On joue deux rôles

Pour échanger autours des différentes pratiques des jeux de rôle alternatifs
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thomas munier
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On joue deux rôles

Message par thomas munier » jeu. 24 août 2017 09:22

En fait, en jeu de rôle sur table, on joue deux rôles :

+ On joue son personnage, avec tout le roleplay que ça implique.

+ On se joue aussi en tant que joueuse. Cela implique qu'on a tout à fait le droit de surjouer les encouragements envers l'équipe, la déception à l'issue d'un jet de dé raté, la haine contre le personnage qui nous a trahi, ou la surprise à l'occasion d'un coup de théâtre. C'est aussi à travers ce rôle de joueuse qu'on contribue à l'ambiance de la partie. Bien qu'on ait tout à fait le droit de rester très authentique dans ses réactions de jeu, dans son jeu méta (et en quelque sorte, on peut faire un parallèle avec la joueuse qui joue son personnage comme elle se jouerait elle-même), on peut donc aussi faire oeuvre de roleplay dans le jeu méta.

Image
crédit : massimo ankor, licence cc-by-nc, galerie sur flickr.com

Pour aller plus loin :
La chaîne Youtube Roleplay that Movie
Romaric Briand : Joueur, Personnage et Simulacre, dans le recueil Le Maelstrom (auto-édité)
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
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Valentin T.
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Re: On joue deux rôles

Message par Valentin T. » jeu. 24 août 2017 10:16

Ta réflexion fait complètement écho à celle que je détaille dans mon CR d'Amour, Gloire et Chevalerie ici, où j'expérimente ce que donnerait la superposition la plus forte possible entre le rôle du joueur et le rôle du personnage.

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Re: On joue deux rôles

Message par Fabien | L'Alcyon » jeu. 24 août 2017 11:15

L'Alcyon mon label de publication de jdr indépendants

Eugénie
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Re: On joue deux rôles

Message par Eugénie » jeu. 24 août 2017 14:05

Juste pour reporter ici ce qu'on s'est dit de vive voix : je trouve super intéressante la lecture que tu as de Roleplay that Movie (où les joueurs sont des rôles écrits, on ne regarde pas vraiment des gens jouer mais acteurs faire semblant de jouer). Et comme tu le dis, dans ces vidéos, les joueurs ne roleplayent que leur propre rôle puisque les personnages sont des extraits de films. Du coup, les rôles de joueurs sont pensés comme des archétypes : il y a le joueur lourd, le timide, le noob, le mec-qui-veut gagner...

Du coup, effectivement, on peut se demander dans quelle mesure on joue un rôle hors personnage quand on s'assoit à la table. Dans le cadre du style d'une joueuse, ça me parle carrément. :)

Personnellement, je sais que c'est ce que je fais quand je joue à des jeux de société (ou des jeux d'adresse). Que je joue au Uno ou la pétanque, je me mets en mode "joueuse dramaqueen". J'en fais des caisses dans l'arrogance, la mauvaise foi, la suspicion de triche, le drame quand je perds... Et c'est un vrai plaisir de "jouer à jouer".

Et dans la foulée je me pose des questions sur le rôle : est-ce que ce serait un caractère (enthousiaste, méfiant, autoritaire, cabotin, bavard) ou une position dans le groupe (joueuse-pilier, joueuse-suiveuse, joueuse-tampon (qui fait tenir le groupe ensemble), joueuse-solo) ou un peu des deux ? ou encore autre chose ?

Et maintenant on fait quoi ? UNE PARTIE AVEC DES PLAYBOOKS DE JOUEUSES !! :)

thomas munier
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Re: On joue deux rôles

Message par thomas munier » jeu. 24 août 2017 14:49

A.
Valentin T. a écrit :
jeu. 24 août 2017 10:16
Ta réflexion fait complètement écho à celle que je détaille dans mon CR d'Amour, Gloire et Chevalerie ici, où j'expérimente ce que donnerait la superposition la plus forte possible entre le rôle du joueur et le rôle du personnage.
Si j'ai bien compris la conclusion de ton CR (et je suis loin d'être sûr d'avoir compris), le fait de faire converger les interactions des personnages et celles des joueuses (en l'occurence, de deux façons : en limitant dans ces deux cas les interactions aux interactions sociales, et en t'arrangeant pour que toute interaction sociale de joueuses ait une traduction en interaction social de personnages), tu parviens à un sentiment de fluidité parce qu'alors les propositions de chacun et chacune ne connaissent aucun frein. On a une convergence des rôles.

Je crois pour autant que la similitude avec mon propos s'arrête là. La convergence des rôles des personnages et des joueuses peut sembler être un outil de jeu intéressant, notamment parce qu'elle permet un meilleur raccord entre la joueuse et le personnage (facteur d'immersion dans le personnage). Mais le fait de prendre conscience qu'on a deux rôles est intéressant au-delà de la convergence. La divergence est intéressante aussi (quand deux personnages se détestent alors que les joueuses se font des clins d'oeil complice) pour traiter de l'ironie dramatique ou désamorcer des conflits interpersonnels. Le rôle de la joueuse traite aussi des champs qui sont tout simplement en dehors du champ du personnage. Ainsi, quand je commente une situation dont mon personnage est absent (je peux bien sûr le faire du point de vue du personnage, en mode ironie dramatique, comme si le perso visionnait la scène plus tard mais je peux aussi commenter la scène en tant que joueur, sans me demander ce que mon personnage en penserait). Egalement, quand je fais des commentaires qui sont en désaccord avec le point de vue de mon personnage, mais qui visent à huiler la machinerie sociale. Par exemple : quand je joue avec des enfants ou des débutants, j'ai tendance à féliciter chaque initiative, même si mon personnage (ou moi-même) la trouve risquée ou inutile : "Tu veux tenter de calmer les dragons-ogres enragés avec une chanson ? Waaa, trop bonne idée". (le dit exemple pourrait être contredit par le fait que si l'ensemble de la tablée encourage ces dites initiatives et leur offre une chance de réussite, on change en fait tout le gameplay ; on passe par exemple d'un jeu gritty à un jeu bisounours, et alors, ces dites actions deviennent pertinentes, ce qui peut ramener de la convergence personnage-joueuse)
Fabien | L'Alcyon a écrit :
jeu. 24 août 2017 11:15
Est-ce que c'est équivalent aux Postures d'Acteur, d'Auteur et de Metteur en Scène ?
Quand je dis rôle du personnage et rôle de la joueuse, je parle en fait de niveaux de jeux différents : l'en-jeu et le méta-jeu. Il me semble que les postures d'acteur, d'auteur et de metteur en scène traitent avant tout d'une différence d'attitude à l'intérieur d'un même niveau de jeu (le en-jeu). Ceci dit, on peut faire un parallèle entre les deux, en se disant que la posture de la joueuse (actrice, autrice ou metteuse en scène) peut prédire la convergence entre son rôle de personnage et son rôle de joueuse (je suppose qu'une joueuse en actrice aura un rôle de joueuse très convergent avec le personnage - parce qu'elle défend les intérêts de son personnage ; à l'opposé du spectre, une joueuse en autrice pourra un rôle de joueuse très divergente de son personnage, par exemple en critiquant les décisions de son personnage ou en riant de ses mésaventures, mais c'est loin d'être un absolu).

C. A Eugénie :
Je te remercie, tu étayes très bien mon propos.

J'ajouterais que dans le jeu méta, il y a deux choses : des choses qui peuvent être fabriquées, roleplayées ou surjouées, et des choses qui échappent à ce domaine. Ainsi, la joueuse qui explique les règles aux personnes débutantes de la table, ben je vois mal comment on pourrait surjouer ça, ça relève plutôt du contrat social. Par contre, dans un jeu d'horreur, le fait de frisonner et de dire qu'on a peur, même si on n'a pas si peur que ça, mais juste pour faire monter l'ambiance, c'est du rôle de joueuse qu'on peut roleplayer, fabriquer, surjouer. L'idée est que le méta-jeu contribue à l'ambiance, et que donc travailler sur son méta-jeu, c'est travailler sur l'ambiance.
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Re: On joue deux rôles

Message par Eugénie » jeu. 24 août 2017 15:15

Petit ajout pour un exemple concret : le jeu de Manuel Bedouet "Le jour où une marmotte a provoqué la fin du monde et autres contes des alpages", (auquel certain.e.s d'entre vous auront probablement la chance de jouer à la Queervention).

On joue des bergers et bergères qui se racontent des histoires de fin du monde pour passer le temps. Quand un berger ne raconte pas, il incarne des persos dans les histoires des autres. C'est clairement un dispositif où j'aurais du plaisir à "jouer à jouer".

Le truc intéressant c'est qu'on commence par choisir le caractère de son berger ou sa bergère (joyeux, colérique, philosophe, prétentieux, etc) et ensuite son personnage préféré qu'il va incruster dans les histoires des autres. Le caractère du berger est sensé impacter la façon dont il va raconter son histoire, mais aussi dont il va interagir avec les autres. Pour moi, ça implique la façon dont il va réagir aux interruptions de son récit, dont il va convoquer les règles, dont il va manifester des réactions de spectateur, etc.

thomas munier
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Re: On joue deux rôles

Message par thomas munier » jeu. 24 août 2017 15:34

Avec ton exemple, on voit que modifier son attitude de joueuse a un impact profond. Dans le sens où ça va non seulement impacter l'ambiance mais aussi le jeu du personnage.
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Re: On joue deux rôles

Message par Valentin T. » jeu. 24 août 2017 15:39

thomas munier a écrit :
jeu. 24 août 2017 14:49
Si j'ai bien compris la conclusion de ton CR (et je suis loin d'être sûr d'avoir compris)
Je suis pas très clair dans mon CR, c'est encore une réflexion provisoire. Mais de ce que je lis de ta réponse, on est sur le même plan!
thomas munier a écrit :
jeu. 24 août 2017 14:49
Je crois pour autant que la similitude avec mon propos s'arrête là. La convergence des rôles des personnages et des joueuses peut sembler être un outil de jeu intéressant, notamment parce qu'elle permet un meilleur raccord entre la joueuse et le personnage (facteur d'immersion dans le personnage). Mais le fait de prendre conscience qu'on a deux rôles est intéressant au-delà de la convergence. La divergence est intéressante aussi (quand deux personnages se détestent alors que les joueuses se font des clins d'oeil complice) pour traiter de l'ironie dramatique ou désamorcer des conflits interpersonnels. [...]
Je suis bien d'accord! Il se trouve que réfléchir en ces termes (rôle du personnages et rôle du joueur) me permet de formaliser ce que je recherche en JdR. Personnellement, j'aime la divergence pour les parties légères, mais je suis avant tout à la recherche d'une convergence la plus forte possible. Et pas uniquement pour ressentir des émotions par recoupement avec celles de mon personnage, c'est aussi pour une sensation de réalité accrue. C'est une grille théorique très productive pour moi en tout cas.

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Re: On joue deux rôles

Message par thomas munier » jeu. 24 août 2017 16:14

Valentin T. a écrit :
jeu. 24 août 2017 15:39
Je suis bien d'accord! Il se trouve que réfléchir en ces termes (rôle du personnages et rôle du joueur) me permet de formaliser ce que je recherche en JdR. Personnellement, j'aime la divergence pour les parties légères, mais je suis avant tout à la recherche d'une convergence la plus forte possible. Et pas uniquement pour ressentir des émotions par recoupement avec celles de mon personnage, c'est aussi pour une sensation de réalité accrue. C'est une grille théorique très productive pour moi en tout cas.
Quand le rôle de la joueuse converge avec celui de son personnage, il y a deux impacts sur sa réception :
+ il y a en effet un impact émotionnel (jonction émotionnelle entre la joueuse et le personnage)
+ et oui aussi il y a un autre impact sur la réception, c'est une sensation d'une réalité virtuelle plus tangible (on peut aussi parler d'une meilleure immersion dans l'univers), et ceci c'est dû à la cohérence des informations reçues.

Cela nous dit que le rôle des joueuses a un impact sur le groupe. L'émission des unes impacte la réception des autres. Elle impacte les sentiments du personnage ("toutes les joueuses rappellent en méta qu'elles vont pourrir mon personnage, mon personnage sent alors une chape de plomb sur sa tête") et elle impacte le ressenti hors-personnage de la joueuse ("toutes les joueuses ont le sourire aux lèvres, j'ai alors l'impression de vivre une partie mémorable").

Ceci dit, à la lecture de ton CR, je manque de connaissance sur les mécanismes pour juger si ton système encourage une convergence des rôles ou réduit ou supprime le rôle de la joueuse en réduisant ou supprimant le jeu méta, à la manière d'un Inflorenza Minima.
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