Les droits de la joueuse

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thomas munier
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Les droits de la joueuse

Message par thomas munier » 17 mai 2018 08:46

Les droits imprescriptibles de la joueuse

Le droit de ne pas jouer
Le droit de décider d'une ellipse
Le droit de rejoindre ou quitter une partie en cours de route
Le droit de rejouer une scène
Le droit de jouer n'importe comment
Le droit de préférer sa vie imaginaire (maladie rôlistiquement transmissible)
Le droit de jouer avec n'importe qui
Le droit de jouer à n'importe quel jeu
Le droit de faire du méta-jeu
Le droit de faire du jeu intérieur

Inspiré des droits imprescriptibles du lecteur, par Daniel Pennac

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crédits : Jess Aline, cc-by-nc, sur flickr.com
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Brisecous
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Re: Les droits de la joueuse

Message par Brisecous » 17 mai 2018 11:34

Il me semble y avoir une différence fondamentale entre le lecteur et le joueur : Le lecteur est seul devant son livre, sa liberté a donc peu de limites. Le joueur joue en société, sa liberté s'arrête donc là où elle empiète sur celle des autres participants.

Dans ta liste, on peut citer :
- Le droit de ne pas jouer
- Le droit de décider d'une ellipse
- Le droit de rejoindre ou quitter une partie en cours de route
- Le droit de rejouer une scène
- Le droit de jouer n'importe comment
- Le droit de faire du méta-jeu

Pour moi, 6 de ces "droits du joueur" n'en sont pas vraiment puisqu'ils ne sont pas acquis irrémédiablement : Ils ont des limites correspondant à ce que sont prêts à accepter les autres joueurs. Rejouer une scène, par exemple, doit être exceptionnel dans ma pratique personnelle. Quant à jouer n'importe comment... Ca dépend le sens qu'on lui donne, je peux être assez peu tolérant sur ce droit-là. ;)
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thomas munier
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Re: Les droits de la joueuse

Message par thomas munier » 17 mai 2018 11:39

(avant que ça prenne un mauvais pli comme dans d'autres endroits où j'ai omis cette précaution, je tiens à préciser que ce texte est, bien qu'il implique des questionnements sérieux de ma part, est aussi un texte léger, humoristique et même un peu punk, et c'est aussi plus un appel au débat qu'un diktat).
Le lecteur est seul devant son livre, sa liberté a donc peu de limites.
Je pense que si Pennac a écrit les droits du lecteur, c'est notamment parce qu'il pensait que la société voulait imposer des devoirs au lecteur, notamment parce qu'enfant il a souffert de la façon dont le système scolaire voulait lui enseigner la lecture. Donc tu as beau être tout seul devant ton livre, tu dois t'affranchir de certains diktats sociaux. Et la joueuse, c'est pareil. Limite maintenant on joue avec la peur de ce qu'internet va en penser :)
Pour moi, 6 de ces "droits du joueur" n'en sont pas vraiment puisqu'ils ne sont pas acquis irrémédiablement : Ils ont des limites correspondant à ce que sont prêts à accepter les autres joueurs.
Mais la définition d'un droit, c'est qu'il s'arrête où commencent ceux des autres. Donc mon emploi du terme "droit" reste valide malgré ton objection.
Quant à jouer n'importe comment... Ca dépend le sens qu'on lui donne, je peux être assez peu tolérant sur ce droit-là. ;)
Le droit ne précède-t-il pas la tolérance ?
Dernière modification par thomas munier le 17 mai 2018 11:44, modifié 2 fois.
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Re: Les droits de la joueuse

Message par [kF] » 17 mai 2018 11:40

C'est vrai que ces droits donnent l'impression que la joueuse dispose de la partie comme d'un objet. Je comprends le droit de ne pas jouer ou le droit de quitter en cours de route comme des boutons "Eject" en cas de souci (et j'aurais bien voulu me sentir plus légitime à les utiliser dans certains cas), mais par exemple le droit à rejoindre une partie en cours de route me semble très illégitime dans ma pratique. Oui, il y a les tables ouvertes qui sont faites pour, et certainement des pratiques ou des cercles dans lesquels c'est normal, mais qu'on s'immisce dans une de mes parties en cours me semblerait très irrespectueux.
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Re: Les droits de la joueuse

Message par thomas munier » 17 mai 2018 11:46

[kF] a écrit :
17 mai 2018 11:40
C'est vrai que ces droits donnent l'impression que la joueuse dispose de la partie comme d'un objet. Je comprends le droit de ne pas jouer ou le droit de quitter en cours de route comme des boutons "Eject" en cas de souci (et j'aurais bien voulu me sentir plus légitime à les utiliser dans certains cas), mais par exemple le droit à rejoindre une partie en cours de route me semble très illégitime dans ma pratique. Oui, il y a les tables ouvertes qui sont faites pour, et certainement des pratiques ou des cercles dans lesquels c'est normal, mais qu'on s'immisce dans une de mes parties en cours me semblerait très irrespectueux.
A nouveau, c'est à mettre en relation avec le principe de "mon droit s'arrête où commence celui des autres.". Le droit de rejoindre une partie en cours de route, c'est une invitation à se se donner le droit de demander la permission. On croit que c'est malpoli, mais si ça se trouve, la table sera heureuse de t'intégrer en cours de jeu.
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Re: Les droits de la joueuse

Message par Brisecous » 17 mai 2018 16:12

Je n'accorde pas le même sens au mot "droit" que toi, Thomas. J'ai du droit une vision à la fois juridique et morale. Par exemple, si le joueur a "le droit de rejouer une scène," cela signifie qu'il peut rejouer une scène comme il veut, quand il veut, et que rien ni personne ne saurait légitimement l'en empêcher. Si son droit se heurte à des contraintes, dans ce cas, ce n'est pas "le droit de rejouer une scène" dont dispose le joueur, mais "le droit de rejouer une scène dans des circonstances à définir".

J'ai bien compris ton message comme un appel au débat et non pas un diktat. C'est l'une des qualités de tes textes : Tu écris ton article en quelques phrases, et nous pouvons disserter sur leur contenu en quelques dizaines de pages... ;) (et pour éviter tout quiproquo : c'est un compliment sur ta capacité à synthétiser en quelques mots des concepts complexes)
Le droit ne précède-t-il pas la tolérance ?
Je dirais que le droit est un bouclier contre l'intolérance.
Edit : A la réflexion, le droit peut aussi être source d'intolérance. Le fameux "j'ai le droit" aveugle de celui qui est "dans son bon droit" et refuse toute forme de compromis.
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Re: Les droits de la joueuse

Message par Tiramisù » 18 mai 2018 07:55

Tiens c’est marrant, perso je lis vraiment cette liste comme une réflexion sur le statut de la joueuse. Cela définit un champ des possibles explicite en lieu et place du contrat social implicite du jeu de société ou du jeu de rôle. Même si exercer ces droits pourrait être abusif, je me dis pourquoi pas les affirmer tout de même et laisser aux personnes la charge de se réguler. Après tout cette liste peut ouvrir les esprits et appliquer à l’occasion ces droits pourrait améliorer le ressenti des joueuses.

Sur le moment je ne trouve pas de bonne formulation mais j’ai en tête un droit supplémentaire qui m’a souvent fait défaut. Une joueuse a le droit de reconfigurer les caractéristiques de son personnage afin de prendre en compte à la fois l’évolution de sa compréhension du système et l’évolution du jeu qu’elle a envie de produire avec celui-ci.

thomas munier
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Re: Les droits de la joueuse

Message par thomas munier » 18 mai 2018 09:59

Oui, c'est très intéressant comme droit supplémentaire :)

Vous avez peut-être d'autres suggestions de droits ?
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Re: Les droits de la joueuse

Message par atanaka » 18 mai 2018 10:42

Je pense à des droits en dehors de la partie en elle-même, je ne sais pas si ça rentre dans ton cadre :

Le droit de parler du jeu à qui elle veut comme elle veut
Le droit de critiquer le jeu et les autres joueuses

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Re: Les droits de la joueuse

Message par Qui revient de Loin » 21 mai 2018 09:30

Bonjour,
Je suis un transfuge de Casus No et je viens de fureter ici de temps. Puisque le fil de Thomas Munier fait écho à la même réflexion que je me suis faite il y a quelque mois (et qui a rencontré sur Casus No surtout des oppositions du type "Et les devoirs ?", "Moi j'accepterai pas ça à ma table"), je saute sur l'occasion ici :)

Pour moi non plus, il ne s'agit bien évidement pas de justifier des gros c... égocentriques :P, tout comme commencer un livre par la fin ne signifie pas que l'on peut spoiler les autres et s'attendre à ce qu'ils gardent le sourire et restent aimables ;)

Pour donner un peu de contexte sur les droits du lecteur de Pennac : https://fr.wikipedia.org/wiki/Comme_un_roman En bref, dans un contexte d'obligation (ce qui n'est pas notre cas, mais il y a tout de même un peu de dogme en action aux différentes tables), il propose de désacraliser la lecture pour permettre plus facilement la lecture à des personnes qui aimeraient sans doute lire, si cela leur était proposé différemment.

L'idée est donc de montrer que "ce n'est pas sale", et donc d'accepter que des joueurs, y compris soi-même, puissent avoir envie de jouer autrement sans avoir à se justifier ou à s'autocensurer et puisse venir/revenir au JDR plus facilement. Et donc d'arrêter d'interdire par dogmatisme, "parce qu'un bon joueur ne xxxx pas", sans se poser de question. Si un joueur veut toujours jouer un paladin dans tous les jeux et les univers et que cela ne dérange pas les autres, pourquoi pas ? Si un MJ n'en peut plus d'une campagne et décide d'y mettre un point d’arrêt, doit-il culpabiliser ? Jouer dans une période historique doit-il nécessairement impliquer une érudition et un respect scrupuleux de ladite période ?

A mon sens, la question des devoirs des joueurs est déjà assez présente dans la communauté rôlistique, avec les débats sur le contrat social, les gros lourds en convention, les "bon MJ", etc. et donc il n'est pas forcément nécessaire, dans le cadre de ce fil, de s'y attarder trop.
Surtout que souvent certains devoirs brandis me paraissent parfois plus dogmatiques qu'autre chose. La concentration sur la partie par exemple : on ne peut être concentré à 100% sur une chose 100% du temps (comme l'a montré d'ailleurs Olivier Caïra lors de la 2e conférence rôliste dans sa « défense des rôlistes somnolents »).

Ces droits ne doivent pas être des revendications à brandir à tout bout de champ, mais des libertés à prendre en compte dans un coin de sa tête, des reconnaissances de la différence des autres joueurs sans assumer qu'il y ait forcément une volonté de nuire. Et je parle bien de droits à appliquer dans le contexte d'un contrat social (pour peu qu'il soit discuté et qu'on annonce pas de manière perpendiculaire "Pas de téléphone") ou en cas de crise. Enfin, faire appel à ce droit n'exempte pas de le faire de manière courtoise

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