Inflorenza comme jeu générique

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[kF]
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Inflorenza comme jeu générique

Message par [kF] » 05 févr. 2018 13:13

Hello,

j'en ai un peu parlé à gauche à droite, je me demande comment penser les règles mécaniques d'Inflorenza (instances, théâtres, conflits) comme un jeu de rôle "générique", au sens où l'on peut les adapter sans mal à toutes sortes de contextes pour jouer un paquet de choses différentes. Cela vient du constat qu'il y a sur le forum une #TeamInflorenza qui ressort le jeu à toutes les sauces - je pense notamment à Eugénie, Arjuna, Côme et moi-même. D'une certaine manière, ce sujet est aussi la continuation du podcast Mille façons de jouer à Inflorenza.

Utiliser les règles d'Inflorenza n'est certainement pas neutre en termes d'expérience : il va y avoir des sacrifices, des conflits à l'issue cruelle, on va jouer des personnages antagonistes et cela risque de ne pas finir très bien. Mais je constate que c'est la même chose pour tous les systèmes dits génériques ; Fate par exemple a besoin d'être sacrément dénaturé pour lui enlever son côté pulp. En medfan générique, Dragon de poche donne une couleur très magique et mystérieuse, dK2 est détendu, crunchy et fun, Brigandyne est sobre et gritty... Bref, on peut sûrement s'accorder sur le fait que choisir un jeu générique pour motoriser un truc, c'est souvent choisir une couleur et une façon bien spécifique de raconter les histoires. Ce qui fait qu'Inflorenza ne fait pas exception.

Pour être un peu plus précis, je distingue 3 façons de "jouer à Inflorenza, mais en fait on joue autre chose" :
1 Une histoire qui se passe dans Millevaux, mais qui via l'égrégore et la corruption ressemble à autre chose. Par exemple jouer la quête du Graal ou la guerre du Viet Nam : on a beau être loin des parties "typiques", on reste dans le canon du jeu. Cela vient du fait que Millevaux est un univers extrêmement malléable, ce qui d'ailleurs a probablement été la porte vers les hacks futurs.

2 Une histoire qui ne se passe pas dans Millevaux, mais dans laquelle la forêt va petit à petit s'introduire. C'est le cas par exemple du théâtre Bridget Jones d'Eugénie, où les parcs municipaux débordent de leurs limites, où l'égrégore s'infiltre dans les réseaux sociaux, etc. On commence à être vraiment loin de Millevaux, mais on peut utiliser les mêmes tricks narratifs : oubli, égrégore, etc. Car il faut bien reconnaître que Millevaux, c'est un univers uniquement constitué de portes ouvertes et d'excuses dramatiques pour mettre en scène tout ce que l'on veut ! Des petites adaptations peuvent être nécessaires : par exemple, dans Bridget Jones, si un personnage disparaît il ne meurt pas, mais rentre chez ses parents.

3 Une histoire qui n'a aucun rapport avec Millevaux. C'est le vrai sens de "générique", et aussi celui qui m'interroge le plus : qu'est-ce qui est réellement nécessaire pour pouvoir utiliser sans heurt le système d'Inflorenza ? De même que Fate ne sert à rien pour jouer un drame français intimiste, Inflorenza a ses limites et tout ne passe pas. Mais où sont les limites ?
+ ma première intuition, confirmée par les tests de Déclin, c'est qu'il reste impératif que l'on joue des personnages plus ou moins antagonistes. S'allier vers un but commun, c'est souvent assez faible en jeu. A moins que des règles bonus ne modélisent une résistance de l'univers plus forte ?
+ je pense qu'avoir des éléments proches de l'égrégore est un plus, pour se faciliter la possibilité que les personnages se retrouvent et comprennent ce qui a lieu. Mais cela peut juste faire partie du contrat social : quand on fait une grosse crasse à quelqu'un en secret, la cible peut avoir une intuition subite et découvrir rapidement le pot aux roses si c'est intéressant pour le développement à suivre.
+ dans tous les contextes, le jeu esthétique reste le plus facile et le plus favorisé.
+ je ne vois pratiquement pas de limites formelles à ce que l'on va raconter. On peut ne jouer que des scènes figées (La Jetée) ; on peut jouer à des centaines d'années d'écart, ou aux antipodes de la planète ; on peut jouer des personnages qui restent chez eux et se contentent de réfléchir ; on peut sans doute jouer à l'envers chronologiquement ; jouer des visions, des rêves, des futurs imaginés, des flashbacks romancés...
+ par contre, paradoxalement, je ne sais pas si on peut bien jouer des choses très terre à terre. Je me demande ce que ça donne de jouer un donjon, par exemple, même en se donnant des rôles très antagonistes (maître-sse du donjon, monstre insatisfait, aventurier-e, sage égaré-e...). Un test intéressant serait de jouer quelque chose dans ce goût-là, sans égrégore ni corruption.

Pour celles et ceux qui pratiquent Inflorenza, de près ou de loin : où sont les limites ? Qu'est-ce qui vous paraît infaisable ? Quand est-ce qu'on joue ?
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Emöjk Martinssøn
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par Emöjk Martinssøn » 05 févr. 2018 14:35

Tout d'abord, je suis super déçu que tu n'aies pas adopté #Teamflorenza, qui était quand même beaucoup mieux.

Sinon je suis globalement d'accord avec toi, surtout sur les deux limites que tu pointes : le jeu « terre à terre », ou plutôt un jeu qui ressemble trop à des propositions classiques de JdR (une enquête, l'exploration d'un donjon, etc.) me semblent possibles mais sans doute pas le meilleur usage du système ; de même, je serais curieux de voir comment tourne une partie en collaboration et sans opposition, qu'elle soit mécanique ou narrative (j'ai joué des parties sans aucun conflit mais avec beaucoup d'enjeux opposés entre les PJ, les premières phrases d'instance n'y forcent pas automatiquement mais ont tendance à y amener).
Mais dans ces deux cas, je ne crois pas que ça casse le jeu, juste ce n'est pas forcément la façon la plus intéressante d'y jouer. Comme tout système plus ou moins générique, il s'accompagne d'une certaine esthétique, l'ignorer ou la minimiser serait dommage !

Arca
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par Arca » 05 févr. 2018 15:47

#Teamzazou ?

Inflorenza, et zou ?

(pardon, je sors)

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Tiramisù
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par Tiramisù » 05 févr. 2018 17:04

Il me semble qu'une caractéristique majeure d'Inflorenza, en faisant abstraction de Millevaux, est qu'il propose de jouer des personnages qui deviennent. Au fil des conflits et des scènes, les traits s'ajoutent, se biffent, mutent, décrivant un personnage en perpétuelle évolution au cours de la partie. Dans le petit monde de la jidérie où l'évolution du personnage est souvent au temps long, à la campagne, cette caractéristique d'Inflorenza me semble significative.

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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par [kF] » 05 févr. 2018 17:17

Tiramisù a écrit :
05 févr. 2018 17:04
Il me semble qu'une caractéristique majeure d'Inflorenza, en faisant abstraction de Millevaux, est qu'il propose de jouer des personnages qui deviennent. Au fil des conflits et des scènes, les traits s'ajoutent, se biffent, mutent, décrivant un personnage en perpétuelle évolution au cours de la partie. Dans le petit monde de la jidérie où l'évolution du personnage est souvent au temps long, à la campagne, cette caractéristique d'Inflorenza me semble significative.
C'est vrai, Inflorenza ça va vite ! En deux ou trois heures de jeu on a le temps de voir un personnage changer trois fois de nature, et même si les campagnes sont envisageables, jouer trois séances de suite avec le même personnage est déjà difficile.
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par thomas munier » 01 mars 2018 12:05

Si de prime abord Inflorenza semble peu adapté pour jouer un donjon, c'est avant tout à cause de sa gestion du temps. La résolution par conflit et non par action fait qu'on est éloigné de la gestion très micro qu'on adopte généralement en donjon. Mais on peut faire du donjon avec Inflorenza, mais autrement : en se concentrant sur les grands moments de l'exploration donjonnesque plutôt qu'en passant en revue les moindre détails. D'ailleurs, je pense kF que tu l'as fait avec cette partie : Le Mausolée
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par [kF] » 01 mars 2018 12:19

thomas munier a écrit :
01 mars 2018 12:05
Si de prime abord Inflorenza semble peu adapté pour jouer un donjon, c'est avant tout à cause de sa gestion du temps. La résolution par conflit et non par action fait qu'on est éloigné de la gestion très micro qu'on adopte généralement en donjon. Mais on peut faire du donjon avec Inflorenza, mais autrement : en se concentrant sur les grands moments de l'exploration donjonnesque plutôt qu'en passant en revue les moindre détails. D'ailleurs, je pense kF que tu l'as fait avec cette partie : Le Mausolée
Très juste. Mais je pense quand même qu'il y a un autre problème que la temporalité, c'est le manque d'antagonisme. Quand tout le monde est allié vers une quête commune, l'adversité est très abstraite et les conflits sont faciles à gagner, le seul risque provenant de la règle de contamination des sacrifices. Dans cette partie-là, qui n'était d'ailleurs pas hyper fonctionnelle, on a chacun exprimé nos persos et on avait quelques raisons d'agir dans des directions différentes. La partie "finir le donjon", arriver au bout, n'était pas très satisfaisante. (après, c'est des souvenirs d'une partie jouée entre 5h et 8h, sur un gros week-end marathon où j'en ai fait 7... donc c'est pas hyper hyper fiable).

Du coup, le donjon sous Inflorenza me semble jouable à condition que les personnages n'incarnent pas un groupe d'aventurier venus en défier les dangers, mais des partis distincts : deux aventuriers qui viennent pour des raisons très différentes, le maître du donjon, une chimère pas contente d'y rester enfermer, etc.
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par thomas munier » 18 avr. 2018 18:00

Une nouveauté qui pourrait corroborer le potentiel d'Inflorenza comme jeu de rôle générique :

[Jeu en deux pages] Fiascorenza

Un détournement d’Inflorenza en hommage au jeu de rôle de truands losers Fiasco !

Un texte par Badury.

Image
crédits : clotho98, licence cc-by-nc, galerie sur flickr.com
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Re: Inflorenza comme jeu générique

Message par Encre DC » 08 mai 2018 22:55

Je n'ai beaucoup joué à Inflorenza donc je suis pas sûr de ce que j'avance. Inflorenza ne correspond à une utilisation Mc Do (Quick, KFC) du JDR. J'entends par là un joueur qui veut vivre des choses en se laissant porter par une histoire sans grande préparation. Si le joueur veut subir, souffrir et trouver une solution qui sera là (le plus souvent) mais cachée, il aura dû mal à se retrouver dans le système.

Alors après est-ce que le fast-food-jdr est vraiment le coeur de cible du jeu générique, je ne pense pas. Mais ça reste une manière fun de jouer à la va-vite qui aura du mal à se satisfaire d'Inflorenza. Ou alors il faut une bonne dose de privilèges supplémentaires pour le confident. Le système de phrases comme fiche personnage reste applicable cependant, au lieu des caractéristiques + compétences habituelles. Ah et, par rapport aux fiches personnages, certains joueurs aiment avoir toute une fiche d'identité sur eux car ils s'identifient grâce à ça à leur personnage.

Enfin, je suis d'accord avec ce qui a été dit plus haut (je ne sais plus où). Mais ce système ne correspond que très moyennement à un jeu de rôle collaboratif. Ce qui est quand même un peu dommage je trouve, vive l'amour et la collaboration.
"Oui"
Anonyme

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