[Inflorenza] La Forêt du Coma

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thomas munier
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[Inflorenza] La Forêt du Coma

Message par thomas munier » 14 nov. 2018 12:19

LA FORÊT DU COMA

Dans cette adaptation du projet de jeu de rôle "Coma" d'Adrien Cahuzac, un trip à la The Cell où une équipe d'explorateurs de l'inconscient s'affrontent durement pour les derniers fragments de conscience d'un mourant.

Joué le 24/03/18 au festival Au-delà du Dragon à Montpellier

Jeu : Inflorenza, héros, salauds et martyrs dans l'enfer forestier de Millevaux


Le théâtre (inspiré du projet de jeu de rôle Coma d'Adrien Cahuzac) :

L’un d’entre vous est mourant et plongé dans le coma. Son esprit erre dans une forêt hantée par les visions de son inconscient et de sa mémoire. D’autres personnes viennent lui rendre visite. Qui veut passer un message à qui ? Qui a des comptes à régler ? Qui laisse derrière lui des regrets ? Et cette forêt du coma, a-t-elle sa volonté propre ?


Image
CREAF, cc-by-nc, sur flickr.com


L'histoire :

Une maison de maître. Carrelage en damier fissuré. Escaliers, végétation avancée qui pénètre par les vitres brisées. Au-dehors, la forêt. Au sol, un pot de fleur renversé. Le volume de terre déversé est beaucoup plus grand que le pot ne pourrait contenir. Bien que fanées, les fleurs ont continué à croître.

A l'étage, on entend un piano. Du Chopin. Sur le palier, un berceau.

Ils sont plusieurs à s'être donné rendez-vous dans la forêt qui constitue le palais mental de Damien, à l'heure où celui-ci, plongé dans le coma, vit peut-être ses derniers instants.
Beka, journaliste sans emploi. Un agent de sûreté. César, un grand-père avec une canne. Une bonne sœur qui dans la vraie vie est un gourou qui fait prendre à ses fidèles une noix végétale de la connaissance alchimique : la noix. Une petite fille.

Dans le monde de l'éveil, toutes ces personnes sont au chevet de Damien, connectées à lui. Mais il y a une personne de plus, non prévue au programme : Madame Lawson, une ménagère de cinquante ans, l'archétype de la bobonne-gâteau avec son tablier.

Il faut faire attention à tout, car Damien est paranoïaque et donc sa forêt de coma est possiblement hantée par des horlas à ses ordres qui assurent sa protection.

Beka et César s'approchent du berceau. Il y a un petit bébé fusionné avec les racines qui sont sorties des planches du berceaux. Sur le mobile pendent de petits horlas hideux. Beka et César manipulent le mobile et se retrouvent plongés dans un souvenir de l'enfant, celui qu'ils cherchent tous deux, l'enfant de Beka que Damien aurait enlevé, le même enfant dont César veut connaître le nom du père, et seul Damien le sait. Et ils arrivent au jour de la naissance de cet enfant. Dans le corps de l'enfant.

Damien est dans la salle de naissance, c'est lui qui prend le bébé dans ses bras. Ils le reconnaissent. C'est bien le même homme, avec un grain de beauté blanc sur le front. Il a une petite tête de bébé sur le ventre (ce n'est qu'un tatouage dans le monde de l'éveil), une cicatrice derrière l'oreille suite à un accident, et des chaussures rouges.

La petite fille lui parle à travers l'égrégore. Damien doit se rappeler d'elle, il ne doit pas mourir avant elle. Damien reconnaît sa fille. Peut-être même que l'enfant qu'il tient dans ses bras, c'est elle. L'enfant de Beka, c'est elle. La petite-fille de César, c'est elle. Damien est bouleversé.

Un homme nu à la peau noire comme de la suie sort d'un placard. Il tient dans ses mains des yeux de porcelaine qui plaque contre son visage pour voir son environnement. Il explique à Madame Lawson qu'il est un horla au service de Damien, mais qu'il veut en finir avec cet esclavage, il est prêt à trahir Damien et veut aider Madame Lawson a nuire à ce dernier. Il lui explique qu'il connaît un passage à la cave pour accéder à ce souvenir d'accouchement et interagir avec Damien en direct. Madame Lawson le suit mais les autres se concentrent suffisamment pour refermer le passage vers la cave.

Dans la forêt du coma, Beka a commencé à muter. Une main de bébé sort de sa propre main. Dans le souvenir, en tant que bébé, elle touche le visage du bébé sur la poitrine de Damien pour lui transférer sa mutation. César, ivre de colère contre Damien, s'empare des avec l'autre main du bébé des ciseaux qui ont servi à couper son cordon ombilicale et tente de tuer de Damien.

Mais la tentative d'assassinat échoue et tout le monde est extrait du souvenir.

Ils passent tous dans la pièce au piano. Des fleurs fanées ont poussé anarchiquement partout. Des racines crèvent les murs. Damien est là, qui joue du Chopin. Il est très maigre et des veines bleues parcourent son visage comme les nervures d'une feuille. L'agent de sûreté se précipite sur lui : Damien et lui ont fait un casse, puis Damien s'est mis à consommer la noix distribuée par la bonne sœur-gourou et depuis il a pété un câble : il s'est barré avec tout le pognon, a possiblement enlevé l'enfant de Beka, et puis est tombé dans le coma. Ce pognon, il doit dire à l'agent de sûreté où il l'a planqué, car il a besoin de sa part de butin pour soigner sa femme. Sans ce médicament hors de prix, elle va mourir.

Madame Lawson était louche depuis le début. Apparemment, elle avait le même tampon du club pour hommes fréquenté par Damien, et régulièrement son avatar sautait pour révéler sa vraie apparence, celle d'un homme assez ordinaire et grassouillet, mais inquiétant, poisseux. Celui à qui Damien a refilé l'enfant. Et maintenant, Damien n'a pas intérêt à parler. Madame Lawson lui écrase le couvercle du piano sur les doigts. Elle veut en finir avec lui. Le combat est très intense et tout le monde y prend part.

La fillette et César y investissent tellement d'énergie que du sang commence à leur couler des yeux et ils meurent.

Tout le monde se réveille dans la chambre d'hôpital, sauf César et la fillette, dont l'encéphalogramme est plat. Ils sont tous alités (y compris Mr Lawson, qui s'est incrusté après que les autres aient été endormis), avec des électrodes sur leur crâne reliés à une machine elle-même reliée au crâne de Damien par d'autres électrodes. Sur la table de chevet du mourant, un vase avec des fleurs desséchées.

La gourou alchimiste se traîne jusqu'au bord du lit de Damien, avide de savoir quelles découvertes il a fait grâce à la noix : a-t-il atteint la pierre philosophale ? C'est ainsi qu'elle recueille ses dernières paroles :
"J'ai vu la vérité... Et j'ai dû m'en débarrasser."

C'est trop tard pour en apprendre davantage de Damien. Sur ce qu'est devenu l'enfant, ce qu'est devenu l'argent.

Mr Lawson tente de s'éclipser et l'agent de sûreté se rue sur lui dans un accès de rage.


Feuilles de personnages :

La nonne-gourou
+ Je veux accéder à la connaissance suprême. Je sais que par sa drogue il a pu avoir des infos.
+ Je veux cacher que je suis gourou et que je lui ai donné la drogue.
+ Je veux qu'il s'en sorte (la noix ne fonctionne que si elle t'est donnée par quelqu'un qui t'aime)
+ (barré) Je gagne la confiance de Damien et peux communiquer avec lui.

La vengeresse
+ Est-il le père de l'enfant ?
+ Vengeance sur Damien
+ Cicatrice derrière l'oreille

Mme Lawson
+ (barré) Je veux que personne ne sache que j'ai l'enfant.
+ J'ai un tampon d'un club de femmes au poignet (l'"Eros") que j'essaye de cacher sous des gants
+ De temps en temps ma skin bouge

La fillette
(barré) Je veux mourir avant lui.
(barré) Il sait qui je suis et se souvient de moi.

Beka
+ (barré) Je veux retrouver mon enfant qui a disparu. Le comateux me l'a pris.
+ (barré) Album photo d'enfants mutés en souffrance
+ (barré) Comprendre les mutations des enfants
+ Réveiller le comateux.


Commentaires :

Durée :
3/4 h de briefing + 1h1/2 de jeu + 1/4 h debriefing

Profil de l'équipe :
curieuse des jeux expérimentaux :)

Défi :
tester deux variations de règles prévues pour Inflorenza 2 :
+ Possibilité de faire des conflits à trois camps ou plus (finalement non testé, on a toujours réussi à ramener les choses à des conflits à deux camps)
+ Possibilité de garder son personnage une fois toutes les phrases barrées, à condition qu'il soit radicalement transformé (Cela a été testé, sur le personnage de Beka et de la vengeresse, mais je sais pas si je suis convaincu. Autant ça avait l'air pertinent sur Déclin, le hack de kF ou justement la notion de déclin est importante, autant là sur ce playtest ça m'a semblé casser la tension liée au risque de perdre son personnage. Les personnages revenaient transformés, physiquement ou mentalement, mais ce sont des choses qui pouvaient déjà arriver par des souffrances ou des sacrifices, donc c'était redondant. Après c'est sympa pour les personnes qui aiment étoffer un personnage tout au long d'une séance, mais elles peuvent déjà le faire à condition d'éviter les risques inutiles. Je serais bien avisé de retester au moins à une autre table cependant.) [note à froid : après avoir retesté, j'ai adopté cette possibilité de garder son personnage après sacrifice, à condition qu'il soit radicalement transformé. En réalité, parfois les joueuses préfèrent volontiers changer de personnage, mais quand elles transforment le personnage, c'est tout aussi intéressant]

Mise en jeu :
+ L'équipe a choisi de jouer avec MJ, cela leur paraissait plus simple d'avoir un MJ vu le nombre de personnes (6 + moi-même) et l'étrangeté du théâtre.
+ J'ai demandé aux six personnes de définir chacune un aspect du comateux, ce qui a donné sa description si... particulière :)
+ Lors de la création, dû à une explication trop lacunaire de ma part, deux ou trois personnes ont créé un personnage avec trois phrases au lieu d'une. J'ai validé pour gagner du temps et parce que ce déséquilibre pouvait se gérer.
+ J'ai opté pour le jeu sans instance car à 6, je craignais trop d'attente entre chaque tour. Mais j'ai demandé aux joueuses de s'auto-modérer chacune sur le temps de parole. J'ai pas minuté mais j'ai eu le sentiment que ça a suffi.
+ On a opté pour un monde de l'éveil qui n'était pas Millevaux, mais notre monde juste décalé, un peu plus technologique et magique, pour justifier l'inception et l'alchimie.
+ Dû aux conditions de jeu un peu speed, j'ai considéré que Beka était une femme (et donc potentiellement la mère de l'enfant), mais maintenant ça ne me paraît plus aussi sûr (je me demande si sa joueuse n'a pas décrit un homme au départ).

Retours de l'équipe :

Joueur de l'agent de sûreté :
+ ça devient vite le bordel mais c'est logique vu le nombre de joueurs.
+ Si 3-4 objectifs différents, ça peut vite devenir du grand n'importe-quoi.

Joueuse de la nonne-gourou
+ Comment ça se passe sans MJ ? [Je fais un petit laïus pour expliquer]

Joueur de Madame Lawson :
+ Cette situation de départ oriente plus le jeu que le jeu lui-même.
+ L'omniprésence et l'omniscience simplifient les choses [note de Thomas : de mémoire, je crois que d'autres voix s'élèvent à la table pour dire qu'au contraire ça les brouille]
+ L'aspect onirique et la non-linéarité en revanche ça a compliqué les choses.
+ Le gameplay, je le trouve très bien. Le perso est défini très rapidement.

Joueur de la petite fille :
+ ça a l'air de vachement dépendre des joueurs. Dans quelle mesure ça fonctionne avec tout le monde ? ça m'a fait penser à Perdus sous la Pluie. Des fois, c'est difficile.


Retour personnel :

+ J'ai le sentiment que l'équipe a globalement apprécie l'étrangeté du théâtre (et de ce que j'en ai fait) mais le grand effectif et la durée de jeu courte ont fait que les joueuses ont quand même été un peu perdues (si je prends en compte les retours des plus sceptiques).
+ Pour la petite histoire, j'avais eu le plaisir d'avoir de la demande sur cette table, donc j'avais rajouté une place. Quand je fais la démo d'un jeu, j'essaye d'arbitrer entre qualité de jeu et opportunité de présenter les choses. Je sais que les conditions peuvent être sous-optimales (jeu en convention, beaucoup de personnes à la table, durée trop courte...). Mon objectif est de faire découvrir les grands aspects du jeu (gameplay, ambiance) plutôt qu'ambitionner des parties plus mémorables (qui impliqueraient de jouer plus longtemps, avec moins de personnes et sûrement moins souvent) : j'ouvre des portes plus souvent, mais c'est une invitation à approfondir. C'est souvent aussi pour ça que je me refuse à proposer des prétirés alors que la création de personnage en commun présente des intérêts en terme de manipulation technique ou d'intercréativité.
+ Cette partie a été l'occasion plaisante de renouer avec du vertige logique en impro, d'ailleurs ça aurait fait une bonne partie de Wonderland, bien qu'avec seulement trois strates de réalité (l'éveil, la maison, l'accouchement), j'ai été soft. Ceci dit, la perplexité d'une partie de l'équipe me rappelle que j'échoue parfois à bien expliquer le concept de faire interagir deux réalités. Je ne peux pas demander aux joueuses de lire Jouer le vertige logique en jeu de rôle avant la partie, il faut que je sache expliquer avec des mots simples. Je sais le faire (le livre en question a justement pour but d'enseigner à le faire, mais il faut juste que je prenne le temps de me poser avant d'expliquer.
+ Je pense que la partie a été beaucoup plus fantasmagorique et gonzo que ce que j'imagine d'une partie du jeu de rôle Coma. Pour s'en rapprocher (aller vers une symbolique plus simple et plus forte, des temps pour se poser, de l'introspection), il eut fallu sûrement restreindre drastiquement les effectifs, jouer plus longtemps, réduire le tempo, poser des contraintes sur la nature des scènes, la symbolique, les émotions des personnages... Rien d'impossible avec Inflorenza (le jeu est assez plastique pour ça et quelque part des parties comme La Forêt du Docteur Chestel en étaient très proches ) mais tout ceci donne aussi très envie de tout simplement attendre qu'Adrien Cahuzac finalise et diffuse son jeu.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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