départ ! Le tueur revient toujours sur les lieux du crime. Et s'il était toujours en ville ? Et s'il devait revenir rôder autour du cimetière ?

Extraits des archives de l'Agent Rose :

11 juillet 2007, un routier à la périphérie d'un patelin paumé de l'Utah. Steve Seaburn a rendez-vous avec Barney Meadow. Cet ex-biker reconverti en routier a tout gardé de son attirail d'Hell's Angel, sauf la moto. Accoudés à un bar, ils échangent des chopes de bières chaudes et de grandes claques dans le dos. Seaburn ne l'aime pas. Il le trouve trop brutal, sans finesse. Mais il est loyal. Et ils partagent la même passion, ils se rendent des services.

Meadow lui remet un trousseau de clés et l'assure avoir pris soin de son « coffre à jouets ». Tout est propre. Personne n'est venu fouiner. En échange, Seaburn lui remet une enveloppe grand format. Il stoppe le geste du biker quand ce dernier va pour l'ouvrir. Ce n'est pas vraiment l'endroit. L'enveloppe contient les clichés de sa dernière « lune de miel ».

Extraits des archives de l'Agent Noir :

À ce stade de son enquête, JJFf est convaincu que le tueur est toujours en ville, soucieux d'observer les conséquences de son crime... et d'en jouir. Faire la publicité de ses actes serait alors un fait nouveau et récent dans son MO. Il prendrait plus confiance en lui à moins qu'agir en secret ne soit plus suffisant à satisfaire son fantasme.
JJFf organise donc une surveillance discrète des abords du cimetière. Vis-à-vis des médias, il envoie des signes comme quoi l'enquête se relâche, touche à sa fin.
Mais, après plusieurs jours de surveillance, rien ! JJFf ne peut concevoir que le tueur ait quitté la ville. Il en arrive à soupçonner des complicités au sein même des forces de l'ordre. S'il ne se montre pas, c'est que le tueur a été mis au courant de son plan. Il étudie donc les dossiers des policiers affectés à cette affaire et découvre... rien !

Extraits des archives de l'Agent Rose :

Le 7 septembre 2008. Le soleil se lève sur le parking de l'hôpital d'une petite ville du sud de la Californie. Jenna Lynnway termine son service de nuit. En ce moment, elle enchaîne les heures supplémentaires. Elle est crevée. Elle va crever.
Sur le parking, elle remarque qu'une fine couche de givre recouvre le capot des voitures. C'est un peu bizarre en cette saison. Mais c'est vrai qu'il fait frais ces derniers jours, surtout ce matin. Pourtant, la nuit a été chaude. Mais sa voiture est froide. Le moteur tousse, refuse de démarrer. « Pourquoi moi ?! » Elle tape du plat des mains sur le volant quand une voiture passe devant la sienne et s'arrête. Le conducteur baisse la vitre. Un homme au cheveux gris d'une quarantaine d'années lui demande si elle a besoin d'aide.
Quelques instants plus tard, il a la tête dans le moteur. Elle n'a aucune idée de ce qu'il fabrique et s'en fiche éperdument. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que lui aussi se moque éperdument de ce qu'elle lui raconte. Soudain, il se redresse et tente de la gifler. Elle évite la baffe de justesse et le regarde avec de grands yeux plein d'incompréhension. L'homme ne sourit plus. Il s'apprête à lui décocher un coup de poing. Elle s'enfuit en courant.
Elle se précipite vers l'hôpital, espérant trouver un vigile. Elle ne pense même pas à crier. De toutes façons, à cette heure, le parking est quasiment désert. Et surtout, elle vaut mieux que ça. Elle n'est pas une pleureuse. Mais l'homme est rapide. Il la rattrape, la plaque au sol et lui fracasse la tête contre le bitume. Elle se débat, en vain. Il lui plaque un linge humide sur le visage. Elle sombre dans l'inconscience.
Elle se réveille à bord d'une voiture. Elle est sur le siège passager. Ses poignets sont attachés mais elle pense pouvoir se défaire de ses liens assez facilement. Dès qu'elle ouvre les yeux, elle voit qu'il la foudroie du regard. Envolé le gentil beauf compatissant ! Qui est ce type ? Que lui veut-elle ?
Elle tente de lui faire peur en lui racontant qu'un petit ami imaginaire l'attend et a certainement déjà appelé l'hôpital, voire même la police. D'un ton sec, il lui ordonne d'ouvrir la boite à gants. À l'intérieur, c'est l'horreur. Une horrible poupée de chiffon, exactement comme celle qui la terrorisaient quand elle était enfant. Elle les déteste. Elles la détestent ! Depuis... depuis ? Ses yeux se remplissent d'effroi. Il sourit ? Il savait. Comment ? Elle se mord les lèvres pour ne pas crier. Un filet de sang coule le long de son menton. Elle va pour refermer la boite à gants, il le lui interdit. Elle la referme quand même. Soutenir son regard à lui et plus simple que soutenir le regard de ce... truc !
Mais, comment pouvait-il savoir ?
Durant le trajet, Jenna se rappelle cette femme qui avait réussi à sauver sa peau en racontant sa vie. Elle était parvenue à apparaître aux yeux de son kidnappeur comme un être humain et non plus un simple objet. Elle tente donc de l'apitoyer en lui racontant ses erreurs de jeunesse, notamment celles qui l'ont conduite en prison. Elle pense, espère, l'attendrir en évoquant ces 3 longues et difficiles années. Elle raconte comment elle a tenu le coup, comment elle s'en est sortie à force de volonté et de travail. C'est elle qui aide les autres maintenant. Elle pourrait l'aider, lui.
Il la regarde avec circonspection. Elle remonte plus loin dans sa vie. Elle parle de son enfance, de sa famille. C'est dur pour elle. Remonte en elle la succession de malheurs qui l'ont conduite à la drogue, puis à la délinquance.
D'un coup sec, il ouvre la boite à gants. Et Jenna est de nouveau prisonnière du regard de cette horrible poupée. Elle bredouille, tente de retrouver une certaine constance. Mais cette poupée fait remonter des choses de son enfance. Ces choses qu'elle était parvenue à enfouir, à enterrer. Et maintenant, à cause de cette poupée, ça remonte, comme un cadavre de mort-vivant. Le Chœur Noir...
Elle pleure en silence.
Le soleil est maintenant bien haut. La voiture se gare devant une petite maison complètement isolée. On la distingue à peine de la route. Si on ne sait pas qu'elle est là, on passe à côté sans la remarquer. Elle constate alors qu'elle n'a fait aucun effort pour mémoriser le trajet. Et elle constate aussi que ce type n'a fait aucun effort pour l'empêcher de le faire. Elle comprend alors qu'il n'a jamais été question qu'elle s'en sorte vivante.
Dans un ultime réflexe de survie, elle ouvre la portière et se met à courir. En quelques secondes, l'homme est sur elle et lui plaque de nouveau un linge sur le visage.
Quand elle se réveille, Jenna est attachée à une chaise, devant une table. Sous son nez, une assiette fumante. Saucisse purée. L'homme est en face d'elle. Il sourit. Il lui présente les quatre autres convives attablées. Ses épouses. Quatre cadavres attachés, comme elle.
Elle tourne la tête et fait la connaissance avec deux autres mortes, vautrées sur le sofa devant un programme de téléréalité.
Il se saisit de ses couverts. « Bon appétit ! »
Elle hurle.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

thomas munier
Messages : 1026
Inscription : 02 févr. 2017 16:28
Prénom : Thomas

Re: [Psychomeurtre] Où est John Feuerfreïe ?

Message par thomas munier » 16 mars 2019 18:18

Extraits des archives de l'Agent Noir :

26 septembre 2008. JJFf arrive en urgence dans une petite ville du sud de la Californie. On a trouvé un nouveau corps dans un cimetière. Une certaine Jenna Lynnway, correspondant aux profils des victimes précédentes. Très remonté suite à ce qu'il considère comme un échec personnel, il demeure pourtant convaincu de la validité de son hypothèse. Le tueur agit avec l'aide de tout un réseau de complices plus ou moins conscient de ce qui se passe. Il possède des planques dans différents états. Et, surtout, il séjourne dans les parages avant et après les meurtres.
Dans l'immédiat, il laisse les services compétents s'occuper du corps et de la scène de crime. À ce moment-là de l'enquête, il sait déjà ce qu'on va trouver. Il préfère se concentrer sur une enquête de voisinage au cas où quelqu'un aurait remarqué, ces derniers temps, un nouveau visage, un homme d'une quarantaine aux cheveux gris.
Et c'est là que l'agent Feueufreïe eut une sorte de révélation. Et si le tueur n'était pas un nouveau venu ? S'il agit de manière cyclique dans chacun des états qu'il traverse, il est peut-être déjà venu ici, plusieurs fois. Il y est peut-être connu. Il posséderait ici même une partie de son réseau, une planque... JJFf demande aux agents de police de bien insister sur le doigt surnuméraire à la main droite. C'est un détail que quelqu'un le connaissant relèvera certainement.
Un nom finit par ressortir : Steve Seaburn. Mais personne ne l'a vu récemment. On ne sait pas trop ce qu'il fait dans la vie. Il parle peu. C'est un homme discret qui vient une fois de temps en temps. Il aime le calme. C'est quelqu'un de discret, sans histoire. Personne ne sait où il loge quand il séjourne dans les environs.
Personne ne l'a vu mais JJFf sait qu'il est encore dans les parages. À ce stade, il pense que le tueur va rester non seulement pour jouir encore de son crime, mais aussi de ce qu'il considère comme l'impuissance de la police à l'arrêter et, par conséquent, jouir de sa propre toute puissance. Il donne des consignes à la police locale afin de tisser une nasse dont ce Seaburn ne pourra s'échapper.
5 jours plus tard, des officiers penauds confessent l'avoir retrouvé, mais perdu sa trace.
Qu'à cela ne tienne, JJFf s'est mis en tête d'éplucher la vie de Steve Franklin Seaburn. S'il ne peut le trouver lui, il trouvera quelqu'un dans son entourage qui le mènera jusqu'à lui.

Extraits des archives de l'Agent Rose :

Un bar de nuit. Charles Rand est au comptoir, en train de draguer une femme célibataire. Ce n'est pas la première fois qu'il la voit. Cynthia est une habituée, comme lui. Elle lui plaît et il sait que c'est réciproque. Son téléphone vibre. Il est tenté de ne pas y prêter attention mais cède à cette impulsion de savoir qui le dérange. C'est Steve. Il décroche.
Steve a besoin de son aide. Il s'est disputé avec sa dernière « épouse ». Il a reçu un coup de couteau au visage. Ça saigne beaucoup. Charles est médecin. Il raccroche, soupire et explique à Cynthia qu'il doit y aller. « Une urgence »
Une heure plus tard, il est chez Steve. À l'intérieur, l'odeur est difficilement soutenable. Ce n'est pas la première fois qu'il vient, mais il n'arrive pas à s'y faire. Et pourtant, il travaille dans un hôpital. Steve tient une serviette ensanglantée contre sa joue. Charles regarde autour de lui et ne parvient pas à déterminer lequel de ces cadavres a infligé cette blessure, cet ultime souvenir, à son ami. Mais Steve est plus qu'un ami. Il le considère comme un frère depuis cette nuit où ils ont frôlé la mort.
Aucun d'eux n'est revenu indemne de cette nuit là. Aucun d'eux n'est revenu indemne du Chœur Noir. Mais Steve est quand même plus atteint que lui.

Extraits des archives de l'Agent Noir :

En Californie, JJFf se méfie de tout le monde. Sa défiance vis-à-vis de la police locale ne tient à une quelconque rivalité entre services. Il soupçonne toujours le tueur de quelques complicités au sein des forces de l'ordre. Aussi, avant tout chose, il mène sa propre enquête sur chaque agent, épluchant leurs dossiers professionnel et personnel.
Vic Chable ! Un agent en uniforme. Il a environ le même âge que Seaburn. Il a été suivi en thérapie entre 1989 et 1991 pour des T.O.C. consécutifs à un trauma. Le dossier ne mentionne pas la nature du trauma. Chable a seulement parlé du Chœur Noir. Cette nuit là, lui et 2 de ses amis ont frôlé la mort. Ses amis sont Charles Rand, un médecin, et Steve Seaburn !
JJFf décide alors d'utiliser Chable pour tendre un piège à Seaburn. Et pour ça, il décide de cacher son plan à l'ensemble de la police locale. Il fait ainsi courir diverses rumeurs et fausses informations dans les couloirs mais aussi par voie de presse, attendant que Chable ne commette un faux pas.

Extraits des archives de l'Agent Rose :

Vic Chable n'était pas vraiment à l'aise à cette époque. On venait de le mettre sur le dossier du crime du cimetière. Et en plus, le FBI était sur le coup. L'agent spécial Feuerfreïe arpentait les couloirs avec de lourds dossiers. Il semblait avoir plein d'infos. Il avait manifestement un plan mais n'en parlait à personne. Par contre, il affirmait savoir où le meurtrier allait frapper. Et il était certain que ce ne serait pas ici. Pourtant, il donnait des consignes pour surveiller les routes, diffuser le signalement de Seaburn...
Cela faisait un moment qu'il n'avait pas vu Seaburn. Ce dernier se baladait pas mal ces derniers temps. Alors, il a appelé Charles. Charles avait eu de ses nouvelles récemment. Il l'avait vu. Il était dans le coin. On ne pouvait pas dire que les choses s'amélioraient. C'était même de pire en pire.
Vic ne put s'empêcher de demander : « Et si on laissait le FBI l'arrêter ? »
Un silence à l'autre bout.
« Oui, je sais. Pardon » s'excusa Chable.

Vic raconta alors tout ce qu'il savait sur les agissements de la police. Il donna toutes les informations utiles pour que Seaburn évite de se faire prendre. Charles promit d'aller le voir.
« Ce serait bien que ça s'arrête un jour... »
« Tu sais bien que ça ne s'arrêtera jamais. » Charles raccroche.

Extraits des archives de l'Agent Noir :

JJFf était aux anges. Il avait fait mettre Chable et Rand sur écoute et n'en espérait pas tant. Il organise dans la foulée la surveillance de Rand, sensé le conduire jusqu'à Seaburn.
JJFf débarque avec une équipe de SWAT dans les environs d'une petite maison isolée de la route par des bois. Ils se mettent en planque et attendent que Rand quitte les lieux.
Il est 8 heures du matin quand Rand prend la route. Il sera cueilli quelques kilomètres plus loin par la police locale. Pendant ce temps, JJFf et les SWAT s'approchent de la maison en silence. Tout est calme.
Pas un bruit à l'intérieur, à part la télévision. Mais l'odeur est insoutenable. Tout le monde s'immobilise, il y a du monde dans le salon. Un membre du SWAT finit par comprendre que les deux femmes qui regardent la télévision sont mortes. D'autres corps sont découverts, attablés dans la cuisine. Uniquement des femmes. Rien qu'au rez-de-chaussé, on dénombre 14 corps dans des états de décomposition variés. Mais pas de traces de Seaburn.
JJFf prend trois hommes avec lui pour inspecter l'étage. Il y a du mouvement en provenance de la chambre. Par l'embrasure de la porte, ils voient Seaburn s'activer à remplir deux grosses valises. Il y a une femme dans le lit. Morte.
JJFf donne l'ordre d'intervenir. Seaburn est rapidement maîtrisé.

Une fois les lieux investis par la police scientifique, ce ne seront pas moins de 74 cadavres qui seront exhumés, enterrés dans le jardin et la cave. L'exhibition de ses victimes dans les cimetières n'était qu'une évolution récente dans son mode opératoire. En fait, il entretenait ici un véritable harem. Le harem du boucher. C'est ainsi que la presse baptisa ce lieu. Puis, par extension, Seaburn lui-même fut appelé ainsi : le Butcher's Harem.
Lors de son procès, il avoua l'existence de 3 autres planques en Arizona et dans l'Utah. Plusieurs dizaines de corps seront de nouveaux exhumés. Mais tout le monde pense que le Butcher's Harem est loin d'avoir révélé tous ses secrets.
Rand et Chable ont été jugés et condamnés pour complicité.
Aucun des trois n'a jamais voulu évoquer ce qui s'était passé cette fameuse nuit. La nuit du Chœur Noir.

Voici ce que moi, Agent Jaune, a pu réunir du script de ce film qui ne fut jamais tourné et intitulé « Le Chœur Noir ». Ce film met en scène le personnage de Fletch Brooks, un archéologue de 37 ans qui se caractérise non seulement par son arrogance mais surtout par son appartenance à l’Église de Satan. Il est également sujet à des crises de somnambulisme. Le film débute après que Fletch a, lors d'une cérémonie, participé au déclenchement d'une catastrophe surnaturelle à venir. Le spectateur ne sait pas si Fletch va tenter de réparer son « erreur » ou si, au contraire, il va combattre ceux qui ont décidé d'empêcher cette catastrophe.

Scène XX : Fletch est dans une petite chambre d'hôpital. Le mobilier et les peintures sont vétustes. Fletch porte un pantalon et une chemise blanche. Sur celle-ci, un écusson avec le n°15. Il est assis par terre, dans un coin sous la fenêtre, la tête entre les mains. Il fixe le cadavre ensanglanté enroulé dans une bâche gisant devant lui.
Il n'y a aucun signe de présence dans les environs. Le silence est total. Fletch se lève et dissimule le corps sous le lit. Il sort de la chambre prudemment. Dans le couloir, on distingue la silhouette d'un autre patient qui interpelle Fletch.
« Hey, toi ! Viens là ! »
Gros plan sur le visage bronzé du patient qui porte un anneau dans le nez. Gros plan sur l'écusson de sa blouse. Il porte le n°63.
Fletch regarde ses mains pleines de sang. Il les lève face à ce nouveau personnage et s'avance d'un air menaçant. Mais le n°63 n'attend pas et lui saute dessus. Fletch évite facilement son adversaire et commence à lui décocher plusieurs coups de pied. 63 se retrouve à terre. Fletch continue de le rouer de coups.
Gros plan sur le visage tuméfié et ensanglanté de 63 qui cesse bientôt de se débattre. Fletch le retourne sur le dos, s'assoit sur sa poitrine et achève de lui démolir le visage à coups de poing.

Plan moyen sur Fletch, assis par terre dans un coin, sous la fenêtre d'une petite chambre d'hôpital. À ses pieds, un cadavre dans une bâche.
Gros plan sur l'écusson cousu sur la blouse de Fletch. Il porte le n°63.

Scène XX : Fletch est dans une autre chambre, au prise avec un patient obèse qui l'agresse à coups de machette...

Voici ce que moi, Agent Marron, a pu apprendre concernant l'ultime expédition à laquelle participa Artemus Andrès Gage en qualité d'archéologue au service de sa majesté.

Celui que l'on connaît sous le nom d'Artemus Andrès Gage est né sous les Augures de l'Aigle Compagnon et de la Corneille qui Recueille les Pleurs. Sa devise était « Tout a déjà été dit. Tout a déjà été fait. Ainsi va le monde. »
Au moment des faits qui nous intéressent, il exerçait la fonction d'archéologue au sein d'un corps expéditionnaire dont personne n'est revenu. Seules ont été retrouvées ces bribes du journal de gage.
Il est difficile de dater cette expédition. Il n'existe aucune archive officielle la concernant. De même, il n'existe aucun écrit de ou à propos de Gage, hormis les quelques notes dont nous tirons ce rapport. Toutefois, le style littéraire de Gage et le type de navire dont il raconte le naufrage permet d'affirmer que nous sommes au XVIIIème siècle. Notons que Gage écrit en Arabe, avec des tournures caractéristiques des environs de la Turquie de l'époque.
Gage explique donc être au service d'un roi mais sans préciser lequel. D'après lui, le naufrage qui a coûté la vie de l'ensemble de l'équipage et de l'équipe scientifique n'est pas dû au hasard. Il évoque en effet une « vision » et une « malédiction autochtone ». Il note en effet qu'au moment du naufrage, il pleuvait. Le ciel était couvert, mais pas assez pour causer le naufrage du navire.
Au moment de la catastrophe, il raconte avoir été confronté au fantôme d'un certain Rogan Bellies, reconnaissable à ce que le blanc de ses yeux... n'est pas blanc. Gage pense devoir son salut au fait de s'être réfugié dans sa cabine pour fuir Bellies et ses yeux rouges. Il décrit ensuite comment le navire fut ballotté par les flots. Il a visiblement perdu connaissance car affirme s'être réveillé parmi les débris d'une barque en plein milieu d'une clairière, entouré d'une forêt basse et sombre. Il note qu'il était seul et fort éloigné, lui semblait-il, de tout rivage.
Les premières pensées de Gage sont alors pour sa famille. Sa femme et leurs trois filles. Il se félicite d'ailleurs de ne pas avoir de garçon car, si tel avait dû être le cas, l’aîné aurait été en âge de l'accompagner.
Au prix de quelques efforts et grâce à quelques bouts de liane, il parvient à se construire un abri de fortune avec les reste de la barque. Alors qu'il part en quête de nourriture, il réfléchit et nous en dit un peu plus sur Rogan Bellies. Il regrette de ne pas avoir suivi ses Augures et accordé plus de temps et d'importance à ce que Rogan avait à lui dire. Il aurait dû le prendre plus au sérieux (mais nous ne saurons pas à quel propos).
Gage décrit ensuite sa rencontre avec un animal mort. Il parle d'une sorte d'ours mais n'en est pas sûr (comment peut-on douter de cela ??!). La bête est encore chaude et Gage se surprend à penser à en découper un morceau. Ayant perdu son couteau dans le naufrage, c'est à l'aide d'une pierre qu'il découpe le flanc de la bête (un ours ?) dont il consomme la chair crue.
Le soleil se couche. Un orage s'annonce. Au loin, un chant s'élève. Gage reconnaît le Chœur Noir.
Aujourd'hui encore, personne ne s'est où Gage s'est retrouvé, ni ce qu'il est advenu de lui...

Voici la lettre que moi, Agent Marron, ai retrouvé dans les archives du musée de XXXX. Elle date du 25 janvier 1754. L'auteur en est Eudes-Étienne Valmont de Coblange. Il s'agit du cousin de la fameuse Geneviève Valmont de Coblange dont les frasques alimentèrent les bruits de couloirs du palais royal et les unes des gazettes plusieurs mois durant. Plus discret et moins mondain que sa cousine, Eudes-Étienne consacra sa courte vie (il mourut à 27 ans d'une maladie inconnue) à l'acquisition de savoirs dans de multiples domaines. Certains passages de son journal laissent à penser qu'il savait qu'il ne vivrait pas vieux. Aussi, manifesta-t-il très tôt un vif désir d'accumulation de connaissances, le plus possible, le plus vite possible. Il a 25 ans quand il rédige cette lettre à l'attention de l'Archiduc Godefroy de XXX. Il lui présente ses condoléances suite au décès de sa sœur, Marie de Blanc-Castel, emportée par la tuberculose. Marie et Eudes-Étienne se connaissent depuis leur plus tendre enfance et, comme le montre cette lettre, ont voyagé ensemble à travers l'Europe. La lettre fait 5 pages. Je n'en ai reproduit ici que le passage potentiellement intéressant quant à notre « affaire ».

« […] Et c'est le cœur empli d'une triste nostalgie que je me rappelle notre voyage dans cette magnifique cité fluviale. Tout semblait radieux et plein de promesses à l'époque, à l'image du soleil qui inondait de ses rayons les grands-places de la ville.
Ce fut lors d'une telle après-midi, alors que nous nous rendions à l'église, que nous rencontrâmes le jeune Henri de Gordes. Je me rappelle encore la grâce et la spontanéité de Marie. Elle rendit ce moment unique. Notre séjour prit alors une tournure des plus inattendue, mais des plus enrichissantes.
En effet, s'il nous avait fallu nous en remettre à ma seule nature, nous n'aurions jamais fait la connaissance de ces professeurs et de ces érudits. D'une certaine manière, c'est le sourire de Marie qui nous a ouvert les portes du Chœur Noir (c'est moi, Agent Marron, qui souligne).
Ainsi, Marie, Henri et moi traversèrent des champs inconnus. Nous avons grimpé aux arbres pour cueillir les fruits de la connaissance. Heureusement que nous étions là pour veiller les uns sur les autres. Que nous aurait valu alors une chute ?
La Chute dont nous préserva Marie, grâce à son cœur pur. Elle nous guida vers les anges, vers la Cathédrale de Lumière, tournant le dos au Chœur Noir. [...] »

La lettre se poursuit sans autre mention ni précision concernant le Chœur Noir. Cette « Cité fluviale » n'a pas pu être identifiée. De même, nous n'avons trouvé aucun document concernant un certain Henri de Gordes. Tout ce que nous savons et que, suite à cette lettre, Eudes-Étienne fut invité au château de l'Archiduc dès la semaine suivante et qu'il y est resté 4 mois. Nul ne sait ce qu'il y a fait...

Voici une retranscription partielle de l'enregistrement que moi, Agent Indigo, ai retrouvé dans les archives de l'institut Nasrudin :

-Bonjour, je suis l'agent De...
-Non ! Dans le cadre de cette mission, vous êtes l'Agent Page. Pour l'instant, votre niveau d'accréditation est Vert. À la fin de cette procédure, il sera Bleu. Nous allons procéder à quelques tests afin d'évaluer vos capacités dans une simulation d'environnement de niveau Bleu ? Cela durera environ 3 heures de temps subjectif. Veuillez ôter votre chemise. […] Bien, au vu des tests, et selon nos critères d'évaluation, vous avez un potentiel de 2 en Puissance, 3 en Instinct et 4 en Accès. C'est pas mal. Je vois dans votre dossier que vous avez une bonne expérience de l'analyse des scènes de crime. C'est bien. Je le note. […] Oh ! Votre mentor au sein de l'Agence est l'Agent Supérieur Chamber. Vous avez appris ? Euh... Et bien, elle est morte en mission, il y a peu. Nous avons dû la débrancher. Quelqu'un de bien, très compétente. Dommage, vraiment. […] Je vois qu'elle vous avez enseigné sa Technique d'« Entraînement ». Cela explique que votre rythme cardiaque au repos soit plus bas que la moyenne. C'est bien. Vous verrez, c'est important. […] Bien, c'est terminé. Vous pouvez vous rhabiller. Vous êtes attendu au service d'Ingénierie Mnémonique, si je ne m'abuse. Vous avez lu le dossier que vous a remis Contrôle ?
-Euh, oui... Sur le Butcher's Harem. Mais, je croyais qu'il était dans le coma.
-Justement Agent Page, il l'est. Je ne vous retiens pas.

Suite du rapport de l'Agent Indigo, concernant la mission de l'Agent Page :

L'Agent Page ouvre les yeux dans un jardin. Il pleut. C'est donc ça, Blue City ?
« Blue City, Carcosa, Silent Hill ou Twin Peaks ! Appelez cet endroit comme vous voulez mais retrouvez-moi le Butcher's Harem ! »
C'est en ces termes choisis que Contrôle lui avait présenté sa mission. Mais par où commencer ? Avant son arrestation, le Butcher's Harem déposait les corps de ses victimes dans des cimetières. Et si ?
Bon, tout d'abord, trouver une carte, un plan de la ville. Du quartier au moins. Il doit bien y en avoir un à un abribus. Ou mieux, quelqu'un à qui s'adresser. Mais non, les rues sont désertes. Page repère l'entrée d'une station de métro... et un plan. Les informations sont écrites dans une langue incompréhensible et Page soupçonne les lettres de changer de place dès qu'il regarde ailleurs. Mais les pictogrammes, par contre, sont très clairs. Il y a un cimetière pas très loin. Il peut même y aller à pied, même si ça va lui prendre un petit moment. Il peut aussi prendre le métro. Mais est-ce raisonnable de prendre le métro ici ? Et puis, y a-t-il seulement vraiment un métro qui passe dans cette ville ? C'est l'occasion de le savoir.
Le quai est désert. Il n'y a pas un bruit. Page cherche une cabine téléphonique. Il n'a pas de pièce mais décroche le combiné.
Tonalité. Clic, une voix.
« Contrôle, j'écoute. »
Page émet sa demande concernant un... métro, conformément au protocole de l'Agence. Contrôle enregistre sa demande. Quelques minutes plus tard, un métro apparaît. Le wagon dans lequel il monte est désert. Pourtant, Page voit bien qu'il y a du monde dans les autres. Il n'a pas le temps de se poser plus de question. Il descend à la station suivante.
Une fois remonté, il se surprend à chercher du regard une cabine publique. Ça peut servir. Ok ! Téléphone localisé. Direction le cimetière.
Page a conscience d'agir au hasard. Il n'a objectivement aucune piste et, même en admettant que son intuition soit juste, il n'y a aucune raison pour qu'il trouve le Butcher's Harem dans ce cimetière en particulier. Mais bon, il faut bien commencer...
Après presque une heure à errer entre les tombes, il se rend à l'évidence. Aucune trace du Butcher's Harem ici. Cimetière suivant ? Page se dirige vers la cabine téléphonique. Une voiture est garée là. Quand il raccroche, il sent quelque chose dans la poche de son pantalon. Des clés de voiture. Ce sera plus pratique que le métro... et moins glauque.
Page ne s'attendait bien sûr pas à tomber sur le Butcher's Harem en pleine action mais, au moins, sur une scène de crime pleine d'indices. Ça, ça aurait été pratique. Mais non ! Ni Butcher's Harem, ni scène de crime, ni indice. Quoi que... Un bruit d'aile attire son attention. Une nuée d'oiseaux s'envolent... à l'envers ! Ça ne peut pas être un hasard. Pas ici ! Page court vers la tombe d'où les oiseaux se sont envolés.
La pierre tombale est sculptée d'une façon étrange, alambiquée. Ces formes sont assez désagréables à regarder. Presque douloureuses. Il n'y a pas de nom mais une photo. Celle d'un petit garçon qu'il est quasiment sûr de connaître. Ce doit être un neveu ou un petit cousin de son épouse. Pour autant, impossible de mettre un nom sur ce visage. Page court vers la cabine la plus proche. D'une voix sèche, presque agressive, Contrôle lui confirme le décès, il y a 7 heures du petit Noah, surnommé Birdy. Le neveu de son épouse.
« Agent Page ! La mission, je vous prie. »

La mission ?! Mais merde ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Page a été envoyé ici sur les traces d'un serial killer dans le coma. Et tout ce sur quoi il tombé est une espèce de vision prémonitoire de la mort du neveu de sa femme ! Et tout ce que Contrôle trouve à dire, c'est : »La mission! » Non !
A ce moment là, Page a commencé à se poser des questions sur ce qu'était Blue City. On lui avait présenté cette « ville » comme une sorte de produit de l'inconscient collectif dans lequel la psyché de criminels comme le Butcher's Harem venait se réfugier. L'inconvénient est qu'il était difficile de les trouver là. Par contre, il devenait possible de les guérir de leurs pulsions criminelles. Mais à aucun moment Page n'avait imaginé pouvoir être confronté à quelque chose de... personnel. Mais après tout, peut-être que Contrôle avait raison. La mission avant tout.
Devait-il continuer sa tournée des cimetières ou chercher une autre piste ? À moins que ce dernier événement étrange ne soit le signe au contraire, qu'il était finalement sur une piste. Après tout, il n'était plus dans le monde réel mais à Blue City. Et si tout était ou pouvait être autant de signes ou de symboles à interpréter ? Page décide alors d'examiner plus minutieusement cette tombe (Jet d'Instinct, je devrais ne lancer que 3D6 car j'ai 3 en Instinct mais peux en fait en lancer autant que je veux car je suis dans mon rythme cardiaque Optimal. Je lance donc 4D6 et obtiens 15. il faut faire 11 ou + pour réussir, c'est donc tout bon. Et comme j'ai fait un 6 à un D, je gagne un point de Mérite (XP). Mon rythme cardiaque passe de 95 à 110. je suis toujours en Optimal. Ayant réussi mon jet, s'il y a quelque chose à trouver, je le trouve. S'il ne devait rien y avoir à trouver, au moins je serai certain de n'être pas passé à côté d'un indice). Après un examen minutieux de la tombe, Page ne trouve rien d'intéressant mais aperçoit une silhouette qui semble l'observer (J'ai fait un 3, soit un « non, mais » sur la table OMEN. C'est pourquoi, certes il n'y a pas d'indice mais malgré tout quelque d'intéressant. Il ne m'a pas paru incohérent que ce soit un PNJ qui fasse son apparition). Il s'agit d'une femme entre 2 âges. Elle a l'air très sale (Ce détail a été tiré au hasard sur une carte du jeu Muses et Oracles). Une clocharde ? Page s'approche et l'interpelle. Alors, elle commence à s'agiter (Là encore, une carte Muses et Oracles). Page se met à courir. (Là, je me demande si elle s'enfuit. Je jette 1D6 sur ma table OMEN et obtiens 1, soit « Non, et » ce qui signifie que « non elle ne s'enfuit pas et, en plus, cela va me rapporter quelque chose). Page la rattrape, la saisit par le bras. La clocharde est agitée. Elle gémit, se débat faiblement. Elle sait l'alcool à plein nez (6 sur la table OMEN, « oui, et ») et commence à tenir des propos incohérents. « …le secret... la vérité nue. La roue tourne. Le passé honteux revient. Justice sera faite. Les bois !!! la forêt !!! les chiens !! Non !!! Pas les chiens !!! » (Propos générés avec des cartes Muses et Oracles, Imagia et Folies de Chtulhu). Page tente de la calmer par des mots apaisants (Jet d'Instinct, 11 pile). La femme semble reprendre quelque peu ses esprits. C'est alors qu'elle paraît prendre conscience de la présence de Page. Elle le regarde d'un air suspicieux (Carte Muses et Oracles). Page se présente comme un agent fédéral et promet de l'aider à résoudre ses problèmes. Elle lui sourit, le sert dans ses bras (Carte Muses et Oracles). Page lui demande son nom. Elle déclare ne pas en être certaine mais penser s'appeler Tricia. « OK, Tricia. Et pouvez-vous me dire ce que vous faîtes ici ? » (5 sur la table OMEN, « oui »). Non, sa présence n'a rien à voir avec la tombe du petit, mais elle peut peut-être aider Page... (3 sur la table OMEN, « non, mais »). Elle connaît l'emplacement d'un trésor (Carte Muses et Oracles). Elle va lui montrer. Elle le guide à travers les tombes jusqu'à un mausolée dont la serrure est fracturée. À l'intérieur, une espèce de lampion (Carte Muses et Oracles). Page ne comprend pas. La femme lui explique que ce lampion lui permettra de s'y retrouver dans la forêt... et d'éviter les chiens (Là, ça me paraît plus ou moins cohérent et intéressant de reprendre ces éléments. Je le fais arbitrairement mais j'aurais pu en décider avec un jet sur la table OMEN). Elle allume le lampion puis le lui tend. La où la lumière se projette, Page ne voit plus les murs et le sol su mausolée mais de la terre et des arbres. La forêt ?! (Là encore, c'est un choix purement narratif, j'aurais pu en décider avec un jet sur la table OMEN. Par contre, ce genre me détail me paraît justifier une hausse de 2 points du taux d'Interférence).
Page avance le bras. Sa main traverse le mur là où la lumière montre l'image de la forêt (Dans le cadre de ce RP, j'ai décidé que, tous les 3 points d'Interférence, Page changerait de « niveau » pour accéder à une nouvelle strate de Blue City. Ça tombe maintenant. Je n'avais pas prévu que cette nouvelle strate serait une forêt. Je pensais plus à une sorte de version rouillée de Silent Hill. C'est comme ça ^^). Page se tourne vers la clocharde. Elle arbore une expression neutre (Carte Muses et Oracles). Plus il approche le lampion du mur, plus le rond de lumière grandit. Page pose finalement le lampion à terre, tout contre le mur. Il se forme une sorte de petit tunnel à travers lequel il devrait pouvoir passer en rampant.
Qu'est-ce qui l'attend de l'autre côté ?

L'Agent Page rampe à travers ce trou de... lumière jusque dans la forêt. Derrière lui, à travers le rond délimité par le lampion de la clocharde, il voit très clairement l'intérieur du tombeau. Quand il le contourne, rien. La forêt. La nuit. La pluie.
Le lampion est resté dans le tombeau. Il hésite à le prendre avec lui. Cela lui permettra-t-il d'ouvrir un autre passage ou cela fermera-t-il définitivement celui-ci, le piégeant ici ? Il appelle la clocharde. Pas de réponse. Il passe la tête à travers le trou. Elle est toujours là. Elle est immobile, figée comme une statue. Ses yeux sont révulsés.
Finalement, il décide de laisser le lampion et le passage ainsi. Par contre, il n'a aucune source de lumière, aucune idée d'où aller et aucun moyen de contacter Contrôle. Mais bon, on dirait bien que rien n'est vraiment dû au hasard ici. Alors, autant mettre un pied devant l'autre et voir où ça mène. Un abri serait idéal.
Page arrive dans ce qui semble l'arrière cour d'une petite maison de pierre. À l'intérieur, pas de lumière. Page s'approche et frappe à la porte. Une voix pâteuse, ahurie, se fait entendre mais Page ne comprend rien de ce qui lui est répondu. Il guette des bruits de pas, espérant qu'on vient lui ouvrir. Rien. Vient-il de se faire éconduire ? Il frappe à nouveau. Pas de réponse mais des bruits de pas. La porte s'ouvre violemment.
Page a l'impression que ses tripes vont s'enfuir tellement l'odeur de putréfaction est horrible. L'homme ? La chose devant lui pue la mort. Mais ce n'est pas forcément le pire. C'est un monstre. Un véritable monstre ! L'homme, si c'en est un, souffre d'acéphalie. Ses yeux sont réduits à deux minuscules fentes. Sa bouche, par contre, s'ouvre démesurément sur plusieurs rangées désordonnées de dents déformées. La chose est nue. Page a droit à tous les détails de ce corps trapu, noueux, recouvert de touffes de poils maculées de sueur et de sang. Son sexe en érection est énorme lui aussi, recouvert de sang et de matière putréfiée. Dans sa main droite, il tient une boite en métal avec laquelle il frappe Page au visage. Page esquive d'un bond en arrière et se rapproche immédiatement, tentant de saisir le bras de la chose pour l'immobiliser d'une clé. Promptement, il le retourne, lui plie le bras dans le dos et le pousse à l'intérieur de la petite maison. Le saisissant par l'arrière du crane, il essaye de l'assommer contre la table en bois qui se trouve sur son chemin. Mais le monstre se libère et le projette contre le mur.
Le monstre pousse un feulement qui se finit en véritable hurlement. Là, ça craint. Ça craint vraiment...

Page ne se sent pas bien. Il transpire. Le monstre se tient face à lui, menaçant. Immobile, pour l'instant. Et cet instant ne dure pas longtemps. De sa main gauche, le monstre saisit Page par le cou. De la droite, il lui fracasse la tête à grands coups de la boite métallique dont il s'est emparé.
Page se concentre et tente de joindre Contrôle. Il a besoin d'aide. N'importe quoi mais maintenant !
Silence...
Le monstre resserre son étreinte. Page suffoque. Contrôle est toujours aux abonnés absents. Page n'est plus en état de se dire qu'effectivement, comme on le lui a enseigné en formation, Contrôle est plus facilement joignable en utilisant un « moyen de communication » qu'un ping télépathique. Désespérément, il frappe l'acéphale qui continue méthodiquement de lui fracasser le crane à coups de boite en fer.
« C'est à quel sujet ? »
Contrôle, enfin. Dans son crane, Page hurle qu'il va mourir.
« Allons, Agent Page, ne faites pas tant de cinéma. Bougez-vous bon sang ! Pensez à la mission. »
Page suffoque, tente de ne pas perdre le lien avec Contrôle. Il a besoin d'une arme. Tout de suite ! D'instinct, il cherche dans sa poche n'importe quoi que Contrôle aura pu y fourrer. Il espérait trouver une arme mais en ressort... un diamant ?! Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est n'importe quoi ! Dans l'urgence, il frappe. Il vise l’œil mais rien n'entame la détermination et la frénésie de ce... type ?
Page n'a plus qu'une solution pour s'en sortir, pour ne pas mourir ici entre les mains de ce psychopathe et là-bas, sur le billard. L'éjection !

L'Agent Page s'est éjecté de Blue City à 05h42. Il a immédiatement été conduit au bloc opératoire, au service de cardiologie. Son cœur est reparti après 5 heures d'intervention mais l'Agent Page n'est, à cette heure, pas encore sorti du coma.

Voici le récit des événements que moi, Agent Rouge, ai pu observer. Ceci est mon témoignage.

1982, la République Dominicaine s'apprête à être touchée par l'Ouragan Debby. J'ai pris une chambre dans un hôtel borgne du quartier chaud de la capitale. À travers la vitre martelée par la pluie, j'observe deux hommes à l'entrée d'un bordel. L'un d'eux est vêtu de haillons. C'est lui qui attire mon attention. Il ressemble à mon frère. Mon frère jumeau. Il me ressemble. C'est moi. Ce n'est pas moi. C'est lui. C'est pas lui. Ce n'est pas nous ? Je ne comprends pas. J'ai l'impression d'halluciner. Je les vois se disputer sous la pluie. Je n'arrive pas à décrire l'autre homme. Ce dernier frappe l'homme en haillon. Pourquoi suis-je ainsi vêtu sous la pluie ? Je ne suis pas un mendiant. Je gagne bien ma vie et ai de beaux vêtements.
Je ne sais pas pourquoi mais j'éprouve le violent besoin d'appeler mon frère. Malgré la pluie torrentielle annonciatrice de l'ouragan à venir, la réception parvient à donner suite à mon appel. Je tombe sur sa messagerie et y laisse quelques mots paniqués.
« Le Chœur Noir ! Le Chœur Noir ! »
Je ne sais pas pourquoi ces mots sortent de ma bouche. Mais je sens que mon frère court un grand danger. Je pries pour que ces mots le sauvent.
Je retourne à la fenêtre du balcon. L'homme en haillons est en train de se faire étrangler. Je ne parviens toujours pas à distinguer les traits de son agresseur. Je me sens tellement impuissant. Mon regard se porte de nouveau vers le téléphone. Mais qui appeler ? Cet homme en haillons, c'est moi qui suis en train de me faire étrangler ? Je sens une pression autour de mon cou. Je suffoque. Je tombe à terre. Je tends la main vers le téléphone. J'échoue à l'atteindre. Dans un élan de panique et de désespoir, je rampe jusqu'à la fenêtre. Je parviens à me hisser suffisamment pour observer la rue. L'homme en haillons gît au sol. Au dessus de lui, son meurtrier triomphant lève son visage vers moi. Dans ses yeux, le Chœur Noir...

Voici ce que moi, Agent Blanc, peut dire concernant ce qu'il est advenu de l'agent John J. Feuerfreïe. Ceci est son ultime témoignage.

Je m'appelle John J. Feuerfreïe. Je ne sais pas où je suis ni comment je suis arrivé là. Je sais seulement que cet endroit s'appelle le Chœur Noir. Ce lieu est difficile à décrire. On dirait un Pénitencier. Mais désert et sombre. Ça n'a pas de sens. Il fait perpétuellement nuit. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Il n'y a personne. Je ne suis pas seul. J'entends des cris au loin. Mais je ne vois personne. J'ai faim. J'ai soif. J'ai froid. Je ne sais pas si je suis vivant ou si je suis mort. Si je suis sain d'esprit ou fou à lier.
À un moment, je me suis assis et je me suis assoupi. Combien de temps ? Aucune idée. J'ai été réveillé par des chants mélodieux. Des anges ? Oui, j'avoue. J'ai pensé à des anges. Si tel est bien le cas, je suis peut-être au Purgatoire et ils peuvent me sauver. Je peux encore être sauvé. En me concentrant, j'arrive à deviner d'où proviennent ces chants. Je me sens de nouveau plein d'énergie. Plein d'entrain. Je cours vers la Lumière... une lumière que pour autant je ne vois pas. Mais je sais qu'elle est là. Je l'entends. J'entends la Lumière des anges.
Je cours. Les chants sont tantôt plus forts, tantôt plus faibles. Les anges se joueraient-ils de moi ? Ma gorge est sèche et me fait mal. Mes jambes aussi me font mal. Mon corps me semble fait d'un bois mort prêt à se rompre à chaque instant. Je dois atteindre un but. N'importe quel lequel. Je dois arriver quelque part avant... de rompre. Je ne suis plus qu'épuisement et décrépitude. Je m'adosse à un mur. Je reprends mon souffle mais ne parviens pas à ressentir cette agréable sensation que procure le repos. Quand mon corps ne court pas, mon esprit prend le relais. Qu'est-ce que je fais là ? Qui m'a envoyé ici ? Un seul nom me vient en tête. Le Butcher's Harem. Il est venu ici. Et c'est après qu'il est devenu celui que j'ai arrêté. Et moi, que vais-je devenir si je sors à mon tour ?
Ce serait ça, l'ultime malédiction du Butcher's Harem ? Je l'ai fait enfermer en prison alors il m'a fait enfermé ici. Une autre prison. Une prison qui vous transforme en monstre. Une prison dont je ne peux pas vouloir sortir. Quelle ironie ! Dois-je me faire une raison et accepter de passer ce qui me reste à vivre (l'éternité?) ici plutôt que de chercher à sortir au risque de retourner parmi les vivants pour les massacrer ? Peut-on quitter cette enceinte sans devenir un psychopathe ? S'il y a un moyen, serais-je assez fort pour le trouver ?
Fort ? C'est quoi la force ? Être assez fort pour garder le contrôle de ses pulsions les plus inavouables ou les accepter et parvenir à ne pas finir disloqué par cette vague qui nous submerge alors ? Que dois-je faire ? Résister ? Céder ? Tenir ? Lâcher prise ? Abandonner ? Je n'entends plus les chants. Les anges sont partis. Est-ce eux qui ont laissé cet opuscule à la couverture ombrageuse ? Le titre : Le Chœur Blanc. Les auteurs : Henri de Gordes & Eudes-Étienne Valmont de Coblange. Une dédicace écrite à l'encre bleue passée : « Bienvenue... Bienvenue John. Tu es ici chez toi. »
Bien qu'assis, j'ai l'impression de chuter. J'ouvre le livre. Je penche la tête. Mon regard se pose sur les fines lignes imprimées. Mon regard se perd dans les méandres du Chœur Blanc. C'est ma porte de sortie ! Je quitte le Chœur Noir. Sans le quitter pourtant, je pars. Pour ailleurs...


Réponse de Thomas :

A. Et bien, c’est un sacré morceau que tu m’avais caché là ! Une véritable fresque. Je constate que tout le début a été joué avec Psychomeurtre, ensuite j’ai identifié Quill, Muses et Oracles, Imagia, les cartes Folies de L’Appel de Chtulhu, Terres de Sang et Lacuna. Y-a-t-il d’autres systèmes que j’aurais loupés ?

B. Tu m’as dit avoir aussi utilisé Le Témoignage, mais j’échoue à voir comment les règles de ce jeu ont influé ton RP. T’en rappelle-tu et si oui, peux-tu me dire en quoi les règles du Témoignage ont agi sur ton RP ?


Réponse de Damien :

et bien ce scenar est une des 1ère "grosse" campagne que j'ai joué en solo. j'aurais bien voulu la jouer à plusieurs mais, comme d'hab, personne voulait ^^ de tête, je ne sais plus trop quels jeux j'ai utilisé. c'était un peu le bordel. pour ce qui est du Témoignage, je ne sais pas si ce sont les règles qui m'ont le plus intéressé que la possibilité de rédiger une sorte d'aide de jeu. ça offre une structure de récit intéressante. je m'en suis servi aussi pour un rp à la De Profundis. je jouais les lettres de mon perso cultiste avec Quill et j'utilisais le Témoignage pour jouer les PNJs qui rapportaient dans les journaux ou autres ce qu'ils avaient pu voir de mes activités ^^ si je devais jouer à plusieurs, je pense que j'intercalerais entre 2 scènes ou scenar des séances de Quill et du Témoignage justement pour que les PJs puissent vivre et faire vivre le monde autour d'eux. en plus, c'est un moyen pratique pour un MJ de faire rédiger les aides de jeu par les joueurs eux-mêmes. j'ai testé avec Quill et il y a moyen que ça rendre bien.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

Répondre