[Arbre] Scôhhé

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thomas munier
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[Arbre] Scôhhé

Message par thomas munier » 18 juin 2018 19:01

SCÔHHÉ

Début de campagne dans les Vosges tout en terroir et en patois avec le parcours frustre et intimiste d’un jeune vacher et de son compagnon bourru. Un récit et un enregistrement de partie par Claude.

Partie enregistrée ici.

Note : le dernier enregistrement recouvre une séance qui n'est pas accompagnée d'un compte-rendu écrit.

Crédits images : Claude Féry, par courtoisie

Joué les trente avril et premier mai 2018 (30 minutes et 2 heures)

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Deux joueuses :
J'assume, petite entorse à la règle, le rôle de Garde Forestière et j'incarne également un personnage : Horace.

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Gabriel joue Le Vacher.

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L'histoire :

Ils ont quitté trois jours auparavant le Haut des Presles, une petite communauté autarcique de moyenne montagne de cent cinquante âmes environ à la demande d'Horace.
Le gamin, âgé de neuf ans, craint que La Vieille, sa mère, ne veuille le perdre dans la Forêt de Noire Goutte ou ne le vende. Sa mère ne supporte plus ses prodiges et son incessant babil avec les morts.
Il a naturellement sollicité son ami Le vacher et tous deux ont pris la route pour les hauteurs, accompagnés de leur amie, la vache Julie qu'Horace a baptisé Maman Karova.
Leur destination indiffère le jeune Vacher. Son ami lui a demandé de le protéger et s'est sans calcul et spontanément qu'il lui a prodigué son aide. Mais bien vite, alors que le soleil monte dans un ciel ensoleillé, la fatigue accumulée sur la route et la chaleur sèche d'un jour sans vent sur les hauteurs réduisent les ardeurs du gamin, qui traîne et se lamente sur son sort, et plus particulièrement ses pieds endoloris.
Il est épuisé et s'allonge au milieu des hautes herbes. Après quelques mots peu tendres d'Horace, Le Vacher gravit la pente et se réfugie sous l'ombrage bienfaisant de quelques aulnes qui forment la lisière de la forêt. Julie le rejoint bientôt puis s'éloigne. Elle découvre une marre, qu'elle vide en toute hâte, laissant le jeune homme s'abreuver directement au rupt. Ce dernier avise ensuite un magnifique framboisier portant de nombreux fruits mûrs sur ses basses branches qui se tendent vers la prairie et la lumière vive qui l’inonde. Le Vacher en mange sur pied, puis en réserve quelques autres dans son aumônière.
Il reste à l'ombre des arbres et contemple le paysage alentour.

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L'endroit serait agréable, si les moucherons et les moustiques n'étaient pas si entreprenants. Bientôt des wessés bourdonnantes sortent du sous bois et troublent sa quiétude pour se ruer, affairées dans la prairie. Le temps a passé, et les moqueries d'Horace lui pèsent encore sur le cœur, mais un goupil qui l'observe le rappelle à ses devoirs. Il est le plus âgé et il a laissé inconsidérément le jeune enfant en plein soleil, au plus fort de la journée.
Il quitte la lisière et le rejoint pour faire sa taire sa mauvaise conscience.
Il découvre alors Horace, vagissant faiblement, le visage tuméfié par une multitude de piqûres de wessés. Il geint faiblement et ne parvient même plus à détourner les insectes de son visages. Alors, le brave Vacher le charge sur son épaule et de son autre main tente de chasser les insectes voraces, le biface du gamin en étendard. Sans grand succès, il excite la fureur des assaillent qui lui piquent la main. Il gravit la pente lourdement chargé et toujours entouré de la nuée d'insectes.
Horace ce récrie que tante Aigotte dit qu'il faut faire de la fumée pour les disperser.
Mais comment ? Le Vacher est tout désemparé. Sans aménité, le traitant de "tête de bois", le gamin lui confie son briquet à amadou puis s'emploie à enflammer des brindilles sèches devant le manque d'efficacité de son aîné. Sitôt l'étincelle recueillie Le Vacher y dépose des feuilles encore vertes qu'il avait plutôt récoltées et conservées dans son aumônière. Une fumée âcre se dégage qui les libère des wessés affamées. Horace, sanglote de nouveau et exige que son compagnon enduise ses piqûres de miel pour chasser la douleur. Le Vacher accède à sa demande mais doit négocier pour bénéficier du même traitement pour sa main endolorie de piqûres. Il propose au gamin de manger des framboises. Celui-ci lui rétorque qu'elles sont pleines de pisse de renard. Quel gamin exigeant ! Ils se réconcilient et reprennent leur route.
Mais puisqu'ils sont de nouveau amis, Le Vacher, doit pousser son biclo tandis qu'il économisera ses maigres forces juché sur Maman Karova.
La négociation est âpre et à nouveau leurs orgueils respectifs sont écornés, mais finalement ils cheminent ensemble.

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Après une énième chicanerie, ils en viennent à sortir leurs larmes et se menacer.
Le Vacher s'en va et se cache dans le fossé comme lui a suggéré le goupil qui l'observe à nouveau. Pour lui administrer une bonne leçon et une belle frousse, qu'il comprenne que l'amitié s'entretient et se doit de conjuguer la réciprocité. Mais peine perdue, il se trahit, riant aux remarques que fait le gamin à Julie. Ils repartent ensemble et atteignent finalement la Roche des Chètes, où selon Horace, habite dans une moraccarerie le brave G'éhétin, qui ne manquera pas de leur fournir la hottentote pour le transport du fourrage nécessaire à Maman Karova, lors du franchissement du col de haute altitude.
Au crépuscule, lorsqu'ils parviennent comme prévu par Horace sur le promontoire, au ravissement de Julie ils trouvent une prairie bien grasse dont elle se repaît avidement.
La ferme elle est à l'abandon. A leur arrivée un goupil franchit le seul et s'éloigne vers la forêt. Sous la soulèye vide de fourrage, trône une hottentote défraîchie. La bâtisse est envahie par les ronces. Un framboisier a donné quelques fruits sur lesquels le renard a répandu son urine.
Horace demande à son ami de se saisir de la houtote, car elle est chargée des souvenirs de celui qui est mort icite, et qu'ils seront un fardeau trop lourd à porter pour ses frêles épaule.
-"Charge ton cœur de ce fardeau mon ami, pour me préserver"
-"Mais que m'offriras-tu en échange, mon ami ?" lui rétorque aussitôt le Vacher.
"Je t'offrirai ton nom, mon ami, Edmond."
Le Vacher acquiesce, il porte désormais son propre nom, que l'oubli porté par les pollens essaimés au printemps lui avait été ravi.
En touchant la houtote, il ressent comme une piqûre. Un vieil homme se tient dans l'ombre de la soulèye et lui parle :
-"Ma fèye, écoute bien et répète ces gestes. Quant tu auras trouvé ton boube et que tu auras ta propre mohon, tu n'auras plus à craindre le Grabougnat si tu respectes la tradition et tu pourras alors avoir fé...
N'oublie pas ma fèye, hein ma Morguite"
Horace n'a pas vraiment menti, il a bien rencontré celui qui habitait le lieu, et Edmond est riche d'une certitude, le Grabougnat c'est rien que pour faire tenir tranquille les gamins indociles !


bilan provisoire :

Gabriel apprécie le ton. Nous sommes resté en mode intime et cela convient au développement des relations des deux gamins. Le goupil est plaisant à interpréter. C'est plus qu'un outil de jeu. La fiction s'en trouve renforcée et il incite à creuser et croiser les liens entre les personnages. Pas de péripéties, mais de belles émotions. Nous avions convenu que Le Vacher avait oublié son nom (sa branche morte est la mémoire) et qu'Horace le connaissait. Le moment propice est apparu pendant notre petite errance et s'est révélé riche en émotions. La branche commune a permis de tisser beaucoup autour de la relation entre les personnages et reconsidérer, chacun, nos idées préalables sur les personnages que nous envisageons d'incarner. Gabriel a vraiment beaucoup aimé. Le rire était de la partie, mais l'implication des joueuses était égale. Une expérience vivement appréciée par Gabriel, qu'il range aux côtés de Terre de Sang est Millevaux, Les Murmures de Shub-Niggurath et Mori.

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Thomas :

C. On dirait que tu as des connaissances en patois vosgien. Tu as déjà fait des séjours dans le secteur ? Il est clair que ça donne un côté très vivant à la partie et pour dire, cela m’a donné envie de situer ma prochaine méta-campagne (qu’on devrait démarrer ce vendredi en ligne avec Écorce) dans les Vosges, dont je suis originaire et qui m’ont beaucoup inspiré pour Millevaux.

D. Tu dis que tu as joué un personnage, Horace, mais j’ai l’impression qu’Horace n’avait pas de goupil. En l’état, Horace est plutôt un figurant avec des post-it qui le rendent plus étoffé.

E. J’aime bien votre traitement du goupil (on aperçoit l’animal, il interagit même avec l’environnement). C’est un des traitements possibles mais je ne l’avais encore jamais vu en test : généralement les joueuses se contentent de murmurer en prenant la voix du goupil, le clochard l’entend mais ne le voit jamais.

F. Vous avez calibré le jeu sur intime et c’est très bien. L’important dans Arbre c’est que l’ambiance soit calée sur la demande de la table. Du coup, je crois qu’il n’y a pas de prix à payer durant votre séance, à part peut-être quand Le Vacher met la houtote lourde de souvenirs dans son cœur et qu’Horace lui offre son nom en échange. Ça n’est pas très impactant (on ignore ce que signifie vraiment le poids de la houtote, quel va être l’impact sur le personnage) mais c’est très poétique, très symbolique, donc pour un mode de jeu intime, ça convient très bien.

G. Je suis en train d'écouter les enregistrements, j'en suis au début de la partie 4. C'est amusant de voir comment la partie se structure presque exclusivement sur un dialogue entre Horace et le Vacher

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Réponse de Claude :

C. Ma mère est née à Gérardmer. Mes grands parents, et l'un de mes oncles, y ont vécu jusqu'à leur mort. J'y ai séjourné toutes mes vacances d'été enfant, et quelques vacances d'hiver.
Le haut des Presles est l'un de mes souvenirs d'enfance. La canicule de 76, la varicelle très forte, et les engins de chantier qui rénovent la route.
Je ne parle pas le patois, mais je l'ai entendu.

D. Horace a un Goupil. Gabriel l'a joué, mais il n'a pas choisit de le personnifier.

F. Horace a indiqué que les souvenirs du mort contamineraient son esprit et qu'il aurait à souffrir de ceux-ci. Qu'il était trop faible pour s'y confronter. Plus tôt, Le Vacher avait remis en cause la réalité du pouvoir d'Horace a s'entretenir avec les morts. Mais il cherche à s'en convaincre.
La Garde Forestière a demandé à Gabriel ce que voyait Le Vacher au moment ou sa main saisissait la courroie. Gabriel s'est étonné de cette demande, mais a précisé qu'il regardait Julie paître.

Edmond a chargé son cœur de ce souvenir étranger, accepté de porter sur ses épaules le fourrage pour Julie pour le reste du voyage et a partagé une partie de la souffrance de son ami Horace qui en échange lui a rendu son nom.
Tous deux sont altérés, transformés par cet échange.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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